Alexandra Zosso : les défis d'une crise humanitaire

Alexandra Zosso : les défis d'une crise humanitaire

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ALEXANDRA ZOSSO, COORDINATRICE DANS UNE ONG QUI ACCUEILLE LES MIGRANTS EN GRÈCE : DÉFIS ET LIMITES D'UNE CRISE HUMANITAIRE GÉRÉS PAR DES BÉNÉVOLES

Alexandra Zosso est la coordinatrice d’une ONG en Grèce qui agit dans les camps de réfugiés. D’abord collaboratrice auprès de l’association norvégienne Northern Lights Aid, son travail sur le terrain a été remarqué, ce qui lui a permis de devenir coordinatrice au sein de l’ONG pour laquelle elle travaille aujourd’hui.Avec une pointe de nostalgie, elle nous a expliqué l’organisation de la vie sur les camps surnommés « sauvages » puis sur les camps militaires, l’interaction avec les migrants, les incohérences ainsi que les rires, souvent exutoires des situations désespérées. Dans ce compte-rendu, je propose une présentation générale de l’interview, avec des citations en italique afin d’appuyer le propos. Pour retrouver l’intégralité de la rencontre, veuillez trouver le document pdf ci-dessous.

 

Missions des organisations associatives en Grèce : rôles et principes, quelles solutions ? 

Alexandra Zosso (A.Z.) m’a expliqué les différentes missions des organismes dans lesquelles elle a travaillé et les rôles des bénévoles et salariés présents sur place.

L’association norvégienne Northern Lights Aid était active au sein du campement de Hara, à quelques km de la Macédoine. Ce camp de fortune était installé sur le parking d’un motel et composé de 700 personnes. Sans réel accès aux sanitaires ni à des conditions de vie décentes, le dénommé « camp des passeurs » était avant tout un lieu de passage vers la frontière, bien qu’environ deux tiers des migrants formaient « une communauté stable et installée ». 

La ligne directrice de l’association était l’empowerment, permettant l’autonomie des réfugiés, tout en leur donnant ce dont ils avaient besoin. Pour y parvenir, il y avait plusieurs étapes : l’identification des groupes familiaux et des communautés, l’attribution du matériel de premières nécessités ainsi que des ustensiles de cuisine et l’entretien des tentes pour les préparer aux intempéries.

En plus de ces tâches, les membres de l’association se rendaient dans chaque tente pour y distribuer des sacs de nourriture, des habits et des produits d’hygiènes aux réfugiés, afin de les aider à développer une certaine indépendance, tout en créant des liens et comprendre les besoins de plus vulnérables. En effet, à travers ces rencontres, A.Z. s’est rendue compte de la nécessité d’établir un système d’identification des femmes enceintes et des bébés de moins de deux ans, dans le but de leur distribuer en priorité les produits d’hygiène et la nourriture.

Dans l’ONG que Mlle Zosso a intégrée en tant que coordinatrice, le travail s’effectuait dans des campements militaires. Sa mission était de coordonner les volontaires et les stocks de nourriture, d’hygiène et de vêtements. Avec des installations sanitaires et électriques précaires mais néanmoins existantes, les conditions de base étaient assurées pour organiser la vie des migrants en attendant la décision de leur éventuelle relocalisation en Europe.

Bien que ce système soit organisé avec des volontaires motivés à apporter leur aide, A.Z. a néanmoins signalé une faille importante. Elle explique qu’elle a dû « géré les émotions fortes » des volontaires. Elle m'a dit que ce rôle n’est pas « facile à appréhender » puisqu’il « faut comprendre qu’une crise humanitaire est laissée en grande partie dans les mains de personnes non formée pour ce genre de travail ». Cette idée est très importante et démontre également les limites de cette action. Dans quelle mesure des personnes volontaires, sans forcément bénéficier d’expérience affective et professionnelle, peuvent-elles soutenir une telle cause ? Quelle sont les responsabilités des dirigeants politiques et de la communauté internationales face à cette situation ?

 

Organisation des camps, le passage compliqué des camps sauvages aux camps militaires

Lors de notre entretien, A.Z. a expliqué les différences entre les campements sauvages et militaires. De plus, elle a mis en avant comment ce passage a été un choc, notamment moralement.

La vie dans les campements sauvages était rude. Les migrants vivaient sur le parking d’un motel et les conditions de vie étaient précaires. A.Z. m'a bien précisé que son analyse se base principalement sur ce qu’elle a vu dans le campement de Hara mais que ce cas de figure n’était pas une exception. Ainsi, on peut se demander si le campement militaire n’était pas une solution, permettant une meilleure qualité de vie pour les migrants, de par l’institutionnalisation de la situation.

