La nouvelle route de la soie : focus sur une stratégie de paix nationale

ACTUALITÉ – Avec l’idée d’une nouvelle route de la soie, la Chine se positionne comme un acteur en soif de grandeur. Effectivement, ce projet économique de libre-échange entre les continents traduit son désir de s’implémenter activement dans les domaines économiques mais aussi politiques de la scène internationale. Cependant, bien que mondial, ce projet permettrait aussi de servir les intérêts nationaux d’un régime enclin aux contestations. C’est donc sous l’angle national que la nouvelle route de la soie sera analysée comme une stratégie politique et économique permettant au régime de maintenir la paix sociale et la stabilité politique dans la puissance chinoise. 

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Port industriel - Source: Pixabay

Même si les contestations politiques restent virulentes [1], l’intégration en octobre 2017 de la « pensée de Xi Jinping » à la doctrine du parti communiste chinois, place le président comme l’homme le plus puissant de la nation depuis Deng Xiaoping et  Mao Zedong [2]. C’est dans cette logique de grandeur qu’en mai dernier, le pays réunissait 68 pays et concluait 270 accords de coopération pour le projet de la «  nouvelle route de la soie » [3]. Ce projet pharaonique visant à relier par voies terrestre et maritime l’Europe, l’Afrique et l’Asie montre les nouvelles ambitions économiques de celui qui en 2017 lors du Forum économique mondial affirmait que l’économie mondiale était un océan auquel personne ne pouvait échapper [4]. Cette stratégie mondiale évoque  non seulement des ambitions internationales mais apparaît aussi comme un moyen de garantir une paix sociale et politique au sein de la société chinoise.

La construction ainsi que la mise en place de la « One Belt, One Road » peut effectivement s’inscrire dans un contexte national précis. Incarnant l’un des derniers remparts politique du communisme et soucieux de conserver ce statut, le parti communiste est déterminé à garantir des conditions économiques favorables souvent considérées comme la pierre angulaire de la stabilité politique d’un pays [5]. En ouvrant des voies directes avec des centres économiques comme ceux de l’Europe, la nouvelle route accroîtrait activement les relations politiques, culturelles et économiques entre les continents. En effet, ce projet dynamiserait activement l’économie chinoise et favoriserait, par conséquent, l’expansion économique. Souffrant actuellement d’une surproduction d’acier et de ciment, la nouvelle route permettrait à la Chine, par le biais de nouvelles infrastructures, d’absorber ce surplus [6]. En outre, en impliquant des régions telles que le Moyen-Orient et l’Asie central, le pays s’assurerait et sécuriserait son approvisionnement en ressources naturelles comme le gaz ou le pétrole permettant ainsi de satisfaire la demande grandissante de ses entreprises [7]. Ainsi, cette nouvelle route, bien que répondant à des avantages économiques évidents, renforcerait également la stabilité socio-politique du pays. Devant faire face à de nombreuses contestations politiques, le développement ainsi que la croissance économique éviteraient que ces résistances trouvent un appui trop important dans la société empêchant ainsi toutes tentatives de subversion du système en place [8]. Ces contestations sont d’autant plus importantes que le gouvernement chinois est actuellement confronté à de nombreuses revendications nationales séparatistes, telles que celle des Tibétains. La nouvelle route de la soie serait donc un moyen de dynamiser les régions marginalisées les plus à l’Ouest du pays en les intégrant physiquement à l’économie internationale [9]. Effectivement, grâce aux exportations, la Chine espère que ce projet sera créateur d’emploi, favorisera la hausse des salaires, augmentera la consommation, développera l’urbanisation et sera facteur de l’amélioration du niveau de vie de sa population [10].  Le gouvernement pourrait donc réduire les contestations politiques à l’encontre du régime par l’amélioration du bien-être socio-économique. De plus, en intégrant les régions dans un projet mondial et intercontinental, l’Etat chinois pourrait donc renforcer sa légitimité sur des régions marginalisées, faisant ainsi reculer les résistances séparatistes des non-Hans [11].

