Pollution à New Delhi : quand les baromètres s’affolent !

ACTUALITÉ – Le 7 novembre passé, la ville de New Delhi s’est vue imposée des « mesures d’urgence »[1] en raison d’une élévation importante du niveau de pollution aux particules fines, appelés les PM2.5. D’une taille de 2,5 microns, pouvant ainsi facilement pénétrer l’organisme, l’OMS – l’Organisation mondiale de la santé – préconise dans son rapport sur la pollution de l’air que la moyenne annuelle ne dépasse pas les 10 µg/m3 (10 microgrammes par mètre cube d’air).[2] New Delhi avait atteint début novembre les 1'000 µg/m3, un niveau record selon les experts.[3] Quelles sont les conséquences pour notre organisme d’un telle absorption de pollution ? Que nous montre le cas de New Delhi ? Quelles solutions peut-on envisager pour éviter ces taux record et baisser la pollution dans nos villes ? Explication.

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La pollution atmosphérique à New Delhi – source : Flickr

La pollution atmosphérique : quel danger ?

Selon le dernier rapport de l’OMS,  Ambient air pollution: A global assessment of exposure and burden of disease (2016), la pollution de l’air est le plus grande menace environnementale directe pour la santé.[4] En effet, les particules de pollution ont des dimensions microscopiques et pénètrent le corps facilement. Par exemple, les particules fines PM2,5 ont une taille de 2,5 microns, ce qui est infiniment petit. Accumulée en grande quantité, celles-ci peuvent être mortelles.[5] Selon le rapport, 3 millions de morts dans le monde sont liées à la pollution de l’air extérieur.[6] Il y a donc une vraie menace pour la santé publique. L’OMS en a fait une de ses priorités, notamment au vue des données qui ne cessent d’inquiéter les autorités dans différentes régions du monde.

Pour repousser ce problème, l’OMS et le CCAC, The Climate and Clean Air Coalition, ont décidé de s’unir et de mener une campagne conjointe, Breathe Life. En effet, la campagne a pour but de renseigner et de sensibiliser sur les conséquences néfastes de la pollution, tout en récoltant les données atmosphériques pour prévenir des dangers dans certaines villes et régions et appuyer les municipalités quoi rencontreraient des problèmes majeurs. Cette coalition est née du constat que l’environnement est autant menacé que la santé des êtres vivants. Selon le site Breathe Life, la pollution atmosphérique est directement responsable d’un quart des attaques cardiaques ainsi que d’un tiers des AVC. Elle aurait également un impact direct sur les maladies respiratoires dans leur ensemble.[7] En octobre 2013, The International Agency for Research on Cancer (IARC) avait statué de façon claire que « la pollution de l’air extérieur est cancérigène pour l’humain ».[8] Ainsi, une exposition prolongée à ce genre de particules, dépassant les valeurs de 10 µg/m3 annuelle ou 25 µg/m3 quotidienne, sont un risque avéré pour la santé, provoquant des effets néfastes.[9]  

Quelles sont les conséquences quand ces valeurs sont dépassées ?

 

Le cas de New Delhi

Comme mentionné dans l’en-tête, la situation à New Delhi en ce début du mois de novembre a été problématique. Les valeurs de la pollution de l’air ont explosé atteignant, à son point le plus élevé, 1'200 µg/m3, à savoir 120 fois plus élevés que le plafond annuel décrété par l’OMS et 20 fois plus élevé que les limites des autorités indiennes.[10] Un smog, une brume épaisse et brunâtre, avait alors recouvert toute la ville pendant plusieurs jours. Cette situation exceptionnelle avait alors conduit les autorités à adopter des mesures tout aussi exceptionnelles telles que la fermeture des écoles afin d’éviter de sortir de chez soi, l’interruption du travail de certaines usines ou l’interdiction d’usage de générateurs électriques.[11] Selon l’enquête de Michel Safi (The Guardian), la situation n’avait pas été aussi critique depuis les années 1990.[12] Bien que ces mesures aient une efficacité limitée, elles permettent néanmoins de réduire la pollution de l’air temporairement, avant de réfléchir à une réelle réorganisation structurelle. 

