Abdul Satter Edhi : le « père Teresa » pakistanais

ACTUALITÉ – Abdul Satter Edhi aurait eu 89 ans hier. Cet homme est celui qui a été surnommé The Angel of Mercy (comprenez, l’ange de la pitié) pour avoir créé plusieurs centres hospitaliers afin d’aider les personnes les plus démunies. Nominé à plusieurs reprises au Prix Nobel de la paix pour ses actions sans jamais le remporter, l’humanitaire a néanmoins toujours reçu le soutien des gens et de la presse. Alors qu’Edhi est mort en juillet 2016, la presse, ainsi que le moteur de recherche Google, a choisi de lui rendre hommage en parlant du bien qu’il a fait autour de lui et de son héritage. Portait.   

Français

Affiche Google en honneur à Abdul Satter Edhi

Abdul Satter Edhi est né le 28 février 1928 en Inde britannique. Après la partition de l’Empire des Indes basé sur la démographie religieuse (15 août 1947), la famille d’Edhi, musulmane, part s’installer au Pakistan. Dans une interview, il explique que ce déplacement l’a beaucoup poussé à réfléchir sur la solitude, les conséquences psychologiques et la souffrance. Il estimait ainsi que cette expérience avait fait de lui « l’homme qu’il est ».[1] Rapidement, il se rend également compte que le Pakistan se retrouve avec peu de moyens pour l’éducation, les soins ou les aides de premières nécessités. Ces différents constats l’ont donc poussés à créer un dispensaire pour les habitants de sa ville avec les premières sommes d’argent qu’il avait récolté.[2]

Pendant des années, cet homme a bâti un empire, Edhi Foudation, afin d’aider son prochain : hôpitaux pour les pauvres, ambulances pour une meilleure circulation ou des locaux pour aider les personnes en difficulté.[3] Il n’a jamais demandé de l’argent au gouvernement pour y arriver mais s’est toujours tourné vers les gens et leur bienveillance. Son aide a dépassé les frontières, notamment lorsqu’il a récolté 100’000$ pour les victimes de l’ouragan Katrina en 2005.[4] Abdul Satter Edhi ne voyait pourtant pas ces actions comme une œuvre importante. En 1998, Libération écrivait un article à son sujet où il déclarait : « Je n'ai pas réfléchi. Je suis parti laver les mendiants et panser les malades. On m'a donné un dispensaire. Voilà. »[5] Néanmoins, derrière cette simplicité, une réelle ambition émerge.

Moi, je veux monter un système social si performant qu'il puisse sauver le pays. Je veux faire du Pakistan un modèle de révolution sociale.[6]

Cette formule remplie d’espoir était donc le vrai objectif de son travail. Le militantisme était ainsi central : il connaissait les faiblesses du Pakistan et voulait monter un projet social pour aider les plus vulnérables. « Live and help live », qui se traduit par vivre et aider à vivre, voici en quelques mots le slogan de sa Fondation.

Son combat, qui aujourd’hui continue encore après sa mort, pose des questions plus générales : dans quelle mesure la société civile peut-elle intervenir dans le cas où un Etat à des difficultés à aider ses citoyens, ou pire, s’il est corrompu ? Comment cette aide peut-elle se mettre en place ?

Les réponses mériteraient une analyse plus approfondie mais le travail d’Abdul Satter Edhi est suffisamment inspirant pour qu’une esquisse de réponse se dégage. Si la société civile est un moyen de compenser les failles des gouvernements, elle ne peut durer dans la pérennité. Il peut néanmoins apporter les bases au gouvernement pour que celui-ci reprenne les rennes du travail social.

Son projet lui survit et permet d’aider, encore aujourd’hui, plusieurs personnes dans le Pakistan. Arborant tolérance et charité, Abdul Satter Edhi est l’homme qui disait qu’il « n’y avait pas de religion plus importante que l’humanité ».[7]

My religion is humanitarianism, which is the basis of every religion in the world.[8]

 

Notes de bas de page

[1] Natalie EVANS (28 février 2017), « Who was Abdul Sattar Edhi? Meet Pakistan's 'Angel of Mercy' honoured with today's Google Doodle », The Mirror. Disponible sur : http://www.mirror.co.uk/news/world-news/abdul-sattar-edhi-google-doodle-9931622

[2] IBID

[3] Stephen SAITO (6 mai 2003), « The World’s Greatest Living Humanitarian May Be From Pakistan », The Huffington Post. Disponible sur : http://www.huffingtonpost.com/2013/05/06/abdul-sattar-edhi_n_3223839.html

[4] Al Jazeera (28 février 2017), « Abdul Sattar Edhi: Why Google honours him today ». Disponible sur : http://www.aljazeera.com/indepth/features/2017/02/abdul-sattar-edhi-google-honours-angel-mercy-170227140720826.html

[5] François MUSSEAU (12 septembre 1998), « Abdul Sattar Edhi, 70 ans, a créé au Pakistan un empire caritatif avec bureaux à New York, à Londres et à Tokyo. Père Teresa. », Libération. Disponible sur : http://www.liberation.fr/portrait/1998/09/12/abdul-sattar-edhi-70-ans-a-cree-au-pakistan-un-empire-caritatif-avec-bureaux-a-new-york-a-londres-et_248118

[6] IBID

[7] Al Jazeera, op. cit.

[8] Traduction : « Ma religion est l’humanitarisme, qui est à la base de toutes les religions du monde ». La citation originale provient de : Cameron MACPHAIL (28 février 2017), « Abdul Sattar Edhi, Pakistan's 'Father Teresa' who 'adopted' 20,000 children », The Telegraph. Disponible sur : http://www.telegraph.co.uk/technology/2017/02/28/abdul-sattar-edhi-89-birthday-pakistan-angel-of-mercy-father-teresa/

 

Par Sonia Rodríguez – Coordinatrice de projets au CIPADH

 

Webographie

Al Jazeera (28 février 2017), « Abdul Sattar Edhi: Why Google honours him today ». Disponible sur : http://www.aljazeera.com/indepth/features/2017/02/abdul-sattar-edhi-google-honours-angel-mercy-170227140720826.html

Natalie EVANS (28 février 2017), « Who was Abdul Sattar Edhi? Meet Pakistan's 'Angel of Mercy' honoured with today's Google Doodle », The Mirror. Disponible sur : http://www.mirror.co.uk/news/world-news/abdul-sattar-edhi-google-doodle-9931622

Cameron MACPHAIL (28 février 2017), « Abdul Sattar Edhi, Pakistan's 'Father Teresa' who 'adopted' 20,000 children », The Telegraph. Disponible sur : http://www.telegraph.co.uk/technology/2017/02/28/abdul-sattar-edhi-89-birthday-pakistan-angel-of-mercy-father-teresa/

François MUSSEAU (12 septembre 1998), « Abdul Sattar Edhi, 70 ans, a créé au Pakistan un empire caritatif avec bureaux à New York, à Londres et à Tokyo. Père Teresa. », Libération. Disponible sur : http://www.liberation.fr/portrait/1998/09/12/abdul-sattar-edhi-70-ans-a-cree-au-pakistan-un-empire-caritatif-avec-bureaux-a-new-york-a-londres-et_248118

Stephen SAITO (6 mai 2003), « The World’s Greatest Living Humanitarian May Be From Pakistan », The Huffington Post. Disponible sur : http://www.huffingtonpost.com/2013/05/06/abdul-sattar-edhi_n_3223839.html

 

Category: