Le microcrédit : un outil hybride

Etude.- Parfois porté aux nues, parfois cloué au pilori, le microcrédit et la microfinance divise les opinions. Cet article se penche premièrement sur la nature et l’origine de cet instrument novateur de la finance avant d’en explorer les diverses perspectives afin de mieux comprendre son lien – ou non-  aux droits de l’homme et à la paix.

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Une couturière d'Ethiopie

En 2006, l’économiste bengali Muhammad Yunus reçoit le prix Nobel de la paix en tant que concepteur du microcrédit et fondateur de la banque de microcrédit "Grameen Bank" qu'il a créée en 1976. Le jury du Nobel a expliqué son choix en qualifiant le microcrédit d’être « un instrument fort efficace de libération des pauvres, en particulier des femmes », auquel suivent deux lignes d’argumentation : en premier lieu il ne saurait y avoir de paix sans réduction de la pauvreté et il a été démontré que le microcrédit y participait activement. Deuxièmement, le développement « par le bas » est un élément essentiel à la démocratie et aux droits de l’homme, ce à quoi contribue le microcrédit.

De l’autre côté, certains dénoncent le microcrédit comme présentant un fort danger au surendettement. L’image du microcrédit a été sérieusement ternie par l’affaire des agences de microfinance indiennes SKS et Spandana qui soulignent l’existence du piège de la dette. Les deux agences ont été accusées de pratiquer des taux d’intérêt usuraires ; une pratique qui a conduit à une terrible vague de suicide de leurs emprunteurs qui n’arrivaient plus à rembourser.

Parfois porté aux nues, parfois cloué au pilori, le microcrédit et la microfinance divise les opinions. Cet article se penche premièrement sur la nature et l’origine de cet instrument novateur de la finance avant d’en explorer les diverses perspectives afin de mieux comprendre son lien – ou non-  aux droits de l’homme et à la paix.

Qu’est-ce que la microfinance ?

La microfinance concerne l’offre de services financiers à des populations qui en sont généralement exclues, en particulier dans les pays en développement. N’ayant que difficilement accès à des services financiers du secteur formel (c’est-à-dire provenant d’institutions soumises à des réglementations bancaires), ces populations pauvres ou à bas revenus ont recours à différents intermédiaires informels tels que des prêteurs locaux, des associations de crédit, des tontines ou encore la famille. Ceux-ci comportent de sérieux désavantages en termes de coût et de risque. Les clients des institutions de microfinance sont généralement des micro-entrepreneurs, des petites et moyennes entreprises (PME) et dans une certaine mesure, des salariés à bas revenus.

Les services financiers incluent évidement les fameux microcrédits mais aussi des services d’épargne, d’assurance et de transfert d’argent. Des services non-financiers dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la formation entrepreneuriale sont également proposés.

Et le microcrédit ?

Le microcrédit consiste en des prêts octroyés aux communautés pauvres afin d’encourager entrepreneuriat à petite échelle. Ces prêts représentent des sommes très modestes qui permettent toutefois d’investir dans des fournitures et de l’équipement pour démarrer ou consolider une petite entreprise. Les fournitures peuvent être des aliments de base pour la fabrication d’aliments de vente de rue, des tissus pour la confection de vêtements, etc. L’équipement est par exemple une machine à coudre utilisée pour la manufacture du textile.

Rappelons que le microcrédit est présenté comme un outil économique, soumis à la loi de l’offre et de la demande. En responsabilisant les pauvres et en leur donnant les moyens de prendre des initiatives tout en se contentant d’un état minimal, le microcrédit est supposé remplir l’ensemble des conditions favorables à l’épanouissement du libre jeu du marché.