Le problème est effectivement ailleurs. New Delhi est connue pour être une des villes les plus polluées du monde. Melody Rowell, reporter au National Geographic qui a mené une enquête sur le territoire de Delhi, démontre que la ville de New Delhi aurait « plus de particules fines que Beijing »,[13] capitale chinoise considérée parmi les plus polluées au monde. La journaliste se base sur un rapport de l’OMS qui dévoile que plusieurs types d’études différentes démontrent que Dehli, et a fortiori sa capitale New Delhi, est la « région la plus polluée au monde ».[14] Dans un communiqué de presse datant du 12 mai 2016, l’OMS a partagé son inquiétude sur les conséquences de la pollution atmosphérique sur « les habitants des villes à revenu faible »[15] puisque « 98% des villes de plus de 100 000 habitants dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ne respectent pas les lignes directrices de l’OMS relatives à la qualité de l’air ».[16] Quelles mesures doivent être adoptées pour réduire cette tendance ? 

 

Quelles responsabilités ? Quelles solutions ?

Les mesures appliquées à New Delhi en ce début novembre étaient des mesures d’urgence relativement efficaces. Néanmoins, l’OMS pense que cette thématique « exige l’intervention des municipalités, ainsi que des décideurs nationaux et internationaux afin de promouvoir des modes de transport plus écologiques, une production d’énergie plus efficace et une bonne gestion des déchets ».[17] En effet, on pourrait penser de prime abord que le problème est uniquement lié à l’utilisation de la voiture à essence mais celle-ci n’est que part du problème : les usines et l’utilisation de machines Diesel sont également pointées du doigt. 

Sur le site Internet de la campagne Breathe Life, trois principaux contaminants sont responsables de la diminution de la qualité de l'air : le carbone noir, le méthane et l’ozone troposphérique, plus communément appelé la pollution de l’air. Certaines méthodes agricoles, les usines, l’utilisation de voitures à essence ou le fonctionnement des déchèteries sont autant de responsables qui dégradent la qualité de l’air et la polluent.[18] L’OMS insiste sur la nécessité d’une telle campagne et assure qu’il « convient d’encourager et d’appuyer les efforts nationaux de création de systèmes de surveillance de la qualité de l’air opérationnels et représentatifs ».[19] Cette étape est donc la première afin de se rendre compte des problèmes, de renseigner puis de trouver les solutions adéquates, adaptées au lieu.

L’OMS encourage à réduire l’activité polluante par l’utilisation de transports publics, la production d’électricité non polluante ou la création de pistes cyclables. De plus, elle préconise l’utilisation de l’énergie renouvelable pour la production électrique ainsi que la promotion de stratégies nouvelles de recyclages, pour limiter la production de carbone noire.[20] Ces recommandations ne sont pas exhaustives mais sont des mesures directrices préconisées par l’organisation. Certaines d’entre elles ont fonctionné dans les villes où elles ont été appliquées, selon le site Internet de l’OMS.[21] La volonté politique est néanmoins primordiale pour parvenir au succès de cette prise de conscience internationale et il semblerait qu’actuellement, cette motivation ne prime pas encore dans tous les milieux politiques.[22] 

 

Par Sonia Rodríguez - Chargée de projets au CIPADH

 

Notes de bas de page

[1] Ellen BARRY (7 novembre 2016), « Smog Chokes Delhi, Leaving Residents ‘Cowering by Our Air Purifiers’ », The New York Times. Disponible sur : http://www.nytimes.com/2016/11/08/world/asia/india-delhi-smog.html 

[2] World Health Organization, Ambient air pollution: A global assessment of exposure and burden of disease, ISBN: 978  92 4 151135 3 [en ligne]. Genève: World Health Organization, 2016, 121 pages. Disponible sur : http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/250141/1/9789241511353-eng.pdf?... (consulté le 28 novembre 2016), p. 21.

[3] Ellen BARRY, Op. Cit.

[4] WHO, Ambient air pollution: A global assessment of exposure and burden of disease (2016), p. 19

[5] IBID, p. 40

[6] IBID

[7] Breathe Life, The issue: Air pollution at a glance [en ligne], 2016. Disponible sur : http://breathelife2030.org/the-issue/ (consulté le 28 novembre 2016).

