Focus sur la Colombie : le silence des armes – documentaire diffusé par Arte

ACTUALITES – Du 17 novembre au 3 décembre 2017, le festival du film FILMAR concernant l’Amérique latine se déroule à Genève. Dans le même thème, la chaîne de télévision franco-allemande Arte diffuse un documentaire réalisé par Natalia Orozco sur le processus de paix effectué en Colombie entre le gouvernement et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (Farc), en conflit depuis plus de 50 ans. Cette journaliste colombienne a obtenu, après plus d’un an d’efforts, des entretiens avec des dirigeants Farc et des personnes influentes du gouvernement colombien, dont le président Juan Manuel Santos. Elle a également exceptionnellement réussi à accéder aux coulisses de négociations de paix qui se sont déroulées entre Oslo et la Havane. Cet article énoncera les points principaux soulevés dans le documentaire et expliquera les grands défis auxquels le gouvernement et les Farc ont dû faire face lors du processus de paix. 

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Le président colombien Juan Manuel Santos signant l'accord de paix en 2016 - Source: Wikimedia Commons

Émergence et caractéristiques du conflit

Le documentaire commence par expliquer que la Colombie fait face à un conflit sanglant qui dure depuis plus d’un demi-siècle et qui a engendré de nombreux bombardements, enlèvements, plusieurs centaines de milliers de morts et des millions de déplacés, touchant près de 6 millions de colombiens. Tout a commencé avec un groupe armé : les Farc, qui émergent dans les années 60 comme branche militaire du Parti communiste colombien. Avec le temps, le conflit opposant le gouvernement colombien aux Farc atteint un seuil inhumain, notamment à cause de l’implication de plusieurs groupes (combattants, politiciens, armée colombienne, paramilitaires, police et miliciens), à tel point qu’il sera qualifié de conflit interne le plus grave de l’histoire du pays.  Le conflit dure depuis tellement longtemps que les colombiens pensent tous, autant ceux qui sont nés durant ou ultérieurement au conflit, que la seule manière de résoudre n’importe quel problème est la lutte.

Début du processus de paix

Henry ACOSTA, un économiste, connaissant le président et s’étant lié d’amitié avec l’un des dirigeants des Farc lorsque la guérilla l’avait retenu prisonnier, est considéré comme le déclencheur du processus de paix. Il écrit une lettre au président en expliquant d’abord leur rencontre et en spécifiant ensuite qu’il ne s’agit pas d’un message des Farc, mais celui d’un citoyen colombien relayant l’information  que le groupe est à l’écoute d’une possible proposition du président. Ce dernier a ensuite sollicité son frère afin qu’il entame des négociations, ce que les membres du Farc ont apprécié. Tout cela se faisait dans une confidentialité accrue, se protégeant ainsi de l’opinion de la population qui n’aurait probablement pas accepté cette solution.

Le président colombien, lors d’un discours en 2012, annonce que les portes d’un dialogue ne sont pas fermées à clef et qu’afin d’enfin atteindre la paix, un processus de négociation devra obligatoirement être lancé. Il explique également qu’une des conditions dans le processus de paix  est aujourd’hui que l’environnement ne soit pas un obstacle, ce qui était le cas de la Colombie. Il a donc été convenu que les rencontres exploratoires confidentielles se fassent à la Havane en février 2012. Malheureusement, une fuite a eu lieu dans la presse, attirant l’attention de l’ancien président et de la population colombienne, qui se sont rapidement publiquement opposés à ce processus de paix. En effet, les citoyens commencent à manifester dans les rues des grandes villes du pays, clamant ne pas vouloir que le gouvernement s’agenouille devant les Farc, encore considérés comme terroristes. Toutefois, dès lors que le gouvernement a compris que la paix pouvait découler d’un dialogue, il aurait été immoral de ne pas persévérer. Le processus se poursuit donc, cette fois en l’annonçant à la communauté internationale.

Défis auxquels le long processus de paix a dû faire face

Après autant de décennies de conflit, il faut prendre en compte que plus celui-ci perdure, plus les blessures seront profondes et la négociation difficile. Une des grandes problématiques, lors du début des négociations, était la confiance. En effet, les deux opposants avaient des difficultés à croire en que ce l’autre disait.

Un autre défi majeur lors des échanges diplomatiques était la dureté des membres Farc et leur grande volonté à ce que le processus de paix ne soit pas interprété comme une défaite de leur part.

En revanche, ces problèmes n’ont pas menés à la perte de motivation à continuer les négociations. Une des rencontres à la Havane avait pour but d’initier le dialogue sur des grandes questions à résoudre, notamment la réforme agraire, la participation politique, le narcotrafic, les victimes et le désarmement.

Concernant le premier point, les efforts ont commencé très rapidement en Colombie, entre autres à travers la reddition des terres enlevées aux paysans lors du conflit. Le sujet de la participation politique s’est avéré très délicat, surtout depuis le massacre, par les forces de l’ordre, de plusieurs membres du parti politique officiel de l’Union patriotique, créé par les Farc en 1985. Au sujet du narcotrafic, une Colombie sans cocaïne semblait très difficile à imposer, surtout dû à l’implication de certains militaires et politiciens.  Le problème ayant trait aux Farc réside dans le fait que ce ne sont pas seulement des narcotrafiquants selon les dires de certains politiciens, alors que le groupe maintient n’avoir jamais été confrontés au commerce de drogues, rendant la situation plus compliquée.

Lors des négociations, un pas en avant fut fait lorsque les victimes du conflit sont venues à la Havane afin de rencontrer de manière digne et humble leurs « bourreaux ». Ce moment fort et douloureux, pendant lequel le pardon est demandé et accepté, a rapproché le pays de son objectif ultime de paix. 

Cet espoir est par la suite affaibli lorsque la question du désarmement est abordée. En effet, l’une des plus grandes difficultés de la négociation résidait dans le fait que les Farc refusaient de rendre toutes leurs armes si le gouvernement ne faisait pas partiellement de même. Ce désaccord engendrera de nouveaux bombardements et assassinats, supprimant une fois de plus tout espoir quant à l’établissement durable de la paix.

Fin du processus de paix et conclusion

Il aura donc fallu trois ans et demi pour que Santos et le chef des Farc Timo Leon Jimenez acceptent de se rencontrer. En 2016, ils consentent à la conclusion d’un accord de paix dans les 6 mois. Le processus se prolonge toutefois à cause de divergences entre le gouvernement et les Farc. Des conversations commencent entre les militaires et les FARC, les soldats s’étant combattus pendant des décennies. L’accord de cesser le feu bilatéral signé donne espoir à une paix éternelle et enchante une grande partie de la population. Des chefs Farc annoncent leur pardon publiquement. En novembre 2016, l’accord modifié en fonction des divergences est signé et en décembre, le président colombien est récompensé de ses efforts par le prix Nobel de la paix.

 

 

Par Taline Bodart

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