Des langues en voie de disparition #01 – Introduction

ANALYSE – Depuis plusieurs mois, le CIPADH s’intéresse à la place des mots et à leur importance afin de comprendre les principes fondamentaux des droits humains, comme à travers la rubrique « La définition du mois ». Dans cette optique, nous souhaitons nous intéresser aux langues et à leur contexte culturel. En effet, si l’importance de la signification d’un mot n’est plus à démontrer, la langue est un élément culturel tout aussi primordial, qui permet le dialogue et la tolérance, valeurs fondamentales pour promouvoir la paix. Le travail faramineux de l’UNESCO lancé en 2009 afin d’écrire un Atlas des langues en danger dans le monde a eu pour objet de recenser les langues en danger de disparition et d’expliquer la nécessité de ne pas les oublier. Cet été, le CIPADH va s'intéresser aux langues en voie de disparition à travers cette formule hebdomadaire dans l’optique de promouvoir les différentes cultures, la tolérance et la paix. Quelle est l’importance de ces langues ? Pourquoi le CIPADH décide-t-il de se pencher sur ce sujet ? Explication dans cette introduction. 

 

Français

Paix et diversité - source : pxhere

On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre. Emil Michel CIORAN

Cette phrase du philosophe roumain Emil M. Cioran résume la nécessité de se pencher sur les langues. La langue est un élément central de la construction des identités et des Etats-nation. En effet, la langue est perçue comme un vecteur de la culture d’une ethnie ou d’une nation. Comme l’a d’ailleurs reconnu l’ONU : « Les langues constituent les instruments les plus puissants pour préserver et développer notre patrimoine matériel et immatériel. Tout ce qui est fait pour promouvoir la diffusion des langues maternelles sert non seulement à encourager la diversité linguistique et l'éducation multilingue mais aussi à sensibiliser davantage aux traditions linguistiques et culturelles du monde entier et à inspirer une solidarité fondée sur la compréhension, la tolérance et le dialogue ». [1] Ces raisons sont d’ailleurs évoquées par l’UNESCO – l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture – qui a pour but de construire la paix dans l’esprit des femmes et des hommes. En effet, l’Atlas présenté en en-tête explique : « Les langues sont les vecteurs de notre culture, de notre mémoire collective et de nos valeurs. Elles sont une composante essentielle de nos identités, de notre diversité et de notre patrimoine vivant ». [2]

En quoi la disparition des langues est-elle regrettable ?

Comme l’affirme l’UNESCO, la disparition d’une langue représente la disparition d’une culture toute entière. Ainsi, on constate le tagish, langue parlée par un groupe autochtone du Canada, que sa disparition est le reflet de la disparition progressive des us et coutumes de ce groupe. [3] Il est important de souligner que d’autres langues autochtones du Canada ont néanmoins été revitalisée en raison d’une politique plus dynamique sur la diversité linguistique.

La disparition d’une langue n’est pas anodine. Elle reflète la fin d’un phénomène historique ou culturel. Le rattachement à une langue serait donc constitutif d’une identité. C’est ce que laisserait supposer l’échec des langues construites, telles que l’espéranto. [4]

Le CIPADH va donc s’intéresser à ces langues qui disparaissent, qui sont oubliées ou qui n’ont pas la tribune nécessaire pour être vues afin de participer aux objectifs de l’ONU et de l’UNSECO qui encouragent « la conservation et la défense de toutes les langues parlées par les peuples du monde entier ». [5] Le multilinguisme, tel qu’il est promu par l’ONU et les objectifs du millénaire, permet la tolérance et la paix, tout comme le respect des différences cultures. [6]

Un véritable multilinguisme favorise l’unité dans la diversité et l’entente internationale [7]

 

Par Sonia Rodríguez - Chargée de projets au CIPADH

 

NOTES DE BAS DE PAGE

[1] Nations Unies (2017), "Journée internationale de la langue maternelle 21 février". Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/motherlanguageday/

[2] UNESCO (2011), "Projet UNESCO. Atlas des langues en danger dans le monde". Disponible sur : http://unesdoc.unesco.org/images/0019/001924/192416f.pdf

[3] UNESCO (2017), "Nouvelles initiatives de l’UNESCO en matière de diversité linguistique". Disponible sur : http://fr.unesco.org/news/nouvelles-initiatives-unesco-matiere-diversite-linguistique

[4] Anna MOREAU (25 juillet 2017), "Pourquoi l’espéranto n’a pas vraiment conquis le monde", Le Monde. Disponible sur: http://www.lemonde.fr/societe/video/2017/07/25/pourquoi-l-esperanto-n-a-pas-vraiment-conquis-le-monde_5164654_3224.html

[5] Nations Unies (2017), op. cit. 

[6] Assemblée générale des Nations Unies (8 juin 2007), "Résolution 61/266. Multilinguisme", 61ème session, Point 114 de l'ordre du jour : A/RES/61/266. Disponible sur : http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/61/266

[7] IBID

 

WEBOGRAPHIE

Assemblée générale des Nations Unies (8 juin 2007), "Résolution 61/266. Multilinguisme", 61ème session, Point 114 de l'ordre du jour : A/RES/61/266. Disponible sur : http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/61/266

Anna MOREAU (25 juillet 2017), "Pourquoi l’espéranto n’a pas vraiment conquis le monde", Le Monde. Disponible sur: http://www.lemonde.fr/societe/video/2017/07/25/pourquoi-l-esperanto-n-a-pas-vraiment-conquis-le-monde_5164654_3224.html

Nations Unies (2017), "Journée internationale de la langue maternelle 21 février". Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/motherlanguageday/

UNESCO (2011), "Projet UNESCO. Atlas des langues en danger dans le monde". Disponible sur : http://unesdoc.unesco.org/images/0019/001924/192416f.pdf

- UNESCO (2017), "Nouvelles initiatives de l’UNESCO en matière de diversité linguistique". Disponible sur : http://fr.unesco.org/news/nouvelles-initiatives-unesco-matiere-diversite-linguistique

Category: