Diplomatie du Pape François : la promotion de la paix

ACTUALITÉ – Lorsque l’on évoque la diplomatie, il n’est pas si courant de penser au Saint-Siège, également appelé Vatican. En effet, la papauté de 0,44 km2 a toujours été plutôt discrète mais le pape François a rompu avec cette tradition. François Mabille, chercheur statuaire au Groupe Sociétés, Religions, Laïcités, écrit dans un article que le « style François » ne s’applique pas qu’aux affaires de l’Eglise mais également dans sa façon de gérer les relations internationales.[1] Ainsi, sa diplomatie est décrite comme « plus sûre d’elle » ce qui « suffit à redonner au Saint-Siège une place réelle d’acteur sur la scène internationale ».[2] Quelle est cette place ? Comment le Vatican peut-il apporter son soutien en matière de droits humains et de promotion de la paix ? Analyse.

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Rencontre du Pape François et de Ban Ki-moon en septembre 2015 aux Nations unies – source : capture d’écran vimeo

Le Pape François, un rebelle au Vatican ?

Comme mentionné en-haut, le pape François a rompu avec les codes traditionnels de la papauté. Se rapprochant du style de Jean-Paul II,[3] il a néanmoins apporté une touche plus moderne et a pris des positions qui coupent avec ses prédécesseurs. Sa politique de soutien envers l’Union européenne a par exemple justifié sa réflexion philosophique autour de ce concept et a réaffirmé les valeurs humaines qui y sont rattachées : démocratie, diversité et droits humains.[4] Ces thèmes ont poussé le souverain pontife à prendre des positions parfois controversées, coupant avec les principes plus conservateurs.

Prenons l’exemple des réfugiés. Le pape François a largement apporté son soutien à ces personnes fuyant les guerres et les persécutions dans leur pays. Il a d’ailleurs déclaré en novembre passé :

Lors de la banqueroute d’une banque, des sommes scandaleuses apparaissent immédiatement pour la sauver, mais quand se produit cette banqueroute de l’humanité, il n’y a pas le millième pour sauver ces frères. Et ainsi, la Méditerranée s’est transformée en cimetière, et pas seulement la Méditerranée… Il y a tant de cimetières le long des murs, des murs maculés de sang.[5]

Cette phrase a été reprise par beaucoup de médias en raison de son engagement fort, notamment à l’encontre des frontières et des murs que l’on érige mais aussi de l’attaque qu’il profère contre le système économique mondial qu’il qualifie de « terroriste ».[6]

Il est évident que son image casse avec celles des autres papes mais également avec les dirigeants d’autres Etats. L’idéal que décrit François est-il réalisable ?

 

La paix, ou le défis du dialogue

La stratégie du pape François a donc été d’avantager le dialogue, les rencontres et les visites diplomatiques. Il a joué un rôle de médiation majeur dans le conflit américano-cubain en offrant « sa neutralité et son caractère inoffensif ».[7] Il a participé à engager le dialogue entre les deux Etats ennemis et a reçu leur délégation au sein de son Siège. Son influence le fait maitre du Soft Power. Comme l’a écrit l’historien Jean-Baptiste Noé : « La géopolitique du Vatican cherche à diffuser (…) le bien commun, la paix, le respect du plus faible et le développement intégral de la personne ».[8]

Ses talents ont également été constatés au Moyen-Orient, lieu avec lequel il a renoué des liens. Nicolas Kazarian, directeur de l’IRIS, nous explique dans un article que François a tout d’abord voulu coupé avec l’héritage de Benoit XVI, connu pour ses différends avec l’Islam.[9] Dans le désormais fameux discours de novembre 2016, François a d’ailleurs rappelé qu’« aucun peuple, aucune religion est terroriste »,[10] mettant ainsi un terme aux polémiques laissées par son prédécesseur. Cette stratégie permet de resserrer les liens avec l’Islam afin de se manifester sur la question syrienne, la terreur islamiste ou encore le conflit israélo-palestinien, sur lequel il est très attendu.[11] 

Son influence semble donc assurée et son rayonnement est manifeste, qu’en est-il de la diplomatie politique telle qu’on l’envisageait jusqu’à présent ?

 

Considérations finales : l’échec de la diplomatie politique ?

