Des foulards blancs contre l’impunité dans les rues de Buenos Aires

ACTUALITES - Le 10 mai 2017 ont défilé plus d’un demi-million de personnes dans les rues de Buenos Aires en Argentine. Une mobilisation pour dénoncer la libération anticipée d’un responsable d’exactions commises pendant la dictature. Les manifestants ont aussi exprimés leur inquiétude face à cette décision de la Cour Suprême d’Argentine qui remet en question le processus de justice et de reconnaissance des victimes de la dictature de la Junte militaire en Argentine [1]. Les Mères de la place de Mai été en première ligne de cette manifestation. Elles qui mènent depuis plus de 40ans ce combat et qui pour certains ont véritablement réussi à faire plier la dictature de la junte militaire en Argentine dans les années 80 [2]. Quelles revendications des Mères de la place de Mai depuis 40 ans ?

 

 

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Mère et fille sur la place de Mai - Wikimédia Commons


 

  • Qui sont les Mères de la Place de Mai ?

Le 30 Avril 1977 se sont réuni pour la première fois 14 femmes [3] sur la place de mai. Cette place au centre de Buenos Aires abrite aujourd’hui le palais présidentiel [3] et, à l’époque, le quartier général de la Junte militaire. Ces femmes ont commencé à se réunir pour manifester contre les disparitions forcées de la dictature et obtenir justice pour leurs enfants : les victimes de ces disparitions [4]. Ces mères ont mis en place ces rassemblements puisqu’elles n’arrivaient pas à obtenir d’informations par la voie des autorités et du ministère de l’Intérieur [5]. Des femmes, non accompagnées de leurs maris, puisque ces familles pensaient que leur genre les protégeait de la répression de la dictature [6]. Des « rondes » hebdomadaires ont ainsi commencé [7], les « rassemblements statiques » étant prohibé par la dictature de la junte militaire [8]. C’est en octobre 1978 qu’elles commenceront à porter leur fameux foulard blanc, un moyen de se reconnaître en elles [9]. Entre 1976 et 1983, période du pouvoir de la dictature militaire, 30 000 personnes au moins ont disparus [10]. Malgré la démocratisation du pays au début des années 80 celle qui ont créé leur propre association, les Mères de la place de Mai, ont continué leur combat pour la vérité. Aujourd’hui encore, beaucoup de ses disparitions restent sans réponses, étant donné que de nombreux corps n’ont pas été retrouvés [11]. Ces mères, moquées, comme « les folles de la place de mai » par la dictature argentine [12] ont lancé un mouvement aujourd’hui internationalement reconnu et sont devenues un symbole de la résistance contre la dictature de la junte militaire et contre l’impunité [12]. Un mouvement pacifique qui aurait eu une réelle influence sur l’affaiblissement de la dictature en Argentine : la junte militaire voulait discrètement faire disparaitre ses opposants, mais, pour certains, l’insistance des Mères de la Place de Mai aurait affaiblit la dictature en mettant à jour leurs pratiques de violations des droits de l’homme [12].

 

  • Pourquoi, aujourd’hui encore, ces manifestations contre l’impunité ?

Plus de 40 ans après leur premier rassemblement, les Mères de la place de Mai continuent leur lutte contre l’impunité des membres de la junte [13]. L’arrivée au pouvoir du président au pouvoir du président Nestor Kirchner en 2003, a marqué une nouvelle époque dans l’implication de l’Etat Argentin dans les processus de justice et vérité mis en place après la dictature : de nombreux militaires ont été effectivement jugés pour leurs crimes [14]. Cependant, le travail à accomplir reste encore important et l’application d’une ancienne loi à l’un des membres de la dictature a ravivé la colère des Mères de la Place de Mai.  Elles ont invité la société civile à élever la voix avec elles contre une décision de la Cour Suprême. Cette dernière a décidé appliquer une loi qui n’est aujourd’hui plus en vigueur. Cette loi stipule que les détenus peuvent obtenir une remise de peine sur la base que les jours qu’ils ont passés en détention préventive comptent le double [15]. La Cour Suprême a pris cette décision uniquement concernant le cas de Muña, qui aurait pratiqué enlèvements et tortures pendant la dictature [16]. Trois des 5 juges de la Cour Suprême Argentine ont votés pour cette décision, deux de ces juges ont été nommés par le nouveau président Argentin Mauricio Macri [17]. Par ailleurs, quelques signes laissaient déjà présager sa préférence pour le pardon et non pour la justice. Cette décision représente un risque pour la vérité que défendent les Mères de la Place de Mai : cette décision ouvre la voie pour d’autres membre de la dictature Argentine de se pourvoir devant la Cour Suprême et de bénéficier eux aussi de l’application de cette loi. De nombreux recours auraient d’ailleurs été déposés depuis cette décision par des hommes ayant été condamné pour crimes contre l’Humanité [17]. Cette décision a donc poussé les Mère de la Place de Mai (ligne fondatrice) à réagir et à inviter la totalité des citoyens Argentins à manifester et à eux aussi se parer d’un foulard blanc symbolique. Une députée Argentine a réussi à faire adopter en urgence une loi interdisant l’application de cette loi « 2*1 » aux crimes contre l’humanité, cependant pour un spécialiste interrogé par le Journal Libération, malgré l’adoption de cette loi, le risque est toujours là [18]. Ce n’est pas seulement l’association des Mères de la place de Mai (ligne fondatrice) qui s’est mobilisé mais d’autres associations de défense des droits de l’homme. Cependant, cette manifestation s’inscrit dans la continuité du combat que les Mères de la Place de Mai mènent depuis plus de 40 ans contre l’impunité et pour les disparus de la dictature Argentine [19]. De plus, cette manifestation a repris les symboles portés par ces mères et grands-mères de victimes de la dictature [20].