Le début du microcrédit institutionnalisé

En 1976, le Professeur Muhammad Yunus enseignait l’économie et les problèmes de développement à l’Université de Chittagong (Bangladesh). Alors qu’il décide de se rendre sur le terrain dans un petit village du Bangladesh, il rencontre une femme qui fabrique des tabourets en bambou destinés à la vente. Il constate que bien qu’elle travaille dur, elle ne gagne que 20 pennies par jour. En effet, un marchand accepte de lui prêter l’argent nécessaire pour l’achat de bambous bruts sous condition qu’elle lui vende le fruit de son travail au prix qu’il a lui-même établi. Pour le professeur, cette femme est prise au piège dans cet état de pauvreté et de dépendance de son fournisseur dû au fait qu’elle n’a pas d’argent. C’est pourquoi il prend la décision d’emmener ses étudiants sur le terrain et ensemble, ils se rendent compte que 42 personnes du village se trouvent dans une situation identique et ont besoin de 27 dollars au total. Le Pr. Yunus se rend dans différentes banques afin de demander qu’elles prêtent cet argent aux 42 villageois. Cependant, celles-ci refusent ; leurs services financiers ne sont pas destinés aux plus pauvres. Le Pr. Yunus réalise que « la pauvreté découle de l’incapacité des travailleurs à bénéficier des fruits de leur labeur, parce qu’ils n’ont pas le contrôle du capital ».  C’est pourquoi il décide de se porter garant pour les 42 villageois et obtient le prêt nécessaire. 

L’une des raisons pour lesquelles les pauvres peinent à sortir de leur situation précaire est qu’ils ne disposent pas de crédit pour investir dans de petites entreprises. Les institutions financières classiques ne leur octroient pas de crédit car elles les considèrent comme étant à risque, n’ayant souvent pas d’assureur ou de dépôt de sécurité pour garantir le remboursement du prêt.

Bien que de nombreuses banques et gouvernements lui aient donné un avis défavorable, le Pr. Yunus a dès lors commencé à accorder des microcrédits et a fondé la Grameen bank en 1976, banque dont la vision est d’octroyer de petits prêts aux entrepreneurs trop pauvres pour prétendre aux prêts bancaires classiques.  Selon Yunus, il faut « repenser les banques. Elles ne devraient pas être grosses au point que le gouvernement soit obligé d’intervenir si elles s’écroulent. Elles doivent être plus petites, avec des activités et des spécialités différentes. Elles doivent intégrer les plus pauvres sans accès aux services financiers. »

Conception du Professeur Yunus : Le business social

Selon le Professeur Yunus, le droit au crédit devrait être un volet à part entière des droits de l'homme en ce qu’il participe à une sortie de l’état de pauvreté et en ce qu’il permet à de nombreuses personnes de vivre de leur travail. La microfinance est selon lui, la clé de l’inclusion financière et participe également à l’inclusion dans le marché du travail. « Cela fait partie des responsabilités d’une société de permettre à tout le monde l’accès aux services financiers, » maintient le professeur bangladais.

« Entreprendre, ce n'est somme toute rien d'autre qu'utiliser son courage et son désespoir pour faire bouger les choses » souligne-t-il car leur type d’aide a pour but de favoriser et encourager la fibre entrepreneuriale. Il rappelle le caractère nécessairement endogène de tout projet de développement. Pour ces raisons, le professeur met en évidence que les agences de microcrédit doivent bénéficier d’un ancrage territorial fort afin de développer des relations de confiances avec leurs clients.

L’idée de Yunus de la lutte contre la pauvreté se base sur la mise en place de structures de « business social » qui ne recherchent non pas le profit mais l’équilibre financier, en s’adressant aux exclus du crédit.  Le professeur Yunus définit le business social comme « une société qui ne distribue pas de dividendes. Elle vend ses produits à des prix qui lui permettent de s’autofinancer. Ses propriétaires peuvent récupérer la somme qu’ils ont investie dans l’entreprise après un certain temps mais nulle part de profit ne leur est versée sous forme de dividendes. Au lieu de cela, les profits réalisés par l’entreprise restent en son sein afin de financer son expansion, de créer de nouveaux produits ou services, et de faire davantage de bien dans le monde ».

La conception de Yunus rejette ainsi l’idéologie classique du marché et du primat du profit tout en soulignant que les organisations de microcrédit doivent assurer leur capacité à être rentable afin d’attirer des capitaux privés. En effet, l’autonomie financière des organismes délivrant les services de microfinance est non seulement réaliste mais aussi légitime et nécessaire. Toutefois, cela implique que ces agences doivent également faire preuve de transparence. Notons également que la conception Yunus s’appuie sur l’initiative privée, même si elle ne rejette pas complètement l’action publique. Au contraire, le professeur sollicite vivement les institutions publiques afin qu’elles « établissent des législations pour mieux réguler le microcrédit et déterminer quel type d’établissement peut prêter aux plus pauvres ».

Essor de la microfinance

Petit à petit les mentalités changent et le microcrédit a fait son chemin. Ainsi les institutions financières ont réalisé que le microcrédit offre des opportunités de part et d’autre. Le microcrédit s’est développé comme un outil de développement hybride alliant l’aspect économique et l’aspect humain et qui propose des solutions où tout le monde ressort gagnant. Les banques de microcrédit partent du principe que même les plus démunis doivent pouvoir accéder au crédit et aux services financiers, ce qui leur permet d’améliorer leur sécurité financière et leur qualité de vie à travers des services de base de la finance. Selon Jonathan Morduch, expert du groupe sur les statistiques de la pauvreté aux Nations Unies, « la microfinance se présente comme l’un des outils les plus prometteur et rentable pour lutter contre la pauvreté mondiale. »

De plus, de nombreux organismes de développement ont saisi que le microcrédit est un outil à fort potentiel dans la réduction de la pauvreté et que la microfinance s'inscrit dans la stratégie global de lutte contre l'exclusion. Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, souligne en 2003 : "La dure réalité reste que la plupart des populations les plus pauvres n’ont pas encore accès à des services financiers pérennes et viables, qu’il s’agisse d’épargne, de crédit ou d’assurances. L’enjeu essentiel sera donc pour nous d’éliminer les contraintes qui excluent les plus démunis d’une pleine participation au secteur financier. Ensemble, nous pouvons et nous devons mettre en place des secteurs financiers inclusifs qui aident les gens à améliorer leurs conditions de vie. » Kofi Annan soulève ici un point important de la microfinance, à savoir qu’elle participe, comme l’accès à l’électricité ou à l’eau courante, à améliorer les conditions de vie. Les pauvres ont besoin de ces services plus que quiconque car la pauvreté ne signifie pas seulement d’avoir un revenu faible mais aussi d’avoir un revenu volatile. Ils ont d’autant plus besoin de mettre de l’argent de côté dans les périodes fastes pour pouvoir s’en sortir dans les périodes les plus difficiles. Les services financiers permettent ainsi d’économiser pour les frais de mariage, d’emprunter ou d’assurer les soins de santé.

L’économiste à la Banque mondiale Shahidur R. Khandker relève « qu’en tant qu'instrument de réduction de la pauvreté, la microfinance a un potentiel énorme, mais des efforts complémentaires, tels que la promotion de l'alphabétisme et la formation, sont nécessaires pour aider ceux qui n'ont pas les compétences pour en tirer parti ». De nombreuses études démontrent que pour toucher les plus pauvres, d'autres programmes d'atténuation de la pauvreté, tels que la sensibilisation sur l'éducation ou la prévention des maladies, « sont nécessaires pour s'assurer que les pauvres tirent le meilleur parti des microcrédits et sortent complètement du cycle de la pauvreté ».

Déviances du microcrédit

Le principal reproche fait au microcrédit est qu’il conduirait les emprunteurs pauvres au surendettement, accroissant d’autant plus leur situation précaire et faisant peser sur eux de lourdes pressions. Ainsi, depuis la crise du microcrédit en Inde et la vague de suicide qu’elle a entraîné dans la région d'Andhra Pradesh, qui a le plus fort taux d'institutions de microfinance, l’image du microcrédit en tant que remède miracle s’est fortement détériorée. Il convient ici de revenir aux mécanismes à l’œuvre dans l’affaire des agences SKS et Spandana.