Le pape François a redonné un visage nouveau au Vatican et est intervenu dans des négociations de résolution de conflits. Ce constat est important et relativement amère pour la diplomatie politique : est-ce le signe de son échec ? La politique souffre-t-elle d’un désaveu des citoyens ? Comment est-il possible que des Etats sécularisés acceptent l’appui du souverain pontife ?

Si son charisme y est pour beaucoup, il va sans dire que ses prises de position courageuses l’ont aidé à construire l’image d’un homme qui utilise sa foi et son pouvoir politique pour la paix. Il a d’ailleurs récemment mis en garde contre la montée du populisme à travers les figures de Marine Le Pen en France ou de Donald Trump aux Etats-Unis en soulignant le danger de leurs politiques. Il a ainsi rappeler que si « les crises provoquent peur et inquiétude »,[12] le populisme qu’elles engendrent a finalement été néfaste pour l’Allemagne de 1933 puisqu’« Hitler n’a pas volé le pouvoir (…) il a été élu par son peuple et l’a détruit ».[13] 

La vague de populisme qui s’abat actuellement dans les pays sécularisés va sans doute renforcer l’influence du souverain pontife, bien que ce soit peut-être la remise en question de tout un système désavoué. 

Notes de bas de page

[1] François MABILLE, « La politique étrangère du pape François », Diplomatie, Affaires stratégiques et relations internationales 83 (novembre-décembre 2016), p. 45

[2] IBID

[3] IBID

[4] IBID

[5] Nicolas SENÈZE (6 novembre 2016), « Le pape François dénonce la «banqueroute de l’humanité» », La Croix. Disponible sur : http://www.la-croix.com/Religion/Pape/Le-pape-Francois-denonce-banquerou...

[6] IBID

[7] François MABILLE, op. cit.

[8] Jean-Baptiste NOÉ, Géopolitique du Vatican, Paris, PUF, 2015

[9] Nicolas KAZARIAN, « Le Saint-Siège et la nouvelle équation du Moyen-Orient. Une théo-géopolitique au service de la paix », Diplomatie, Affaires Stratégiques et relations internationales 83 (novembre-décembre 2016), pp.58-61

[10] Nicolas SENÈZE, op. cit.

[11] Henri TINCQ (4 juillet 2015), « La diplomatie du pape François face à «la Troisième Guerre mondiale» », Slate. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/102823/pape-francois-diplomatie-troisieme-guer...

[12] Al Jazeera (22 janvier 2017), « Pope Francis warns against populism, citing Hitler ». Disponible sur : http://www.aljazeera.com/news/2017/01/pope-francis-warns-populism-citing...

[13] IBID

 

Par Sonia Rodríguez - Coordinatrice de projets au CIPADH

Webographie

Al Jazeera (22 janvier 2017), « Pope Francis warns against populism, citing Hitler ». Disponible sur : http://www.aljazeera.com/news/2017/01/pope-francis-warns-populism-citing...

Nicolas KAZARIAN, « Le Saint-Siège et la nouvelle équation du Moyen-Orient. Une théo-géopolitique au service de la paix », Diplomatie, Affaires Stratégiques et relations internationales 83 (novembre-décembre 2016), pp.58-61

François MABILLE, « La politique étrangère du pape François », Diplomatie, Affaires stratégiques et relations internationales 83 (novembre-décembre 2016), pp. 45-49

Jean-Baptiste NOÉ, Géopolitique du Vatican, Paris, PUF, 2015

Philippe PORTIER & Frédéric RAMEL (dir.), Religieux et recherche stratégique, Les Champs de Mars n°26, mars 2015

Nicolas SENÈZE (9 janvier 2017), « Des diplomates réagissent au discours du pape François », La Croix. Disponible sur : http://www.la-croix.com/Religion/Pape/Des-diplomates-reagissent-discours...

Nicolas SENÈZE (6 novembre 2016), « Le pape François dénonce la «banqueroute de l’humanité» », La Croix. Disponible sur : http://www.la-croix.com/Religion/Pape/Le-pape-Francois-denonce-banquerou...

Henri TINCQ (4 juillet 2015), « La diplomatie du pape François face à «la Troisième Guerre mondiale» », Slate. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/102823/pape-francois-diplomatie-troisieme-guer...

Andrea TORNIELLI (15 avril 2016), « Lesbos : La géopolitique du pape François décryptée par un diplomate », Aleteia. Disponible sur : http://fr.aleteia.org/2016/04/15/lesbos-la-geopolitique-du-pape-francois...

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