Pour conclure, la renaissance de la route de la soie inscrit la Chine dans une stratégie politique et économique mondiale. Bien qu’allégorie des ambitions internationales de la puissance chinoise, ce projet répond aussi aux lacunes politiques d’un régime soumis à de plus en plus de contestations nationales. Effectivement, c’est par l’expansion économique et l’amélioration des conditions de vie que le gouvernement chinois espère contenir les contestations nationales faites à l’encontre du régime. Cette idée s’illustre notamment par la politique autour d’Internet que la Chine annonce imposer depuis janvier dernier. En effet, si le pays est le premier consommateur dans le monde en regroupant près de 721 millions d’utilisateurs [12], il désire nettoyer et « reconquérir la souveraineté chinoise sur Internet » [13]. Cette politique se traduit notamment par l’interdiction des Virtual Private Network (VPN), instruments permettant aux Chinois d’avoir accès à des services et des informations non soumises à la censure nationale [14].  L’ouverture économique associée à la fermeture de la muraille politique chinoise renforce les questionnements sur les possibilités pour la Chine d’accomplir ses ambitions mondiales tout en gardant son territoire isolé d’interactions politiques internationales avec le monde. 

Par Line Barabant – Assistante de recherche 

NOTES DE BAS DE PAGE

[1] LELIEVRE, Frédéric. En Chine, l'autorité encore contestée du président Xi Jinping. Le Temps [en ligne]. (modifié le 24 octobre 2016). Disponible sur : https://www.letemps.ch/monde/2016/10/24/chine-lautorite-contestee-president-xi-jinping  (Consulté le 27/10/2017).

[2] SCAHEFFER, Frédérique. Xi Jinping rejoint Mao au panthéon du communisme chinois. Les Echos.fr [en ligne]. (modifié le 24 octobre 2017). Disponible sur : https://www.lesechos.fr/monde/chine/030773778996-xi-jinping-rejoint-mao-au-pantheon-du-communisme-chinois-2124702.php  (Consulté le 27/10/2017).

 [3] GAUDU, Agnès. Avec sa nouvelle route de la soie, la Chine lance des projets par millions. Courrier international [en ligne]. (modifié le 18 mai 2017) Disponible sur : https://www.courrierinternational.com/article/mondialisation-avec-sa-nouvelle-route-de-la-soie-la-chine-lance-des-projets-par-millions  (Consulté le 27/10/2017).

[4] CGTN. Full Text of Xi Jinping keynote at the World Economic Forum. [en ligne]. (modifié le  17 janvier 2017) Disponible sur: https://america.cgtn.com/2017/01/17/full-text-of-xi-jinping-keynote-at-the-world-economic-forum  (Consulté le 27/10/2017).

[5] ARIS, Stephen. «One Belt, One Road»: la nouvelle route de la soie. Center for Security Studies, ETH Zürich. [en ligne]. Septembre 2016, p.3. Disponible sur : http://www.css.ethz.ch/content/dam/ethz/special-interest/gess/cis/center-for-securities-studies/pdfs/CSSAnalyse195-FR.pdf  (Consulté le 27/10/2017).

[6] LELIEVRE, Frédéric. La Chine veut redevenir l’empire du Milieu. Le Temps [en ligne]. (modifié le 12 mai 2017). Disponible sur : https://www.letemps.ch/economie/2017/05/12/chine-veut-redevenir-lempire-milieu  (Consulté le 30/10/2017).

[7] NALBANTOGLU, Cem. One Belt One Road Initiative: New Route on China’s Change of Course to Growth. Open Journal of Social Science. [en ligne]. 2017, 5, pp.95. Disponible sur : https://file.scirp.org/pdf/JSS_2017011310511230.pdf  (Consulté le 30/10/2017).

 [8] ARIS, Stephen. «One Belt, One Road»: la nouvelle route de la soie. Op.cit.[5], p.3.

[9] Ibid.

[10] NALBANTOGLU, Cem. One Belt One Road Initiative: New Route on China’s Change of Course to Growth. Op.cit.[7], p.96.

