Focus sur l’Erythrée

ACTUALITES – Depuis son indépendance de l’Ethiopie, l’Erythrée est gouvernée par un régime autoritaire liberticide qui semble peu enclin à l’application des droits humains.  C’est donc sur ce pays peu connu et sa situation en matière de droits humains, que ce concentre aujourd’hui le Centre International pour la Paix et les Droits de l’Homme (CIPADH).

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Désert de Danakil entre l'Erythrée et l'Ethiopie - Source: Anthony Pappone, Flickr

L’Erythrée est dirigée depuis plus de 25 ans par le President Isaias Afwerki, considéré par certains organismes comme un dictateur en raison de son pouvoir quasi-absolu sur les différentes branches gouvernementales exécutives, législatives et militaires [1]. La situation politique du gouvernement « autoritaire » a ainsi poussé près de 40'000 ressortissants érythréens à traverser la Méditerranée en 2015, pour rejoindre les côtes européennes [2]. En effet, les violations des droits humains et des libertés fondamentales ont encouragé les citoyens à quitter leur pays. Il est vrai que les limites imposées par les services militaires, les arrestations arbitraires et les détentions secrètes mènent à mal les politiques de droits humains édictées par les traités internationaux en la matière, dont le pays est Etat-partie [3].

Un service national flou et ambigu

Selon la législation érythréenne, chaque citoyen est tenu de compléter dès sa majorité (18 ans) un service militaire de 18 mois. Néanmoins, la réalité de ce service obligatoire ne semble pas correspondre au texte de loi, puisque les appelés se trouvent souvent contraints de servir de manière indéfinie, leurs recrutements durant parfois plusieurs décennies [4]. Cette pratique assigne les conscrits à des travaux de construction, d’agriculture ou d’éducation, qui remplissent des objectifs publics tout en bénéficiant aux ambitions militaires [5]. De plus, ce travail est vraisemblablement accompagné d’une maigre rémunération, de violences physiques, d’actes de torture ou de mauvais traitements, dont les femmes enrôlées sont particulièrement victimes [6]. Cette pratique frôle selon plusieurs organismes le travail forcé et l’esclavagisme, étant donné que toute tentative de fuite est sévèrement réprimandée. Bien que de jure, le service national est seulement imputable à partir de la majorité légale, le gouvernement a récemment décidé d’élargir son champ d’application en astreignant les mineurs à accomplir leur dernière année d’étude secondaire au camps militaire de Sawa, qui les initient aux entraînements de l’armée [7]. Cette utilisation stricte et abusive du  service national, ainsi que son intrusion dans l’éducation des futures générations érythréennes, ont en novembre et décembre 2017 mené à plusieurs manifestations dans le pays ainsi qu’à l’international [8]. Ces manifestations ont été balayées par des arrestations et des emprisonnements, renforçant donc la répression et les violations des libertés d’expression et d’association.

 Des libertés bafouées

Alors qu’aucune élection n’a été tenue depuis l’indépendance du pays (en 1991), que la constitution de 1997 n’a pour l’instant toujours pas été implémentée et qu’il s’avère qu’aucunes limites institutionnelles ne restreignent le pouvoir du président, il semble que le cadre juridique et institutionnel du pays reste maigre et insuffisant pour protéger les droits élémentaires de ses habitants [9]. En effet, la liberté d’expression est grandement limitée, étant donné que tous les médias sont aux mains du gouvernement, que les organisations non-gouvernementales sont formellement interdites et que tout individu peut être soumis à des arrestations et détentions arbitraires [10]. Ces dernières sont fréquemment dépourvues de motif précis et sont rarement suivies d’un procès équitable [11]. Les libertés d’expression, d’opinion et d’association ne sont pas les seules à être attaquées dans leurs fondements. En effet, la liberté de mouvement a elle aussi été largement diminuée par le gouvernement, qui interdit à tout individu âgé entre cinq et cinquante ans de se rendre à l’étranger [12]. Toute personne contournant cette limitation devient pour les forces de l’ordre un fugitif à placer en état d’arrestation puis de détention, souvent au prix d’un dédommagement financier au montant variable [13]. Cependant, cette volonté de déplacement mène souvent à la mort, en raison de la politique « tirer pour tuer » qui consiste à occire toute personne tentant de franchir la frontière avec l’Ethiopie [14]. A ce manque de libertés politiques et physiques s’ajoute les restrictions aux droits culturels et religieux. En effet, le gouvernement ne reconnaît que quatre religions officielles : l’islam sunnite, le catholicisme romain, le christianisme orthodoxe et les églises luthériennes. Toute autre religion ou acte religieux n’appartenant pas aux groupes susmentionnés est puni par l’arrestation et la détention [15].

