Le "Non" des Colombiens : un échec pour la paix

Mise à jour de l'article du 25 août 2016 - Aujourd’hui, lundi 3 octobre, la Colombie se réveille avec un goût amer en bouche. A la suite d’un long processus de négociation qui a abouti au pacte de paix entre le gouvernement colombien et les FARC en août passé, le référendum visant à le légaliser a été rejeté par les Colombiens ce dimanche 2 octobre. Explication.

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Le pari était important. Après avoir passé quatre ans à négocier avec le groupe armé, le gouvernement du Président Santos avait réussi à aboutir à des accords permettant notamment la fin du conflit, la reddition aux autorités de certaines figures dangereuses des FARC et la destruction de leurs armes. Le Président Santos avait promis que tout accord de paix serait confirmé par le peuple lors d’un référendum. Celui-ci s’est prononcé mais a décidé de suivre les recommandations de l’ex président Uribe, fervent opposant à toutes négociations. Insistant sur l’importance d’être inflexible avec les criminels, il a notamment déclaré que « nous voulons aussi la paix mais avec un plus grand standard de justice et vérité ».1 Avec une opposition idéologique sur les sanctions envers les membres des FARC, M. Uribe aurait réussi à convaincre 50,2% des Colombiens.2 

La presse internationale s’interroge sur le sujet et se demande quelles seront les conséquences d’une telle décision. Des explosifs ont déjà été détruits, sous la surveillance de la mission de l’ONU qui devait superviser la suite du processus de paix.3 Au soir du résultat, le Président Santos a déjà réaffirmé sa volonté de continuer le dialogue et qu’il va « chercher et négocier la paix. Le cessez le feu et des hostilités bilatéral et définitif reste en vigueur et restera en vigueur ».Cette déclaration démontre que la volonté du gouvernement est de poursuivre les négociations avec les FARC, tout en prenant en compte le refus du peuple colombien, par la modification de certains aspects du traité. Rodrigo Londoño, chef des FARC surnommé Timochenko, a annoncé vouloir continuer le processus de paix.5 Mais des questions subsistent. Après ce refus d’une très courte majorité, comment les négociations peuvent-elles reprendre ? M. Uribe a clairement montré la nécessité de punir les membres des FARC d’une façon plus sévère. Le président Santos va-t-il aller dans ce sens ? Timochenko va-t-il accepter les termes de ce nouvel accord ? Le conflit peut-il reprendre à la suite de cet échec ? Le peuple colombien va-t-il continuer à s’opposer à toutes négociations avec le groupe armé ?

Si pour l’instant les réponses sont vagues, un message se lit en filigrane : l’opposition à la paix. Comment un peuple peut-il refuser de négocier une paix ? L’idéal de justice est-il réellement plus important ? Comment réussir à combiner les deux ? Amnesty International a publié ce matin une note lamentant ce choix mais encourageant le pays à « progresser vers la paix tant attendue par des millions de personnes ».6 Si la suite des négociations promet d’être remplie de défis, on souhaite qu’elles finissent par aboutir, dans un contexte qui s’éloigne des attentes électoralistes de certaines figures politiques, et qu’elles concrétisent la paix pour tous les Colombiens. 

 

Traduction par mes soins. Déclaration originale : "Nosotros también queremos la paz pero con un mayor estándar de justicia y verdad". In : Jacobo GARCÍA (3 octobre 2016), « El triunfo de Uribe y del ‘no’ silencioso », El País. Disponible sur : http://internacional.elpais.com/internacional/2016/10/03/colombia/147545...

Marie DELCAS (3 octobre 2016), « Accord de paix avec les FARC : la Colombie dans l’incertitude après le « non » au référendum », Le Monde. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/10/03/la-colombie-est-plong...

3 IBID 

Traduction par mes soins. Déclaration originale : "(…) para buscar y negociar la paz. El cese al fuego y de hostilidades bilateral y definitivo sigue vigente y seguira vigente". In : Declaración del Presidente Santos al ganar El NO al plebiscito de paz en Colombia [3 octobre 2016][enregistrement vidéo] In : Lo más trinado. Youtube [3’17’’]. Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=j-l95s2BJnk

5 Jacobo GARCÍA, op. cit.

Amnesty International (3 octobre 2016), « Le « non » l’emporte au référendum : une occasion manquée pour la paix », Amnesty International. Disponible sur : https://www.amnesty.ch/fr/pays/ameriques/colombie/docs/2016/le-non-l2019...

 

Par Sonia Rodríguez - Coordinatrice de projets au CIPADH

 

Webographie

Amnesty International (3 octobre 2016), « Le « non » l’emporte au référendum : une occasion manquée pour la paix », Amnesty International. Disponible sur : https://www.amnesty.ch/fr/pays/ameriques/colombie/docs/2016/le-non-l2019...

Marie DELCAS (3 octobre 2016), « Accord de paix avec les FARC : la Colombie dans l’incertitude après le « non » au référendum », Le Monde. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/10/03/la-colombie-est-plong...

Jacobo GARCÍA (3 octobre 2016), « El triunfo de Uribe y del ‘no’ silencioso », El País. Disponible sur : http://internacional.elpais.com/internacional/2016/10/03/colombia/147545...

Declaración del Presidente Santos al ganar El NO al plebiscito de paz en Colombia [3 octobre 2016][enregistrement vidéo] In : Lo más trinado. Youtube [3’17’’]. Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=j-l95s2BJnk

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