[11] ARIS, Stephen. «One Belt, One Road»: la nouvelle route de la soie. Op.cit.[8].

[12] Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. La Chine et l'Inde sont désormais les plus grands marchés de l'Internet au monde. [en ligne]. (modifié le 15 septembre 2016) Disponible sur : http://www.unesco.org/new/fr/media-services/single-view/news/china_india_now_worlds_largest_internet_markets/  (Consulté le 30/10/2017).

[13] Le Monde. En Chine et en Russie, les VPN sont interdits par la censure. [en ligne]. (modifié le 31 juillet 2017) Disponible sur : http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/07/31/en-chine-et-en-russie-les-vpn-sont-interdits-par-la-censure_5167006_4408996.html#SyvyppFLd7yd59uh.99  (Consulté le 30/10/2017).

[14] Ibid.

 

WEBOGRAPHIE

ARIS, Stephen. «One Belt, One Road»: la nouvelle route de la soie. Center for Security Studies, ETH Zürich. [en ligne]. Septembre 2016, pp.1-4. Disponible sur : http://www.css.ethz.ch/content/dam/ethz/special-interest/gess/cis/center-for-securities-studies/pdfs/CSSAnalyse195-FR.pdf  (Consulté le 27/10/2017).

CGTN. Full Text of Xi Jinping keynote at the World Economic Forum. [en ligne]. (modifié le  17 janvier 2017) Disponible sur: https://america.cgtn.com/2017/01/17/full-text-of-xi-jinping-keynote-at-the-world-economic-forum  (Consulté le 27/10/2017).

GAUDU, Agnès. Avec sa nouvelle route de la soie, la Chine lance des projets par millions. Courrier international [en ligne]. (modifié le 18 mai 2017) Disponible sur : https://www.courrierinternational.com/article/mondialisation-avec-sa-nouvelle-route-de-la-soie-la-chine-lance-des-projets-par-millions  (Consulté le 27/10/2017).

LELIEVRE, Frédéric. En Chine, l'autorité encore contestée du président Xi Jinping. Le Temps [en ligne]. (modifié le 24 octobre 2016). Disponible sur : https://www.letemps.ch/monde/2016/10/24/chine-lautorite-contestee-president-xi-jinping  (Consulté le 27/10/2017).

LELIEVRE, Frédéric. La Chine veut redevenir l’empire du Milieu. Le Temps [en ligne]. (modifié le 12 mai 2017). Disponible sur : https://www.letemps.ch/economie/2017/05/12/chine-veut-redevenir-lempire-milieu  (Consulté le 30/10/2017).

Le Monde. En Chine et en Russie, les VPN sont interdits par la censure. [en ligne]. (modifié le 31 juillet 2017) Disponible sur : http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/07/31/en-chine-et-en-russie-les-vpn-sont-interdits-par-la-censure_5167006_4408996.html#SyvyppFLd7yd59uh.99  (Consulté le 30/10/2017).

NALBANTOGLU, Cem. One Belt One Road Initiative: New Route on China’s Change of Course to Growth. Open Journal of Social Science. [en ligne]. 2017, 5, pp. 87-99. Disponible sur : https://file.scirp.org/pdf/JSS_2017011310511230.pdf  (Consulté le 30/10/2017).

Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. La Chine et l'Inde sont désormais les plus grands marchés de l'Internet au monde. [en ligne]. (modifié le 15 septembre 2016) Disponible sur : http://www.unesco.org/new/fr/media-services/single-view/news/china_india_now_worlds_largest_internet_markets/  (Consulté le 30/10/2017).

SCAHEFFER, Frédérique. Xi Jinping rejoint Mao au panthéon du communisme chinois. Les Echos.fr [en ligne]. (modifié le 24 octobre 2017). Disponible sur : https://www.lesechos.fr/monde/chine/030773778996-xi-jinping-rejoint-mao-au-pantheon-du-communisme-chinois-2124702.php  (Consulté le 27/10/2017).

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