« Orange the world ! »

ACTUALITÉ – Le 25 novembre est la journée consacrée à l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Ce sujet, l’actuel Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, en a fait sa priorité. A la tête de la campagne Tous unis pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes depuis 2008,[1] il insiste sur les stratégies qui doivent être renouvelées et déployées afin d’en finir avec cette violation des droits humains. Mais cette date du 25 novembre marque également le début d’une campagne plus large, les 16 jours d’activisme contre la violence sexiste, qui prend fin le 10 décembre, journée consacrée aux droits humains. Le but de ces nombreuses mobilisations est de mettre l’accent sur les différents manques dont souffre cette cause, notamment financiers, afin de soulever des fonds et mobiliser des ressources.[2] Explication.

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Campagne 2015 "Orange the world" – source : Flickr

La journée présentée par les institutions onusiennes 

Dans son message de 2016, M. Ban Ki-moon a déclaré que :

« La violence à l’égard des femmes et des filles constitue une violation des droits de l’homme, une pandémie de santé publique et un obstacle de taille au développement durable. [...] Elle impose des coûts exorbitants aux familles, aux communautés et aux économies. [...] Le monde ne peut pas se permettre de payer ce prix. Les femmes et les filles ne peuvent pas se le permettre non plus – et ne le devraient pas du reste. »[3]

En effet, de nombreux sites des institutions onusiennes relaient cet événement. ONU Woman par exemple explique qu’une femme sur trois dans le monde sera victime de violence physique ou sexuelle dans sa vie.[4] Elle fait une campagne, Orange the world, qui a pour objectif de récolter des fonds afin d’aider les femmes victimes de violence et continuer à mobiliser pour éliminer la violence faite aux femmes. Mais que dit l’ONU à ce sujet ?  

La « Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes », proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1993, définit la notion même des violences faites aux femmes et aux filles dans son article premier :

« Les termes "violence à l'égard des femmes" désignent tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée. »[5]

Dans son préambule, il est expliqué de quelle façon la violence envers les femmes constituent un défi à part entière, allant contre les principes d’égalité, de libertés fondamentales et plus largement, de droits humains. L’Assemblée générale avait voulu ainsi rappeler la nécessité de protéger les femmes des violences qu’elles subissent, de promouvoir des stratégies de prévention ainsi que d’encourager les Etats à un meilleur respect des législations internationales à ce sujet. 

Comment se concrétisent ces actions ? Constate-t-on un progrès ?

 

Quelles violences ? Quelles actions ? 

Actuellement, beaucoup de mesures sont mises en œuvre afin d’éliminer les violences à l’égard des femmes. D’un point de vue international, certains organes de l’ONU ont mis l’accent sur des problèmes très spécifiques. L’UNESCO, par exemple, a souhaité souligner les vulnérabilités des femmes dans certaines régions du monde. Dans les pays les plus pauvres, où le cumul des effets du changement climatique et des ressources rares provoque des taux de violence plus élevés, les premières victimes sont les femmes et les filles. En effet, en raison des rôles traditionnels, les femmes sont responsables « de la sécurité alimentaire, de l'eau et de combustibles pour cuisiner »[6] et doivent souvent faire des journées de marche pour accéder à des points d’eau, ce qui augmente leur risque d’être séquestrées, agressées ou violées sur le chemin. L’UNESCO défend la campagne Orange the world et demande à mieux intégrer les femmes dans les discussions autour du climat. L’aspect informatif est très important et permet d’éveiller les consciences sur les problèmes que connaissent les femmes dans le monde. 

D’un point de vue national, plusieurs stratégies de sensibilisation[7] ainsi que d’aide aux victimes[8] sont mises en œuvre. En France par exemple, le nombre de centres d’accueil et d’hébergements pour les femmes et leurs enfants victimes de violence domestique ont prévu d’être augmentés ces prochains mois afin d’inciter les femmes à quitter le foyer. De plus, le gouvernement a mis en avant une importante stratégie de communication, notamment sur les réseaux sociaux afin de sensibiliser à cette cause.[9] De plus, des ONG comme Amnesty International font un travail militant avec la campagne My body, my rights pour expliquer aux femmes l’importance d’en connaitre plus sur la santé reproductive et sexuelle ainsi que sur la notion de consentement dans un rapport sexuel, lors d’un mariage ou dans le cas de l’avortement.[10] L’ONG donne également des conseils aux Etats afin d’expliquer la nécessité de protéger les libertés fondamentales des femmes, autant dans le cadre privé que public.

