Kazakhstan – Le gouvernement muselle toute opposition

ACTUALITES.- En février dernier, l’Obs s’interrogeait quant à l’étrange suicide en prison de Rakhat Aliev, opposant Kazakh qui avait « pris le risque d’écrire deux livres contre (Noursoultan) Nazarbaïev », président depuis vingt-cinq ans. Aujourd’hui, c’est Ermek Narymbaev, activiste pacifique de la société civile, que l’on essaye de faire taire. Maina Kiai, expert des droits humains aux Nations Unies appelle les autorités kazakhs, ce premier septembre, à relâcher et abandonner toutes les charges qui pèsent sur lui. 

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L'opposant kazakh Ermek Narymbaev. © 2015 Zoya Abildina

 « La dissidence publique est un indicateur du niveau démocratique d’un Etat » a affirmé le Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association. Il a exprimé sa préoccupation concernant l’arrestation et la détention – pour la seconde fois cette année – de l’avocat et défenseur des droits de l’Homme Ermek Narymbaev, pour son implication dans l’organisation d’une réunion pacifique et dans la dénonciation du régime.

Mr Kiai a rappelé la nécessité du travail des acteurs de la société civile dans la lutte pour les droits humains. « Il est essentiel qu’ils puissent exercer leurs activités librement, aussi bien sur le net que dans la rue ». Lors de ses deux procès, en juin et en août 2015, Mr Narymbaev a été déclaré coupable d’avoir « organisé un évènement non-autorisé, qui viole le nouveau Code des infractions administratives qui est chargé de réguler les assemblées pacifiques, les rassemblements, les marches, les piquets de grève et les manifestations. » A ce sujet, Maina Kiai a affirmé que « le nouveau Code contient des dispositions qui sont contraires aussi bien à la constitution kazakhe qu’au regard du droit international. »

Conditions de détention préoccupantes

Le Rapporteur spécial s’est également dit « concerné par l’état de santé de Mr. Narymbaev », ainsi que par les conditions de détention du dissident. Les informations qui sont parvenues à Mr. Kiai font état d’une rapide détérioration de la santé du militant, retenu dans un établissement spécial pour les personnes condamnées à une arrestation administrative.

L’expert des droits de l’Homme a rappelé qu’ « il y a une différence tangible entre un état de droit et une règle de droit ». Pour Mr Kiai, « les lois sont destinées à servir le peuple ; pas vice-versa, et toute autre interprétation est susceptible d’éroder sa signification essentielle ». Il a en outre renouvelé son appel aux autorités kazakhes de respecter « leurs obligations juridiques en vertu du droit international des droits de l’homme, qui garantit à chacun dans le pays les droits à la liberté d’opinion, d’expression, d’association et de réunion ainsi que le droit à ne pas être arbitrairement privé de liberté. » Il a souligné le fait que « l’Etat a la responsabilité de protéger les défenseurs des droits humains de toute forme de harcèlement, d’intimidation et de représailles découlant de leurs activités légitimes et pacifiques des droits humains. »

Le travail des Nations Unies

Un groupe d’experts indépendants de l’ONU est en contact avec les autorités du Kazakhstan afin de discuter les points susmentionnés. Ce pourvoi, émanant de Mr. Kiai, a été approuvé par le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression – David Kaye –, par le Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Michel Forst, ainsi que par le Président-Rapporteur du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire.

Le Kazakhstan a reçu en 2014 deux tristes « distinctions » qui révèlent l’ampleur du caractère autoritaire de son gouvernement. Selon l’Observatoire géopolitique des criminalités (OGC) et l’association Sherpa, « le dictateur le plus riche de la planète, celui qui a le mieux pillé les ressources de son pays à son profit », est Noursoultan Nazarbaïev. Le président Kazakh, réélu en 2011 avec 95,5% des voix, ne tolère aucune concurrence, comme en témoigne l’assassinat, en 2005 de Zamanbek Nurkadilov, qui malgré deux balles dans la poitrine et une balle dans la tête, s’est officiellement suicidé.

Tadeusz Roth

Assistant de recherche au CIPADH 

 

Sources

Site internet du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies. UN expert raises alarm as Kazakhstan jails twice a rights defender for convening a peaceful assembly. Publié le 01.09.15. Consulté le 02.09.15. http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=16368&LangID=E

Site internet  de l’Obs. L’étrange suicide en prison d’un opposant du Kazakhstan. Publié le 24.02.15. Consulté le 02.09.15.  http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150224.OBS3289/l-etrange-suicide-en-prison-d-un-opposant-du-kazakhstan.html

Site internet  de Challenges. Il a été désigné « meilleur » dictateur de l’année 2014. Publié le 04.02.14. Consulté le 02.09.15.  http://www.challenges.fr/economie/20140204.CHA9999/il-a-ete-designe-meilleur-dictateur-de-l-annee-2014.html