Hong Kong, vers la fin des libertés ?

ACTUALITES – Ce mardi 16 janvier 2018 s’est ouvert le procès des trois leaders du « mouvement des parapluies » ayant paralysé Hong-Kong pendant plusieurs mois en 2014. A la vue de ces évènements, il convient de revenir sur le statut de cette « région administrative spéciale » de Chine et sur les relations sino-hongkongaises ainsi que leurs impacts sur les libertés et les droits fondamentaux des habitants de la mégalopole. 

Français

Hong Kong de nuit - Source: Flickr

Rétrocédée en 1997, la péninsule hongkongaise a depuis lors été sous un régime juridique et politique de transition. Le principe d’ « un pays, deux systèmes » devait garantir une autonomie ainsi que des institutions différentes et indépendantes de celles de la République populaire de Chine (RPC).  La péninsule possède donc ses propres pouvoirs législatifs et exécutifs. Ce système a été mis en place pour une durée de 50 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2047, après quoi Hong Kong serait normalement totalement intégré au territoire chinois. Cependant, les élections ne sont « pas d'une liberté totale » puisqu’elles sont, en réalité, pilotées depuis Pékin [1]. Pour répondre aux envies démocratiques promises aux citoyens hongkongais, le gouvernement chinois a accepté d’autoriser la mise en place du suffrage universel seulement si les candidats étaient préalablement approuvés par Pékin [2]. Ce renie de la démocratie a donc découlé sur la mise en place du « mouvement des parapluies » ayant occupé les rues de la mégalopole pendant plusieurs semaines avant de s’essouffler en décembre 2014. Malgré le manque de concessions obtenues par le gouvernement, ce mouvement a eu comme principale conséquence la médiatisation des restrictions politiques et libertaires connues dans la péninsule.

 

 La Chine continue, en effet, d’accroître la pression sur le gouvernement hongkongais pour réduire les droits fondamentaux, notamment par le biais de la mise en place d’une loi concernant la sécurité nationale, qui interdirait « tout acte de ‘subversion contre le gouvernement populaire central’ » et qui prohiberait aux organismes politiques hongkongais d’établir des liens avec d’autres entités étrangères [3]. De plus, trois ans après la cessation du « mouvement des parapluies », le gouvernement hongkongais continue d’arrêter les individus ayant pris part aux manifestations de 2014. Les motifs d’arrestations invoqués sont notamment « rassemblement illégal », « rassemblement non autorisé » ou encore « nuisance publique » [4]. Ces infractions à la dénomination floue pouvant découler sur des peines maximales de sept ans de réclusion sont une atteinte directe au droit de manifester de manière pacifique, droit humain que la législation de Hong Kong est censée garantir [5]. Selon, Mabel Au, directrice d’Amnesty International Hong Kong, le gouvernement voudrait avoir «  un effet dissuasif quant à l'exercice du droit de réunion pacifique et du droit à la liberté d'expression » [6]. Ces interventions s’inscrivent notamment dans un climat de tensions accrues entre les citoyens de la péninsule et le gouvernement chinois. Ce dernier est, en effet, accusé d’interférer dans les affaires intérieures notamment depuis l’élection de la nouvelle chef du gouvernement Carrie Lam (soutenue par Pékin), en mars 2017 [7]. Il est vrai que le gouvernement chinois tente, depuis plusieurs années, de bloquer toute démocratisation des institutions politiques locales. En 2016, ce dernier a demandé aux autorités hongkongaises d’interdire aux candidats indépendantistes de se présenter aux élections [8]. Cette intrusion étrangère a des effets concrets sur les libertés fondamentales puisque, selon le classement d’une organisation non-gouvernementale américaine, Hong Kong serait considérée, d’un point de vue des libertés, comme « partiellement libre » notamment en raison de la pression exercée sur la liberté d’expression et sur celle de la presse [8]. Cependant, depuis décembre 2017, les ingérences ont franchis un nouveau cap en rendant la loi chinoise applicable sur le territoire de Hong Kong, plus particulièrement dans la gare de Hung Hom. Bien que des raisons pratiques soient invoquées (facilitation du franchissement de la frontière), nombreux voient en cette nouvelle étape une rétrocession accélérée de la péninsule au profit du gouvernement continental [10].

