L’accès à l’eau : un besoin vital mais encore trop restreint

L’eau est une ressource indispensable au vivant qui est à la fois un enjeu de géopolitique internationale mais aussi d’accès et d’assainissement pour les populations concernées. Les populations des camps de réfugiés sont particulièrement touchées par ces problèmes du fait de l’urgence dans laquelle ils ont été installés et des emplacements souvent mal conçus pour acheminer l’eau. De plus, les camps où se trouvent le plus grand nombre de réfugiés se trouvent déjà dans des pays où la gestion de l’eau est difficile, ce qui complique encore plus la tâche. Après l’étude du cas particulier de l’eau dans les camps de réfugiés, nous nous attarderons à expliquer en quoi les enjeux de l’accès à l’eau sont diverses.

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Source : Wikimedia Commons

L’eau et la question des camps de réfugiés

Les enjeux de l’accès à l’eau dans les camps de réfugiés sont nombreux. Les conflits peuvent aggraver la situation et le droit des réfugiés à l’eau peut-être compromis. Les réfugiés doivent avoir accès à l’eau dans des niveaux suffisant et de bonne qualité, pour leur assurer dignité et une vie correct. De plus, l’eau est un facteur important de la bonne santé des populations, problématique qui est aussi centrale dans les camps. Les réfugiés n’ont en règle générale pas d’accès direct à l’eau. Dans certains camps l’approvisionnement est limité, parfois même, comme dans l’exemple du camp de Kakuma (Kenya), les robinets d’eau ne sont ouvert qu’à certaines heures précises, entrainant souvent frustration et posant des problèmes d’organisation [1]. Le HCR qui se charge de garantir les droits des réfugiés s’est saisi de cette problématique pour permettre aux réfugiés un accès à l’eau.
En octobre 2016, dans un rapport du Haut-Commissaire pour les réfugiés, celui-ci note l’importance de l’accès à l’eau potable dans les camps du Tchad où les soudanais arrivent en nombre. Les camps, censés être une solution temporaire, se pérennisent bien souvent. C’est pourquoi la garantie de leurs droits basique est une priorité du HCR. Pour mobiliser les acteurs internationaux autour de cette problématique, le HCR a lancé depuis 2014 sa stratégie « WASH :Water, Sanitation and hygiene » [2] : un programme d’amélioration de l’acheminement de l’eau mais aussi de responsabilisation des réfugiés.

Dans les camps du Tchad, le programme WASH s’est traduit par un plan d’action sur deux ans, 2016-2018, pour venir à bout des problèmes d’accès en eau.

Au Tchad, les réfugiés proviennent du Soudan du Sud, de Centre Afrique mais aussi du Nigéria. Selon les chiffres du Haut-Commissariat aux réfugiés, en moyenne une personne à entre 17 litres et 47 litres par jour. Si l’on compare avec la situation d’une personne dans un pays développé et qui n’est pas en proie à des conflits, la disparité dans les chiffres est importante : en France, en moyenne, chaque personne utilise 150 litres d’eau par jour. En comparaison, l’OMS considère que nous devons disposer de 50 à 70 litres d’eau par jour et par personne pour avoir une vie normale. Ces écarts montrent l’insouciance de certains citoyens vis-à-vis des ressources en eaux. Cependant cette insouciance n’est pas permise à tout le monde, certains n’ayant qu’un accès restreint à l’eau.

Dans certains camps, la chaleur et le manque d’eau sont deux problèmes qui se combinent  Les ONGs tentent de mener des campagnes d’économie d’eau, principalement en été, cependant, même si l’on peut éduquer au gaspillage, les réfugiés n’ont toujours pas assez d’eau pour vivre dans des conditions correctes [3].

Il est important de garantir un accès à l’eau pour tous. La communauté internationale s’engage depuis longtemps dans ce combat et montre comment ce droit fondamental est encore aujourd’hui menacé et remis en question. Quels sont les combats actuels pour l’accès à l’eau ? Et comment les crises et tensions entre Etats menacent ce droit basique ?