Néanmoins, beaucoup de problèmes persistent, notamment financier. Libération, un journal français, reprend un rapport effectué à la demande du Haut Conseil à l’égalité. Il y est expliqué que la situation est « globalement satisfaisante »[11] mais que les efforts sont à « poursuivre ».[12] Pourquoi ? En raison d’un budget encore trop faible pour déployer des stratégies de prévention et d’aide efficaces. Selon la journaliste, l’institution a révélé que « l’enveloppe du ministère en charge des Droits des femmes ne pèse que 0,0066 % du budget total de l’Etat »,[13] ce qui semble être une somme ridicule, au vue des challenges actuels en France. Si le pays connait ce problème, il n’est pas un cas isolé en Union européenne (UE). La Croix explique dans un article de ce même matin que l’UE lance une nouvelle campagne de mobilisation sur la cause des violences faites aux femmes.[14] La journaliste met en avant que la sensibilisation passe par des fonds mais également par un changement des mentalités qui ont des défis différents suivant les pays. Vera Jourova, en charge de la Justice et de l’Égalité des genres, y déclare qu’il y a un problème en Europe puisqu’un quart (27%) des sondés d’un Eurobaromètre a déclaré que « les rapports sexuels sans consentement peuvent se justifier dans certains cas ».[15] 

Au vu de ces déclarations, il est important d’agir politiquement sur les plans international, national et local. Il faut tout d’abord sensibiliser aux problèmes actuels existants en expliquant très clairement que la victime de violence n’est jamais responsable. Il faut également éduquer et favoriser des situations où les rôles traditionnels ne sont pas maintenus et où l’idée de consentement est expliqué, tant aux jeunes femmes qu’aux jeunes hommes. Les violences à l’égard des femmes est un problème de société qui nécessite tous ses citoyens pour l’éradiquer. Il est ainsi important de soulever des fonds afin de sortir les femmes de la vulnérabilité économique encore trop importante dans laquelle elles se trouvent et qui les empêchent parfois de partir d’un foyer violent. Il est également central de leur expliquer leur droit et leur apporter du soutien pour qu’elles osent dénoncer toutes les formes des violences. C’est avec beaucoup de pédagogie et de patience que nous réussirons, tous, à mettre fin aux violences à l’égard des femmes. Orange the world !

 

Notes de bas de page 

[1] United Nations, « Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes ». Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/endviolenceday/

[2] United Nations Woman, « Investir et mobiliser pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes ». Disponible sur : http://www.unwomen.org/fr/news/in-focus/end-violence-against-women

[3] United Nations, « Message du Secrétaire général de l’ONU (2016) ». Disponible sur :  http://www.un.org/fr/events/endviolenceday/message.shtml 

[4] Assemblée générale des Nations Unies, « Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes ». Disponible sur : http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/ViolenceAgainstWomen....

[5] United Nations Woman, op. cit.

[6] UNESCO, « Oranger le monde ». Disponible sur : http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celeb...

[7] France Info, « Comment le gouvernement veut lutter contre les violences faites aux femmes ». Disponible sur : http://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/info-france-info-co...

[8] IBID

[9] IBID

[10] Amnesty International, « It’s your body. Know your rights! ». Disponible sur : http://www.amnestyusa.org/our-work/campaigns/my-body-my-rights

[11] Virginie BALLET (22 novembre 2016), Libération, « Violences faites aux femmes : « Le budget de l'Etat est significativement insuffisant » ». Disponible sur : http://www.liberation.fr/france/2016/11/22/violences-faites-aux-femmes-l...

[12] IBID

[13] IBID

[14] Céline SCHOEN (25 novembre 2016), La Croix, « Une campagne européenne contre les violences faites aux femmes ». Disponible sur : http://www.la-croix.com/Monde/Europe/Le-viol-serait-justifiable-dans-cer...

[15] IBID

 

Par Sonia Rodríguez - Coordinatrice de projets au CIPADH

 

Webographie

Amnesty International, « It’s your body. Know your rights! ». Disponible sur : http://www.amnestyusa.org/our-work/campaigns/my-body-my-rights

Assemblée générale des Nations Unies, « Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes ». Disponible sur : http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/ViolenceAgainstWomen....

Virginie BALLET (22 novembre 2016), Libération, « Violences faites aux femmes : « Le budget de l'Etat est significativement insuffisant » ». Disponible sur : http://www.liberation.fr/france/2016/11/22/violences-faites-aux-femmes-l...

France Info, « Comment le gouvernement veut lutter contre les violences faites aux femmes ». Disponible sur : http://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/info-france-info-co...

Céline SCHOEN, La Croix, « Une campagne européenne contre les violences faites aux femmes ». Disponible sur : http://www.la-croix.com/Monde/Europe/Le-viol-serait-justifiable-dans-cer...

United Nations, « Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes ». Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/endviolenceday/

United Nations Woman, « Investir et mobiliser pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes ». Disponible sur : http://www.unwomen.org/fr/news/in-focus/end-violence-against-women

United Nations, « Message du Secrétaire général de l’ONU (2016) ». Disponible sur :  http://www.un.org/fr/events/endviolenceday/message.shtml 

UNESCO, « Oranger le monde ». Disponible sur : http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celeb...

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