Conclusion

Dans son dernier compte-rendu, Sheila B. Keetharuth,  rapporteur spécial des Nations Unies pour l’Erythrée, a souligné les souffrances continues de la population. En effet, les Erythréens font toujours face aux arrestations arbitraires, aux détentions secrètes, aux disparitions, et au service national s’apparentant au travail forcé.  Il s’avère  donc que la situation reste critique, puisque Keetharuth constate avec regret que le gouvernement ne fait pour le moment aucun effort pour en finir avec ces atteintes aux droits humains qui incluent notamment des crimes contre l’humanité [16]. Sans la volonté de se conformer aux traités ratifiés, il convient de se demander quels sont les moyens mis à la disposition de la communauté internationale pour inciter un Etat à respecter les droits fondamentaux de ses citoyens.

Par Line Barabant – Assistante de recherche pour le CIPADH

 

NOTES DE BAS DE PAGE

[1] Encyclopædia Britannica. Isaias Afwerki, President of Eritrea. Encyclopædia Britannica [en ligne.] Disponible sur : https://www.britannica.com/biography/Isaias-Afwerki  (Consulté le  27/12/2017).

[2] Confédération suisse. Requérants d’asile érythréens. [en ligne.] Disponible sur : https://www.sem.admin.ch/sem/fr/home/asyl/eritrea.html (Modifié le 27/12/2017).

[3] United Nations Human Rights. View the ratification status by country or by treaty. United Nations [en ligne.] Disponible sur : http://tbinternet.ohchr.org/_layouts/TreatyBodyExternal/Treaty.aspx?CountryID=57&Lang=EN  (Consulté le 27/12/2017).

[4] Human Rights Watch. Eritrea, Events of 2016. Human Rigths Watch [en ligne.] Disponible sur : https://www.hrw.org/world-report/2017/country-chapters/eritrea  (Consulté le 27/12/2017).

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Amnesty International. Erythrée 2016/2017. [en ligne.] Disponible sur : https://www.amnesty.org/fr/countries/africa/eritrea/report-eritrea/  (Consulté le 27/12/2017).

[8] AHMED, Berhan et MUGHRABI, Maher.School rules: Plea to Canberra from relatives of jailed Eritrea protesters. The Age. [en ligne.] (modifié le 17 décembre 2017) Disponible sur : http://www.theage.com.au/victoria/jailed-over-school-rules-plea-to-canberra-from-relatives-of-eritrea-protesters-20171211-h02iou.html  (Consulté le 27/12/2017).

[9] Human Rights Watch. Eritrea, Events of 2016. Op. cit.[4].

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Amnesty International. Erythrée 2016/2017. Op. cit.[7].

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] Human Rights Watch. Eritrea, Events of 2016. Op. cit.[4].

[16] United Nations Human rights. Eritrea accused over catalogue of human rights abuses – New report. [en ligne.] (modifié le 15 juin 2017) Disponible sur : http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=21751&LangID=E  (Consulté le 27/12/2017).

 

WEBOGRAPHIE

AHMED, Berhan et MUGHRABI, Maher. School rules: Plea to Canberra from relatives of jailed Eritrea protesters. The Age. [en ligne.] (modifié le 17 décembre 2017) Disponible sur : http://www.theage.com.au/victoria/jailed-over-school-rules-plea-to-canberra-from-relatives-of-eritrea-protesters-20171211-h02iou.html  (Consulté le 27/12/2017).

Amnesty International. Erythrée 2016/2017. [en ligne.] Disponible sur : https://www.amnesty.org/fr/countries/africa/eritrea/report-eritrea/  (Consulté le 27/12/2017).

Confédération suisse. Requérants d’asile érythréens. [en ligne.] Disponible sur : https://www.sem.admin.ch/sem/fr/home/asyl/eritrea.html (Modifié le 27/12/2017).

Encyclopædia Britannica. Isaias Afwerki, President of Eritrea. Encyclopædia Britannica [en ligne.] Disponible sur : https://www.britannica.com/biography/Isaias-Afwerki  (Consulté le  27/12/2017).

Human Rights Watch. Eritrea, Events of 2016. Human Rigths Watch [en ligne.] Disponible sur : https://www.hrw.org/world-report/2017/country-chapters/eritrea  (Consulté le 27/12/2017).

United Nations Human Rights. View the ratification status by country or by treaty. United Nations [en ligne.] Disponible sur : http://tbinternet.ohchr.org/_layouts/TreatyBodyExternal/Treaty.aspx?CountryID=57&Lang=EN  (Consulté le 27/12/2017).

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