L’eau : une denrée rare

Avoir accès à l’eau ce n’est pas seulement garantir une vie digne et normale à chaque être humain, c’est aussi leur garantir d’autres droits qui en découlent, comme le droit à l’éducation. En effet, un enfant n’ayant pas accès à une eau de qualité est souvent malade et ne peux pas se rendre à l’école [4]. Avoir accès à l’eau peut aussi diminuer la pauvreté ou encore permettre d’améliorer les conditions de santé : le manque d’eau potable contribue en grande partie à la malnutrition et aux maladies. De plus lorsque les familles n’ont pas un point d’eau sécurisé à proximité, il faut aller chercher l’eau, parfois loin, ce qui prive les enfants d’école mais les exposent aussi à des risques d’agressions. Avoir accès à l’eau n’est pas anodin, l’eau est nécessaire pour le développement et n’est pas un produit substituable. Ce n’est pas seulement l’accès à l’eau qui est un droit mais aussi l’assainissement, qui améliore les conditions d’hygiène et limite la diffusion des maladies.

Selon l’ONU, en 2011, 780 millions de personnes n’avaient pas accès à ce que l’ONU appelle un « point d’eau amélioré ». Ce chiffre représente donc 11% de la population mondiale [5]. Environ une personne sur deux n’a donc pas accès à l’eau courante chez elle. Cependant, l’eau ne concerne pas seulement les citoyens. L’eau est un enjeu important des relations entre Etat, principalement lorsque ceux-ci sont déjà en déficit d’approvisionnement en eau pour leur population. L’accès à l’eau est très inégal selon les pays et il est central que les pays plus subvenir aux besoins en eau de leur population mais aussi aux besoins industriels en eau, qui sont souvent bien plus important que les besoins des citoyens. Un manque d’eau pour un Etat n’est donc pas seulement problématique pour sa population mais aussi pour son économie.

L’accroissement démographique va de plus modifier l’accès et le partage de l’eau et augmenter les tensions déjà existantes. L’eau est une ressource essentielle qui pose problème déjà dans plusieurs parties du monde.

On peut mettre en avant trois foyers principaux de tensions récurrentes – bien qu’il y en ait bien plus en réalité :

-en Asie Centrale entre le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Kirghizstan.

-au Moyen Orient : L’utilisation de l’eau du Jourdain est source de tension importante entre Israël et la Jordanie et dans le conflit israélo-palestinien en général.  L’eau est même à l’origine de la guerre des 6 jours, Israël voulant prendre le contrôle des territoires de Cisjordanie pour sécuriser son accès en eau [6].

-et au Proche Orient : Le Tigre et l’Euphrate prennent leur source en Turquie, les Etats en aval réclament donc un partage du fleuve  plus équitable puisque pour le moment la Turquie construit des barrages réduisant le débit pour les autres pays mais ne semble pas s‘en soucier.

La plupart des fleuves ou des ressources souterraines en eaux sont transnationales. Il doit donc y avoir des accords de partages sur les ressources. Des rapports de forces jouent dans la répartition de l’eau. Israël s’occupe de la gestion du Jourdain, elle a pris l’avantage avec des accords politique et sa force militaire dissuasive sur l’exploitation du fleuve et d’autres nappes aquifères, pourtant elle est un pays en aval de la source du fleuve [7]. En Cisjordanie, 90% de l’eau est utilisé par les israéliens ce qui crée de nombreuses tensions.

Les disparités de ressource en eau sont grande entre les pays, cependant le droit à l’eau est universel, d’où la nécessité d’une gestion pacifique pour ne pas défavoriser certaines populations. La communauté internationale et la société civile sont très présentes dans des campagnes de sensibilisation sur la ressource précieuse qu’est l’eau. Des coalitions se sont formées comme la Coalition Eau, qui tente de renforcer la place de la société civile dans la gestion de l’accès à l’eau et de l’assainissement en Afrique. Cette coalition d’ONGs françaises s’allie avec des organisations de la société civile subsaharienne pour les rendre actrices dans la problématique de l’eau. Les lignes directrices mise en avant par la communauté internationale doivent être récupérées et appropriées par les acteurs locaux dont les organisations de la société civile. La « bonne gouvernance de l’eau » est donc un processus dont les acteurs sont nombreux (multi stakeholders) comme les enjeux.