Le processus de justice transitionnelle Argentine qui avait pourtant été salué par beaucoup est aujourd’hui remis en question par cette décision [21]. De plus, certains semblent affirmer que depuis que  Mauricio Macri a accédé à la tête de l’Etat Argentin, le processus de justice et vérité pour les victimes de la dictature a reculé [22]. Certains fonctionnaire nommés par le président aurait par exemple remis en question le nombre de 30’000 victimes avancées par les nombreuses associations et les instances argentine chargées d’enquêter sur les crimes contre l’humanité commis sous la dictature auraient été affaiblies par le nouveau gouvernement [23].

 

EF - Assistante de Recherche au CIPADH

 

NOTES DE BAS DE PAGES :

-[1] Guillaume, Mathilde. « En Argentine, les Mères de la place de Mai rassemblent un demi-million de foulards blancs ». Libération.fr, 12 mai 2017. http://www.liberation.fr/planete/2017/05/12/en-argentine-les-meres-de-la....

-[2] AFP. « Les “Mères” de Mai ont fait “plier la dictature argentine”, pour J-P Bousquet ». L’Obs. Consulté le 24 mai 2017. http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170428.AFP2298/les-meres-de-mai....

-[3] Centenera, Mar. « Forty years later, Argentina’s bravest mothers keep marching ». EL PAÍS, 1 mai 2017. http://elpais.com/elpais/2017/05/01/inenglish/1493637018_186924.html.

-[3] Le Monde. « Argentine : les Mères de la place de Mai, quarante ans de lutte ». Le Monde.fr, 1 mai 2017. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/05/01/argentine-depuis-40-a....

-[4] Destouches, Jean-Jérôme. « Argentine, Buenos Aires 30 avril 1977, des mères tournent autour de la place de Mai ». TV5MONDE, 1 mai 2017. http://information.tv5monde.com/terriennes/argentine-30-avril-1977-premi....

-[5] Ibid.

-[6] Ibid.

-[7] Ibid.

-[8] Le Monde. « Argentine : les Mères de la place de Mai, quarante ans de lutte ». Le Monde.fr, 1 mai 2017. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/05/01/argentine-depuis-40-a....

-[9] Destouches, Jean-Jérôme. « Argentine, Buenos Aires 30 avril 1977, des mères tournent autour de la place de Mai ». TV5MONDE, 1 mai 2017. http://information.tv5monde.com/terriennes/argentine-30-avril-1977-premi....

-[10] Ibid.

-[11] AFP. « Argentine : dix ans de “kirchnérisme” ». Le Monde.fr, 25 mai 2013. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/05/25/argentine-dix-ans-de-....

-[12] Centenera, Mar. « Forty years later, Argentina’s bravest mothers keep marching ». EL PAÍS, 1 mai 2017. http://elpais.com/elpais/2017/05/01/inenglish/1493637018_186924.html.

-[12] Ibid.

-[12] AFP. « Les “Mères” de Mai ont fait “plier la dictature argentine”, pour J-P Bousquet ». L’Obs. Consulté le 24 mai 2017. http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170428.AFP2298/les-meres-de-mai....

-[13] AFP, « «Mères de la Place de Mai»: 40 ans de combat ». tdg.ch/. Consulté le 30 mai 2017. //www.tdg.ch/monde/meres-place-mai-40-ans-combat/story/13057864.

