Film "Tadmor" : retour sur la torture dans les prisons syriennes

ACTUALITES - Lors du 15ème festival du Film et Forum International sur les Droits Humains organisé à Genève, le CIPADH a eu l’occasion d’assister à la projection du film Tadmor réalisé par Monika Borgmann & Lokman Slim.

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Film-documentaire réalisé en 2016, Tadmor retrace l’histoire des détenus de la prison de Tadmor (également désignée comme «  prison de Palmyre ») située en Syrie et considérée comme l’une des prisons les plus effroyables du régime des Assad.

Le film dévoile les rouages d’un système carcéral ayant recours aux tortures systématiques, aux humiliations constantes et aux traitements inhumains qu'ont subit des milliers de prisonniers. L’idée originale des réalisateurs a été de simultanément reconstituer la vie quotidienne dans la prison ainsi que de réaliser des témoignages face caméra. Une école abandonnée près de Beyrouth a ainsi servi de lieu de tournage pour la reconstruction de la prison et de ses cellules. Les survivants y revivent de la sorte ce terrible épisode de leur vie en jouant à la fois les rôles de « détenus » et de « bourreaux ».

Ce long métrage apporte un aspect général en relatant des épisodes de la vie quotidienne dans la prison grâce au jeu de rôle des prisonniers mais également un aspect personnel avec les expériences vécues individuellement par les prisonniers grâce aux entretiens individuels.

La prison de Tadmor a été le principal lieu de détention utilisé par le régime de Hafez El-Assad pour déporter et enfermer des prisonniers d’opinion et des prisonniers politiques. Lors de la guerre civile au Liban entre 1975 et 1990, des centaines de libanais ont été incarcéré en Syrie.

La prison de Tadmor ferme ses portes en 2001 avec l’arrivée au pouvoir de Bachar El-Assad. Néanmoins, en réponse au soulèvement populaire contre le gouvernement syrien en 2011, la prison est à nouveau utilisée pour enfermer des manifestants et des personnes soupçonnées d’être opposées au gouvernement.

C’est à la suite de la réouverture de cette prison qu’un groupe d’anciens détenus libanais décident d’utiliser leurs voix et de relater leurs terribles expériences de torture.

Les anciens détenus décrivent des journées entières dans l’angoisse d’être battus, des exécutions quotidiennes, des humiliations jusqu’à ce qu’ils soient totalement déshumanisés. Selon un rapport d’Amnesty International publié en 2001, les surveillants de la prison infligeaient aux détenus des souffrances insupportables en les terrorisant, en les maintenant sous un contrôle strict, en brisant leur moral ou en en leur interdisant de communiquer entre eux.

 La vie dans la prison de Tadmor est déshumanisante dans tous ses aspects.

Si des centaines de libanais ont été incarcéré dans cette prison dans les années 80 lors de la guerre civile au Liban, le rapport indique également que les membres présumés d’organisations de gauche, de mouvements islamistes ou nationalistes arabes et de groupes kurdes ou aussi toute personne ayant des opinions hostiles au gouvernement se retrouvaient enfermés entres les murs de cette prison. 

Le film révèle les deux éléments qui ont rendu Tadmor si tristement réputée : les toits ouverts et la torture du pneu. Les cellules de cette prison avaient en effet la spécificité que les toits contenaient des trous afin que les geôliers puissent constamment surveiller les détenus et les frapper pour le moindre mouvement. Par ailleurs, la technique du pneu par laquelle un détenu était coincé dans un pneu pour le frapper sur la plante des pieds sans qu’il ne puisse bouger était quotidiennement utilisée.

Bien que la prison de Tadmor ait été détruite par des membres de l’Etat Islamique en 2015, le rapport d’Amnesty International (AI) de 2001 reste sans conteste d’actualité. Un récent rapport d’AI publié début 2017 sur les pendaisons de masse et l’extermination à la prison de Saidanaya en Syrie rappelle en effet sinistrement l’emploi systématique de la torture dans certaines prisons du pays.

La projection du film Tadmor dans le cadre du FIFDH ne peut que rappeler les débats qui se tiennent en même temps à la 34ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Des conférences y ont eu lieu pour discuter et trouver des solutions sur le problème du recours à la torture qui n’est pas propre à la Syrie.

Tadmor dénonce une réalité brutale et en ce contexte de discussions au Conseil des droits de l’homme, on ne peut qu’inciter les ONG, l’ONU et les gouvernements à continuer de travailler sur l’éradication du recours intolérable de la torture.

 

Charlotte Verrier, assistante de recherche au CIPADH

 

 

 

 

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