Malgré ces tensions géostratégiques autour de l’eau, la communauté internationale s’est engagé pour faire de l’eau un droit pour tous et tenter d’imposer une « bonne gouvernance de l’eau ». Quels sont les progrès fait au niveau international ? Comment l’accès à l’eau est à l’assainissement est devenu un droit humain ?

 

L’eau : un droit fondamental

En septembre 2015 ont été adopté les Objectifs du Développement Durable (ODD), entrés en vigueur en Janvier 2016 et succédant aux Objectifs millénaires du développement, ces ODD sont au nombre de 17 et visent l’éradication de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie des populations tout en respectant le développement durable, et d’enrayer le réchauffement climatique [8]. Le 6ème objectif de développement durable concerne l’eau et l’assainissement. L’objectif principal et d’assurer en 2030 un accès à l’eau potable et à l’assainissement pour tous. L’ONU insiste donc avec les ODD pour faire du droit à l’eau un droit essentiel.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Cependant les progrès qui ont été fait depuis les années 80-90 peuvent être qualifiés de « spectaculaires » [9]. Ce droit à l’eau n’est pas reconnu explicitement dans les traités fondamentaux protégeant les droits de l’homme au niveau international contrairement au droit à l’alimentation. C’est-à-dire que contrairement au droit à l’alimentation, il n’est mentionné ni dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ni dans le Pacte relatif aux droit économiques, sociaux et culturels de 1966. Cependant, le Comité des droits économiques sociaux et culturel a expliqué en 2002, que ce droit est implicitement inclus dans l’article 11 du Pacte de l’ONU relatif aux droits économiques, sociaux et culturels qui stipule dans son paragraphe premier que «  Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu'à une amélioration constante de ses conditions d'existence ».

De plus le droit à l’eau recoupe une réalité sanitaire et est donc inclus dans l’article 12 de ce même Pacte qui stipule : « Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit qu'à toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu'elle soit capable d'atteindre » [10].

Le droit à l’eau est explicitement reconnu en 2010 dans une résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies, résolution 64/292 qui stipule que « L’usage de l’eau appartient à tous, et chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptable par tous » [10]. Cette résolution consacre donc le droit à l’eau et à l’assainissement. De plus les ODD prévoient un plan d’actions pour permettre cet accès universel à l’eau et à l’assainissement.

 

L’accès à l’eau et à l’assainissement est aujourd’hui un point central dans la politique de développement menée par la communauté internationale. Cependant l’accès à l’eau et à l’assainissement est toujours un défi et certaines populations les plus vulnérables, comme les réfugiés, en sont souvent encore exclus, du moins en partie. L’eau est aussi un enjeu géostratégique pour les Etats : à la fois pour leur influence dans la région que pour des raisons économiques. De plus, les Etats ne sont souvent pas enclins à partager de manière équitable l’eau et souhaitent en accaparer le plus possible. Tous ces facteurs expliquent la précarité de l’accès à l’eau encore aujourd’hui, malgré les actions des organisations de la société civile et des organisations intergouvernementales pour faire progresser l'accès à ce droit fondamental.

 

EF- Assistante de Recherche au CIPADH

 

NOTES DE BAS DE PAGE :

 

-[1]Vestine Umubyeyi, Témoignages : l’accès à l'eau dans les camps de réfugiés de Kakuma, 22/03/12. Accessible à : http://blogs.worldbank.org/youthink/fr/t-moignages-l-acc-s-leau-dans-les....

-[2]Report from the UN High Commissioner for Refugees, Participation communautaire dans la gestion de l'eau dans les camps de l'est du Tchad, 20/10/16. Accessible à http://reliefweb.int/report/chad/participation-communautaire-dans-la-ges...

-[3]ACTED, Le défi de l’économie de l’eau dans les camps de réfugiés au Kurdistan irakien, 11/10/16. Accessible à : www.acted.org/fr/fi-conomie-eau-dans-camps-r-fugi-s-au-kurdistan-irakien.

-[4] Ibid. Antoine de Ravignan.

-[5] TedxToulouse, Elodie Tranchez, « L'accès à l'eau est un droit de l'Homme »,07-01-16. Accessible à https://www.youtube.com/watch?v=9ImR4ouWSs0

-[6] Idbid Antoine de Ravignan.