-[14] AFP. « Argentine : dix ans de “kirchnérisme” ». Le Monde.fr, 25 mai 2013. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/05/25/argentine-dix-ans-de-....

-[15] Guillaume, Mathilde. « En Argentine, les Mères de la place de Mai rassemblent un demi-million de foulards blancs ». Libération.fr, 12 mai 2017. http://www.liberation.fr/planete/2017/05/12/en-argentine-les-meres-de-la....

-[16] Ibid.

-[17] Goñi, Uki. « Fury in Argentina over Ruling That Could See Human Rights Abusers Walk Free ». The Guardian, 4 mai 2017, sect. World news. https://www.theguardian.com/world/2017/may/04/argentina-supreme-court-hu....

-[17] Guillaume, Mathilde. « En Argentine, les Mères de la place de Mai rassemblent un demi-million de foulards blancs ». Libération.fr, 12 mai 2017. http://www.liberation.fr/planete/2017/05/12/en-argentine-les-meres-de-la...

-[18] Ibid.

-[19] Herald Staff. « 2x1: Activists outraged by Supreme Court ruling ». Consulté le 31 mai 2017. http://www.buenosairesherald.com/article/225515/.

-[20] Ibid.

-[21] Guillaume, Mathilde. « En Argentine, les Mères de la place de Mai rassemblent un demi-million de foulards blancs ». Libération.fr, 12 mai 2017. http://www.liberation.fr/planete/2017/05/12/en-argentine-les-meres-de-la....

-[22] Herald Staff. « 2x1: Activists outraged by Supreme Court ruling ». Consulté le 31 mai 2017. http://www.buenosairesherald.com/article/225515/.

-[23] Ibid.

 

WEBOGRAPHIE :

-AFP, « «Mères de la Place de Mai»: 40 ans de combat ». tdg.ch/. Consulté le 30 mai 2017. //www.tdg.ch/monde/meres-place-mai-40-ans-combat/story/13057864.

- Destouches, Jean-Jérôme. « Argentine, Buenos Aires 30 avril 1977, des mères tournent autour de la place de Mai ». TV5MONDE, 1 mai 2017. http://information.tv5monde.com/terriennes/argentine-30-avril-1977-premi....

- Le Monde. « Argentine : les Mères de la place de Mai, quarante ans de lutte ». Le Monde.fr, 1 mai 2017. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/05/01/argentine-depuis-40-a....

- AFP. « Argentine : dix ans de “kirchnérisme” ». Le Monde.fr, 25 mai 2013. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/05/25/argentine-dix-ans-de-....

- Maldavsky José, « Disparue en Argentine », Le Monde diplomatique, 2004/5 (n°602), p. 29-29. URL : http://www.cairn.info/magazine-le-monde-diplomatique-2004-5-page-29.htm

- Guillaume, Mathilde. « En Argentine, les Mères de la place de Mai rassemblent un demi-million de foulards blancs ». Libération.fr, 12 mai 2017. http://www.liberation.fr/planete/2017/05/12/en-argentine-les-meres-de-la....

-Herald Staff. « 2x1: Activists outraged by Supreme Court ruling ». Consulté le 31 mai 2017. http://www.buenosairesherald.com/article/225515/.

-« Argentine. Une marée humaine contre l’impunité des tortionnaires ». Courrier international, 11 mai 2017. http://www.courrierinternational.com/une/argentine-une-maree-humaine-con....

-DELLAVALLE, Raphaël. « La dictature militaire Argentine de 1976 à 1983 ». Les Yeux du Monde. Consulté le 30 mai 2017. http://les-yeux-du-monde.fr/histoires/9015-la-dictature-militaire-argent....

-Le Monde. « Argentine : les Mères de la place de Mai, quarante ans de lutte ». Le Monde.fr, 1 mai 2017. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/05/01/argentine-depuis-40-a....

-Goñi, Uki. « Fury in Argentina over Ruling That Could See Human Rights Abusers Walk Free ». The Guardian, 4 mai 2017, sect. World news. https://www.theguardian.com/world/2017/may/04/argentina-supreme-court-hu....

-Centenera, Mar. « Forty years later, Argentina’s bravest mothers keep marching ». EL PAÍS, 1 mai 2017. http://elpais.com/elpais/2017/05/01/inenglish/1493637018_186924.html.

- AFP. « Les “Mères” de Mai ont fait “plier la dictature argentine”, pour J-P Bousquet ». L’Obs. Consulté le 24 mai 2017. http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170428.AFP2298/les-meres-de-mai....

 

 

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