[8] Traduction de l’anglais : « outdoor air pollution as carcinogenic to humans ». International Agency for Research on Cancer (17 octobre 2013), « IARC: Outdoor air pollution a leading environmental cause of cancer deaths », Press Release n°221 par The World Health Organization. Disponible sur : http://www.iarc.fr/en/media-centre/iarcnews/pdf/pr221_E.pdf (consulté le 29 novembre 2016)

[9] Breathe Life, Op. Cit.

[10] Ellen BARRY, Op. Cit.

[11] IBID

[12] Michael SAFI (6 novembre 2016), « Indian government declares Delhi air pollution an emergency », The Guardian. Disponible sur : https://www.theguardian.com/world/2016/nov/06/delhi-air-pollution-closes...

[13] Traduction de l’anglais : « Delhi’s air contained several times more fine particulate pollution than Beijing’s ». Melody ROWELL (26 avril 2016), « What It’s Like to Live in the World’s Most Polluted City », The National Geographic. Disponible sur : http://news.nationalgeographic.com/2016/04/160425-new-delhi-most-pollute...

[14] Traduction de l’anglais : « it’s the most polluted area in the world ». IBID

[15] World Health Organization (12 mai 2016), Communiqué de presse. Les niveaux de pollution atmosphérique en hausse dans un grand nombre de villes parmi les plus pauvres au monde. Disponible sur : http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2016/air-pollution-rising/fr/

[16] IBID

[17] IBID

[18] Breathe Life, Op. Cit.

[19] World Health Organization (12 mai 2016), Op. Cit. 

[20] World Health Organization (septembre 2016), Qualité de l’air ambiant (extérieur) et santé. Disponible sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs313/fr/

[21] IBID

[22] World Health Organization (12 mai 2016), Op. Cit. 

 

Webographie

Ellen BARRY (7 novembre 2016), « Smog Chokes Delhi, Leaving Residents ‘Cowering by Our Air Purifiers’ », The New York Times. Disponible sur : http://www.nytimes.com/2016/11/08/world/asia/india-delhi-smog.html 

Breathe Life, The issue: Air pollution at a glance [en ligne], 2016. Disponible sur : http://breathelife2030.org/the-issue/ (consulté le 28 novembre 2016).

International Agency for Research on Cancer (17 octobre 2013), « IARC: Outdoor air pollution a leading environmental cause of cancer deaths », Press Release n°221 par The World Health Organization. Disponible sur : http://www.iarc.fr/en/media-centre/iarcnews/pdf/pr221_E.pdf (consulté le 29 novembre 2016)

Melody ROWELL (26 avril 2016), « What It’s Like to Live in the World’s Most Polluted City », The National Geographic. Disponible sur : http://news.nationalgeographic.com/2016/04/160425-new-delhi-most-pollute...

Michael SAFI (6 novembre 2016), « Indian government declares Delhi air pollution an emergency », The Guardian. Disponible sur : https://www.theguardian.com/world/2016/nov/06/delhi-air-pollution-closes...

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World Health Organization (27 septembre 2016), Communiqué de presse. L’OMS publie les estimations nationales de l’exposition à la pollution de l’air et les effets sur la santé. Disponible sur : http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2016/air-pollution-estimate...

World Health Organization (2016), WHO Global Urban Ambient Air Pollution Database (update 2016). Disponible sur : http://www.who.int/phe/health_topics/outdoorair/databases/cities/en/ 

World Health Organization (2016), Global Ambient Air Pollution. Disponible sur : http://who.maps.arcgis.com/apps/webappviewer/index.html?id=8bdbf74fb9ab4...

World Health Organization (septembre 2016), Qualité de l’air ambiant (extérieur) et santé. Disponible sur : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs313/fr/ 

World Health Organization (12 mai 2016), Communiqué de presse. Les niveaux de pollution atmosphérique en hausse dans un grand nombre de villes parmi les plus pauvres au monde. Disponible sur : http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2016/air-pollution-rising/f...

World Health Organization (Janvier 2015), Inde: premier pays à adapter le cadre de suivi mondial des maladies non transmissibles. Disponible sur : http://www.who.int/features/2015/ncd-india/fr/

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