Quand j’ai interrogé A.Z. à ce sujet, elle m’a expliqué toute la complexité de la situation. A première vue, il est évident que de vivre dans des tentes sur un parking n’est pas tenable sur le long terme. Selon elle, c’était « une pause de façade » pour tous les motifs expliqués plus haut mais aussi parce que les gens ne pratiquaient plus leur métier, les enfants n’allaient plus à l’école et que l’état de santé de certains se détériorait. Il y avait néanmoins beaucoup d’espoir et de rire, autant de la part des enfants comme des adultes.

Si l’avantage majeur des campements militaires est « l’accès à un réenregistrement officiel qui donne le droit à certains de participer au programme de relocalisation européen », elle explique que le moral des gens est pourtant très bas. En effet, tout le paradoxe réside à travers ce constat. Il y a d’une part la structure militaire qui reçoit les migrants dans des usines ou des hangars vides afin qu’ils y montent les tentes fournies par le HCR. Leur accès à l’eau est assuré, ce qui leur permet d’avoir des installations sanitaires. Ils ont de l’électricité, même si le risque de feux est une menace constante, et dans certains cas, il y a Internet. A.Z. le dit elle-même, « ces camps sont plus corrects que les précédents camps sauvages ». Mais d’autre part, elle y a noté un désespoir important chez les gens et un profond ennui. Dans ces nouveaux camps, les communautés ont été réorganisées et la nourriture est déjà préparée, ce qui les empêche de se réunir derrière l'activité culinaire et ce qui les rend moins autonomes. Selon elle, ce « découragement » s’explique surtout parce que « dans les camps sauvages, les gens se sentaient encore maitres de leur projet migratoire ». Elle explique que dans le campement de Hara, une forme de solidarité s’était créée. La destruction des camps de Hara et Indomeni, proches l’un de l’autre, et ce nouveau déplacement ont été comme « la prise de conscience de la permanence de leur statut ». 

D’ailleurs, elle illustre cet état de fait en expliquant qu’il y avait « plus d’émeutes, plus d’affrontements communautaires [et] d’accrochages avec les autorités » dans les camps militaires que dans les campas sauvages, bien que les affrontements aient été « rares ».

Ainsi, il est désormais important de se questionner. Si les solutions apportées n’améliorent pas la situation, quelle est la réelle marge d’actions de la communauté internationale ? Par quels moyens peut-on aider ces migrants ?

 

Alexandra Zosso m’a informée qu’il y a aujourd’hui en Grèce environ 50'000 personnes qui attendent une décision de relocalisation, puisqu’ils se sont enregistrés avant l’entrée en vigueur des accords entre l’Union européenne et la Turquie. Elle-même s’interroge : comment expliquer que ce nombre de personnes suscite « autant de débat quand on sait le poids démographique de l’Europe » ? Elle souligne également que « la guerre dure depuis suffisamment longtemps pour que l’Europe ait pu se préparer à accueillir des réfugiés dans des conditions décentes ». En effet, que ce soit dans un campement militaire ou non, plusieurs problèmes sautent aux yeux et montrent les limites de cette action : pourquoi des volontaires s’occupent-ils de cette crise humanitaire ? Comment est-il envisageable que des personnes puissent vivre dans des conditions insalubres ? Pourquoi des mesures n’ont-elles pas été prises plus tôt ?

S’il est agréable de constater un travail de terrain si rondement mené, il est néanmoins désolant de voir que ces personnes, qui fuient des situations de guerre, ne bénéficient pas d'un meilleur appui.

 

1 Pour des raisons personnelles, Alexandra Zosso n’a pas souhaité communiquer le nom de l’organisation.

 

Par Sonia Rodríguez - Coordinatrice de projets au CIPADH

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Alexandra Zosso est la coordinatrice d’une ONG en Grèce qui agit dans les camps de réfugiés. D’abord collaboratrice auprès de l’association norvégienne Northern Lights Aid, son travail sur le terrain a été remarqué, ce qui lui a permis de devenir coordinatrice au sein de l’ONG pour laquelle elle travaille aujourd’hui. Avec une pointe de nostalgie, elle nous a expliqué l’organisation de la vie sur les camps surnommés « sauvages » puis sur les camps militaires, l’interaction avec les migrants, les incohérences ainsi que les rires, souvent exutoires des situations désespérées. Dans ce compte-rendu, je propose une présentation générale de l’interview, avec des citations en italique afin d’appuyer le propos. Pour retrouver l’intégralité de la rencontre, ci-joint le document pdf.