-[7]Arte, Les dessous des cartes, Eau 2025, 2013.

-[8]Les ODD, ONU. Accessible à : https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/development-agenda/

-[9] Antoine de Ravigan, « L’accès à l’eau un droit pour tous », Etudes 2013/7, p19-29. Accessible à : http://www.cairn.info/revue-etudes-2013-7-page-19.htm

-[10] Humanrights.ch, « Le droit à l’eau : sources juridiques ». Accessible à : http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-internationaux/sources/droit...

 

WEBOGRAPHIE :

 

-Antoine de Ravigan, « L’accès à l’eau un droit pour tous », Etudes 2013/7, p19-29. Accessible à : http://www.cairn.info/revue-etudes-2013-7-page-19.htm

-Humanrights.ch, « Le droit à l’eau : sources juridiques ». Accessible à : http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-internationaux/sources/droit...

-Alain Lamballe, « Une cartographie mondiale de la géopolitique de l'eau », Sécurité

globale 2012/3 (N° 21), p. 69-86. Accessible à http://www.cairn.info/revue-securite-globale-2012-3-page-69.htm

- Dominique Michel Alhéritière, « L'eau, source de tension et de paix en Méditerranée », Sécurité globale 2012/3 (N° 21), p. 13-43. Accessible à http://www.cairn.info/revue-securite-globale-2012-3-page-13.htm

-TedxToulouse, Elodie Tranchez, « L'accès à l'eau est un droit de l'Homme »,07-01-16. Accessible à https://www.youtube.com/watch?v=9ImR4ouWSs0.

-Now Thise, “Is Water A Human Right?” 19/03/15. Accessible à : https://www.youtube.com/watch?v=CV68_vW46RY.

- Franceinfo, « Environnement : comment économiser l'eau à la maison », 08/03/17. Accessible à :http://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/13-heures/environnement-co....

-Geopolitis, « Géopolitique de l’eau: pourquoi tant d’inégalités ? », 17/05/15. Accessible à : https://www.youtube.com/watch?v=uFpyWiOPRUE.

-France écologie énergie, Jean-Christophe Victor : les dessous de l'eau, 08/03/12. Accessible à : https://www.youtube.com/watch?v=7UO5WWS_dqY.

-Arte, Les dessous des cartes, Eau 2025, 2013.

-The Human Right to Water and Sanitation, Media Brief, UN-Water Decade Programme on Advocacy and Communication. Accessible à : https://www.un.org/waterforlifedecade/pdf/human_right_to_water_and_sanit...

-Irenees.net, Gaël Bordet,L’eau et le droit : quel cadre juridique pour une gestion commune et équitable des eaux du bassin jordanien ?, 2002. Accessible à :http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-20_fr.html

-Report from the UN High Commissioner for Refugees, Participation communautaire dans la gestion de l'eau dans les camps de l'est du Tchad, 20/10/16. Accessible à http://reliefweb.int/report/chad/participation-communautaire-dans-la-ges...

-UNHCR, Stratégie Sectorielle Eau, Hygiène et Assainissement (EHA) 2016-2018 UNHCR Tchad, 09/12/2015. Accessible à : http://www.unhcr.org/fr/570644b76.pdf

-Vestine Umubyeyi,Témoignages : l’accès à l'eau dans les camps de réfugiés de Kakuma, 22/03/12. Accessible à : http://blogs.worldbank.org/youthink/fr/t-moignages-l-acc-s-leau-dans-les...

-ACTED, Le défi de l’économie de l’eau dans les camps de réfugiés au Kurdistan irakien, 11/10/16. Accessible à : www.acted.org/fr/fi-conomie-eau-dans-camps-r-fugi-s-au-kurdistan-irakien.

-AFP, Les enjeux de l'eau dans le monde, 27/08/12. Accessible à : https://www.youtube.com/watch?v=w9o1x_FYIak

-Les ODD, ONU. Accessible à : https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/development-agenda/

-Coalition eau, page d’accueil du site web. Accessible à : http://www.coalition-eau.org- France écologie énergie, Jean-Christophe Victor : les dessous de l'eau, 08/03/12. Accessible à : https://www.youtube.com/watch?v=7UO5WWS_dqY.

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