 

 En raison de son passé historique unique, Hong Kong est, depuis 1997, une « région administrative spéciale » aux droits et libertés différentes de celles de en vigueur en RPC. Cependant, ces dernières années, deux tendances antagonistes et pourtant complémentaires semblent s’être développées. D’un côté, les revendications politiques et démocratiques se sont accentuées en raison du sentiment identitaire des citoyens, qui se considèrent souvent comme des individus différents de ceux de Chine continentale, ne voulant, par conséquent, pas renoncer aux privilèges octroyés par le concept d’ « un pays, deux systèmes ». Cependant, cette différenciation et le manque d’assimilation des Hongkongais au gouvernement chinois poussent ce dernier à accentuer sa mainmise sur la péninsule afin de renforcer son pouvoir et autorité sur le territoire. Cette politique de « reprise » est non seulement au visible à l’échelle des droits et des libertés qui tendent, au fil du temps, à diminuer mais aussi au niveau des infrastructures par lesquelles Hong Kong se trouve interconnecté avec les villes du sud de la Chine (Shenzhen, Macao etc.). A la vue de cette situation, il convient de se demander quelles sont les perspectives d’avenir pour la ville après 2047 ? Ces deux tendances antagonistes vont-elles mener à un statut différencié d’Hong Kong, ou sont-elles les prémisses de tensions destinées à s’exacerber jusqu’à la l’assimilation totale de la péninsule par la Chine ?

 

Par Line Barabant – Assistante de recherche au CIPADH

 

 

NOTES DE BAS DE PAGE

[1] Houeix, Romain. "Hong Kong est en train de perdre sa particularité". France 24. (modifié le 1er juillet 2017) Disponible sur : http://www.france24.com/fr/20170630-honk-kong-chine-retrocession-xi-jinping-opposition-democratie-nationalisme-wong-chan  (Consulté le 17/01/2018).

[2] Ibid.

[3] Amnesty International. Hong Kong. L'offensive du président Xi Jinping contre les droits humains est une grave menace pour les libertés. (modifié le 29 juin 2017) Disponible sur : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/06/hong-kong-president-xi-attack-on-human-rights-threat-to-freedoms/ (Consulté le 17/01/2018).

[4] Amnesty International. Hong Kong. Attaque contre la liberté d'expression : des dizaines de manifestants poursuivis en justice à des fins de dissuasion. (modifié le 26 septembre 2017) Disponible sur : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/09/hong-kong-freedom-of-expression-attack-peaceful-protesters-face-chilling-prosecutions/  (Consulté le 18/01/2018).

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] France 24. Hong Kong : Carrie Lam, élue pro-chinoise désignée à la tête de l'exécutif. (modifié le 26 mars 2017) Disponible sur : http://www.france24.com/fr/20170326-premiere-femme-executif-hongkong-pro-chine-pekin-carrie-lam-manifestations  (Consulté le 18/01/2018).

[8] Martinet, Xavier. Que veut la Chine pour Hong-Kong ?. In: Les enjeux internationaux sur France culture, le mercredi 17 janvier 2018. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/que-veut-la-chine-pour-hong-kong  (Consulté le 18/01/2018).

[9] Ng Kang-Chung. Freedom score for Hong Kong hits seven-year low as Beijing’s ‘ever greater influence’ cited. South China Morning Post. (modifié le 17 janvier 2018) Disponible sur: http://www.scmp.com/news/hong-kong/politics/article/2128547/freedom-score-hong-kong-hits-seven-year-low-beijings-ever (Consulté le 18/01/2018).

[10] Martinet, Xavier. Que veut la Chine pour Hong-Kong ?. Op.cit.

 

WEBOGRAPHIE

Amnesty International. Hong Kong. L'offensive du président Xi Jinping contre les droits humains est une grave menace pour les libertés. (modifié le 29 juin 2017) Disponible sur : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/06/hong-kong-president-xi-attack-on-human-rights-threat-to-freedoms/ (Consulté le 17/01/2018).

Amnesty International. Hong Kong. Attaque contre la liberté d'expression : des dizaines de manifestants poursuivis en justice à des fins de dissuasion. (modifié le 26 septembre 2017) Disponible sur : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/09/hong-kong-freedom-of-expression-attack-peaceful-protesters-face-chilling-prosecutions/  (Consulté le 18/01/2018).

France 24. Hong Kong : Carrie Lam, élue pro-chinoise désignée à la tête de l'exécutif. (modifié le 26 mars 2017) Disponible sur : http://www.france24.com/fr/20170326-premiere-femme-executif-hongkong-pro-chine-pekin-carrie-lam-manifestations  (Consulté le 18/01/2018).

Houeix, Romain. "Hong Kong est en train de perdre sa particularité". France 24. (modifié le 1er juillet 2017) Disponible sur : http://www.france24.com/fr/20170630-honk-kong-chine-retrocession-xi-jinping-opposition-democratie-nationalisme-wong-chan  (Consulté le 17/01/2018).

Martinet, Xavier. Que veut la Chine pour Hong-Kong ?. In:Les enjeux internationaux sur France culture, le mercredi 17 janvier 2018. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/que-veut-la-chine-pour-hong-kong  (Consulté le 18/01/2018).

Ng Kang-Chung. Freedom score for Hong Kong hits seven-year low as Beijing’s ‘ever greater influence’ cited. South China Morning Post. (modifié le 17 janvier 2018) Disponible sur: http://www.scmp.com/news/hong-kong/politics/article/2128547/freedom-score-hong-kong-hits-seven-year-low-beijings-ever (Consulté le 18/01/2018).

Category: