Crise au Venezuela : du quotidien infernal aux violations des droits humains

ACTUALITE – La crise économico-politique bat son plein au Venezuela. Alors qu’une partie de la classe politique organise un référendum pour révoquer le Président Nicolás Maduro, la population elle-même se rebelle et commet des pillages en raison du rationnement, de la baisse des salaires et de la pénurie d’eau. Lumière sur une situation qui ne cesse de se détériorer. 

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Maduro vamos por ti - source : Venezuela Libre

Mise à jour du 5 septembre 2016 - Ce mois de septembre semble être décisif pour le Vénézuela et son Président, Nicolás Maduro. La baisse du prix du pétrole a engendré une importante crise économique dans le pays, avec une hausse des prix des biens de première nécessité. Le gouvernement a décidé de charger les hauts-gradés élus par le ministère de la Défense pour s'occuper du rationnement de ces biens, tels que le riz, le café ou les médicaments. Cette décision n'a pas empêché l'organisation d'une grande manifestation à Porlamar (île Margarita) par l'opposition ce jeudi 1er septembre, lieu de visite du Président Maduro. En effet, les habitants de l'ile ainsi que des expatriés de par le monde sont sortis réclamer un référendum révocatoire en vue du départ du président.

Le Monde ainsi que la twittosphère ont également informé de l'expulsion et le refoulement de plusieurs journalistes à la douane, souhaitant couvrir l'événement. Bien que le gouvernement ait tenté de museler la parole des reporters, les journalistes du pays ont néanmoins couvert l'événement, rapportant comment le Président a été chassé par les manifestants en colère. S'opposant à toutes propositions de dialogue avec ses opposants et réfractaire à l'intervention de l'OEA dans les affaires du pays, l'organisation d'un référendum pour révoquer le président actuel pourrait être une partie de la solution à la crise vénézuélienne. 

 

Article du 22 juin 2016

Des difficultés socio-économiques engendrant l’instabilité du pays

La crise au Venezuela n’a cessé de s’empirer ces derniers mois. En effet, de nombreuses réformes sociales ont changé le pays à la suite de la révolution bolivarienne entamée par Hugo Chávez et celles-ci n’ont pas toutes eu les conséquences escomptées. En reprenant le relais en décembre 2012, la personnalité controversée de Nicolás Maduro a rapidement fait débat. En entamant des restrictions budgétaires sévères sur la santé et l’éducation, tout en pratiquant le rationnement et l’augmentation des prix des denrées alimentaires, le président Maduro a laissé le pays s’enliser dans une réelle détresse économique.

Cette crise engendre deux problèmes. Le premier est sanitaire. En effet, l’accès aux soins s’est détérioré, ce qui a provoqué le retour de la gale par exemple. Avec des hôpitaux bondés, l’attention au malade est médiocre et le soin des femmes après l’accouchement a également décliné. Par ailleurs, avec l’augmentation des prix des denrées alimentaires, la population ne se nourrit plus à sa faim et la revente de nourriture se généralise.

Le deuxième problème est politique. Cette situation a ainsi duré plusieurs mois, provoquant au final des révoltes au sein du pays. Contestant le pouvoir en place, des citoyens ont pillé des commerces et ont manifesté leur envie de voir un changement de président, soutenu par les opposants politiques.

 

Le décret d’urgence : une violation institutionnalisée des droits humains

Cette situation critique est empirée par les rapports d’ONG comme Human Rights Watch, qui dénoncent l’incarcération d’opposants politiques et leur mauvais traitement en prison. Selon certaines sources, ces opposants seraient enfermés avant une quelconque procédure juridique, les incriminant pour terrorisme. 

Voyant son pouvoir s’affaiblir, notamment après la victoire de l’opposition à l’Assemblée, le président Maduro a fait passer une loi en mai passé sur la possibilité pour le président de restreindre le pouvoir du parlement, dans le cas où celui-ci tenterait de déstabiliser l’équilibre de la République. 

En effet, le dénommé « Etat d’exception » permet au Président de retirer sa fonction de contrôle sur l’exécutif au Parlement, dans le cas où une crise l’en obligerait.

Cette mesure, ajoutée aux politiques coercitives envers les opposants civils, démontrent un climat tendu au sein du Venezuela. Plusieurs spécialistes de la question et exilés pensent qu’une guerre civile peut éclater sans l’intervention d’une instance internationale ou la révocation de M. Maduro. Ainsi, le référendum est en cours de préparation mais certains politologues avancent que les pillages ont engendré un climat permettant le décret de la loi d’urgence, pouvant empêcher le processus démocratique. Comment cette situation pourrait-elle alors s’améliorer ?

 

Une intervention internationale, un espoir démocratique

D’un point de vue international, la situation est critique. Des ONG telles que Human Rights Watch reconnaissent déjà la violation des droits humains et ont déjà alerté la communauté internationale. Le gouvernement vénézuélien, en revanche, ne reconnait pas les agissements comme tels et explique qu’il y a des conséquences aux pillages et aux supposés actes terroristes. Il admet néanmoins qu’il y a une situation de crise dans le pays et accepte l’idée de discussion informelle autour de ces problématiques.

Avec la baisse drastique du prix du pétrole, les nombreuses révoltes ravageant le pays et l’enfermement d’opposants politiques, l’OEA, l’organisation des Etats américains, a décidé d’intervenir. Des discussions ont d’ailleurs été lancées entre Washington et Caracas, relançant les prémisses d’une relation diplomatique entre les deux pays. 

Le gouvernement a fait appel à José Luis Rodríguez Zapatero, ancien Président du gouvernement espagnol, en tant que médiateur entre les deux parties, étant donné l’hostilité que le Venezuela porte à cette rencontre. En effet, l’OEA, par l’intermédiaire de son Président, Luis Almagro, a déclaré vouloir sanctionner le pays pour ces violations des droits de l’homme. Le référendum demandé par les partis à l’opposition est donc soutenu par cette organisation, par le principe de la pluralité partisane. M. Rodríguez Zapatero a d’ailleurs demandé le soutien de tous les pays latino-américains, de l’UE et de l’Espagne, afin de mener à bien les discussions et d’en finir avec la crise vénézuélienne. 

Cette semaine est donc très importante pour la continuité des discussions entre le gouvernement Maduro et ses opposants. La médiation de l’OEA et de l’ex-président espagnol pourrait aider à faire avancer les choses, bien que des voix militantes pensent que les discussions n’aideront pas à débloquer la situation actuelle.

Le CIPADH continuera à informer de l’évolution des discussions. 

 

 

Par Sonia Rodríguez, assistante de recherche au CIPADH

 

 

Webographie

Paulo A. Paranagua (01.09.2016), "Le Venezuela expulse des journalistes, dont l’envoyée spéciale du « Monde »", Le Monde. Repéré à : http://www.lemonde.fr/international/article/2016/09/01/le-venezuela-expu...

Reuters (04.09.2016), "Pénuries au Venezuela : des généraux contrôleront la distribution des biens", Radio Canada. Repéré à : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/International/2016/09/04/005-venezu...

 

Nicholas Casey (03.09.2016), "Venezuelan President Is Chased by Angry Protesters", The New York Times. Repéré à : http://www.nytimes.com/2016/09/04/world/americas/venezuelan-president-is...

Mégane de Amorim (21 juin 2016), Libération, "L'enfer de Lorent Saleh, opposant au régime vénézuélien", http://www.liberation.fr/planete/2016/06/21/l-enfer-de-lorent-saleh-oppo...

Human Rights Watch (19 mai 2016), "Venezuela debe revocar decreto de emergencia dictado por Maduro", https://www.hrw.org/es/news/2016/05/19/venezuela-debe-revocar-decreto-de...

Libération (17 juin 2016), "Venezuela: l’issue politique à la crise menacée par les émeutes", http://www.liberation.fr/planete/2016/06/17/venezuela-l-issue-politique-...

Silvia Ayuso (19 juin 2016), El pais, "“Las prioridades en Venezuela deben ser el revocatorio, la libertad de presos y la ayuda”", http://internacional.elpais.com/internacional/2016/06/19/actualidad/1466...

Diario Las Américas (21 juin 2016), Runrunes, "Zapatero pide ayuda a la OEA para promover el diálogo en Venezuela", http://runrun.es/nacional/267655/video-zapatero-pide-ayuda-a-la-oea-para...

Maolis Castro (17 mai 2016), "La oposición resistirá las amenazas del chavismo con la ley y en la calle", http://internacional.elpais.com/internacional/2016/05/17/actualidad/1463...

Marie Delcas (21 décembre 2012), Le Monde, "Nicolas Maduro, le dauphin d'Hugo Chavez", http://www.lemonde.fr/international/article/2012/12/21/le-dauphin-d-hugo...

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