Compte rendu : “Les Exilés” au Casino Théâtre de Rolle

ACTUALITES – Ce mercredi 7 février 2018 s’est tenu l’évènement “Les Exilés”, fruit de la collaboration entre le Casino Théâtre de Rolle et le Centre International pour la Paix et les Droits de l’Homme (CIPADH). Ce programme, proposé en marge du spectacle Formular: CH, réunissait l’exposition photographique Une crise humanitaire aux portes de l’Europe de Gabriel Green et une table ronde autour de la “problématique” de la migration à l’échelle globale et locale. Retour sur cette soirée culturelle portant sur des enjeux actuels.

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Intervenants: Kosovë Avdiu, Alexandre Démétriadès, Alexandra Zosso, Gabriel Green, Nasrat Latif, Kathrin Iten, Hélène Menut et Loïc Haldimann

Tout d’abord, afin de mieux appréhender la situation de ces « exilés » qui arrivent en Europe depuis quelques années, le photographe Gabriel Green et Alexandra Zosso, coordinatrice de l’association Nothern Lights Aid en Grèce, ont tenu à rappeler au public la situation migratoire sur le terrain. Même si les photos présentées datent de 2015, les circonstances ne semblent guère avoir changées. Ces œuvres montrent qu’après l’urgence du déplacement, la question de l’action dans le long-terme se pose, à la fois pour les exilés, mais aussi pour les gouvernements chargés de leur accueil. Bien que le thème migratoire ne soit plus tant au cœur de l’actualité médiatique, la situation des réfugiés reste un enjeu actuel qui devrait être traité avec un respect inspiré des principes de dignité humaine et pour la « vie biographique » (concept de l’anthropologue Didier Fassin, repris par Madame Zosso)  de ces réfugiés dont l’histoire est parfois bafouée, ignorée ou oubliée.

Une des considérations abordées par le modérateur et journaliste Nasart Latif, concernait l’impact de la terminologie dans le cadre de la « crise migratoire ». En effet, comme souligné par Madame Zosso, le mot « réfugié », contrairement à « migrant »,  reflète un réel besoin de fuir permettant aux individus d’acquérir des droits sur un territoire étranger, ainsi qu’un statut protégé. Ce conflit des termes est notamment fréquent dans la sphère politique. Comme expliqué par Monsieur Alexandre Démétriadès, député au Grand Conseil du canton de Vaud, la sémantique peut être utilisée à des fins politiques. Par exemple, les courants en faveur de l’immigration utiliseront davantage les termes « réfugiés » ou « exilés » pour mettre en exergue la position de danger, alors que leurs opposants favoriseront davantage l’utilisation d’expressions comme « migrants économiques » ou «  tourisme social », afin de peindre l’image d’une migration motivée par des intérêts socio-économiques. Cependant, Madame Hélène Menut (association Le Lieu-dit) précise que même si ces statuts ont des implications importantes dans la vie quotidienne des individus déplacés, ils n’affectent en aucun cas leur volonté de s’intégrer au sein d’une société dans laquelle ils sont accueillis même temporairement. Monsieur Loïc Haldimann (municipal de la ville de Rolle), a ensuite signalé que les mots renvoient souvent des représentations différentes selon les individus, et que celles-ci ont un impact tangible sur la perception des réfugiés par les populations locales. 

En effet, ce n’est pas le parcours migratoire ou les raisons qui le motive qui ont changés depuis le siècle dernier, mais plutôt la perception de la société à l’égard de ces réfugiés. De par le témoignage de Monsieur Kosovë Avidu (citoyen suisse ayant fuit le Kosovo), il a été possible de constater que les raisons des migrations émanent toujours de facteurs politiques, militaires ou économiques mettant en danger la sûreté des individus. En effet, sa famille a fui les persécutions vécues en Yougoslavie pour trouver refuge en Suisse en 1992. Kosovë Avidu a notamment souligné que malgré l’urgence et le manque de préparation du gouvernement helvétique, sa famille a été adéquatement prise en charge et accueillie convenablement par la société. Selon lui, l’aide des communautés locales a été un facteur de réussite important dans son intégration. En effet, les relations sociales et l’entraide sont des éléments cruciaux permettant de garantir une bonne l’intégration. Cependant, Madame Hélène Menut a notamment expliqué que ces conditions s’étaient, au fil du temps, malheureusement endurcies. Même si les individus continuent à vouloir s’intégrer, la société et les populations locales semblent, quant à elles, se replier sur elles-mêmes en raison du sentiment de peur menant de facto à la marginalisation et l’exclusion des réfugiés. Cette exclusion ne semble pas être le simple fait de la société. En effet, Madame Kathrin Iten (assistante sociale et auteure de Formular : CH) précise que la diminution des ressources allouées par les cantons à l’aide sociale représente aussi une barrière à l’intégration. Elle explique notamment que les structures administratives sont parfois, de par leur complexité et le manque de ressources, des entraves à l’aide sociale. En effet, les assistantes sociales pour les réfugiés sont souvent bénévoles et chargées de gérer près de 80 dossiers chacune. Le manque de ressources, les préjugés envers les réfugiés ainsi que l’absence de volonté politique, laissent les associations démunies et contraintes, afin d’assurer une bonne intégration, de prendre le relais sur les instances étatiques. 

Ce dialogue entre les différents acteurs des sphères associatives, sociales et politiques a donc permis de mettre en exergue le fait que ce n’est pas la situation des exilés qui a changée, mais bien la perception dont en a la société. En effet, malgré la volonté d’intégration, les réfugiés se retrouvent parfois démunis face à des populations mal informées et à des administrations publiques inadaptées. Afin de répondre à ces lacunes institutionnelles, des associations et des groupes de citoyens décident, parfois avec l’aide des communes, de faciliter le quotidien de ces nouveaux arrivants. Au cours de la discussion, il a été rappelé qu’en dépit des médias et des politiques, il était important de garder à l’esprit que tous ces individus, peu importe leurs statuts, sont des humains et que la situation dans laquelle ils se trouvent n’est, malgré sa banalisation, pas acceptable d’un point de vue droits de l'homme.

Par Line Barabant – Assistante de recherche au CIPADH

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