Il existe en microfinance des opportunités de gain financier qui peuvent être socialement utiles, mais en certaines circonstances, elles peuvent produire des effets très négatifs. De grands établissements financiers se sont ainsi de plus en plus intéressés au microcrédit pour son aspect rentable tout en étant éthique. En effet, l’image vendue par les grandes agences du microcrédit a tout pour séduire : Une rentabilité de capitaux propres qui peut être très élevée voire trop, un remboursement des prêts atteignant les 99% tout en offrant aux pauvres la possibilité de créer leurs propres entreprises. Un moyen fort intéressant de soigner l’image de marque des grandes institutions financières !

Le point de départ de cet engrenage négatif se trouve en ce que les microcrédits sont parfois utilisés comme crédit à la consommation, pour des dépenses de santé ou d’éducation ou encore pour l’habitat et non à des fins entrepreneuriales. Certes, cet emploi de l’argent est utile, voire crucial pour ces familles. Cependant, elles ne permettent pas de générer les ressources qui permettront de rembourser les prêts. La facilité d’accéder au crédit et la trop grande tolérance des agents de crédit, payés en fonction du nombre de crédits placés, entraîne l’endettement des familles pauvres. A quoi s’ajoute qu’il y a de plus en plus d’entreprise proposant des crédits à la consommation en parallèle des services des agences de microfinance.

En ne remboursant pas un crédit, l’emprunteur s’expose à la perte de sa crédibilité auprès des prêteurs et par extension, de se couper de toute source de crédit. Afin de pouvoir rembourser le prêt à temps, ce qui permet de souscrire à un nouveau crédit, les débiteurs empruntent à une autre agence de microcrédit, voire à d’autres prêteurs informels pour rembourser la première agence. Ce processus financier (emprunter pour rembourser un premier crédit) est connu sous le nom de « cavalerie ». Il est malheureusement souvent appuyé par la complicité des agents de crédit qui sont partiellement rémunérés selon le nombre de crédit placés et les performances de remboursement. En effet, ceux-ci peuvent ainsi afficher un taux remboursement de 100% et augmenter le nombre et le volume des crédits.

A priori, les organisations de microcrédit s’engagent à contrôler que leurs clients ne prennent pas plusieurs crédits auprès de différentes agences. Toutefois, cette mesure reste dans certains cas, plus symbolique qu’efficace, d’une part, parce que les agences elles-mêmes rechignent à partager leurs registres dans ce milieu de forte concurrence (ce qui est particulièrement le cas dans la région d'Andhra Pradesh) et d’autre part, parce qu’il est souvent difficile de contrôler l’identité de l’emprunteur dans ces milieux pauvres et peu institutionnalisés.

Les communautés pauvres s’endettent peu à peu au-delà du raisonnable et accumulent les traites. Les taux d’intérêt relativement élevés accélèrent le processus de surendettement. Le prêteur qui exercera la pression la plus forte, psychologique ou sociale, sera remboursé le premier. Quand la pression devient trop forte, on en arrive au suicide tel que dans le cas de la SKS à Andhra Pradesh.

Dans ce cas précis, il convient de souligner que la région Andhra Pradesh a une très forte concentration d’offre de crédit dans des zones relativement restreintes. L’accès au crédit devient alors très facile ce qui contribue au processus de cavalerie. Le développement d’un meilleur maillage du territoire permettrait de réduire le risque de multi-détention de crédit. L’autre facteur susceptible d’éviter l’endettement est un contrôle efficace des emprunteurs.  Toutefois, contrôler n'est pas toujours évident dans ces contextes-ci car il n'y a pas toujours de bureau de crédit et souvent les emprunteurs ne possèdent pas de carte d'identité. L’appât du gain de certains agents de crédits dénature l’action sociale du microcrédit. Certains d’entre eux sont rémunérés à la commission et donc au placement de produits financiers, ce qui les encouragent à ne pas être très regardant sur le contrôle.

Et les taux d’intérêt élevés ?

L’aspect le plus controversé du microcrédit est certainement les taux d’intérêt appliqués par les agences de microcrédits. Il leur est souvent reproché d’avoir des taux d’intérêt élevés approchant parfois des taux d’usure. Toutefois, avant de porter tout jugement sur ce point-ci, il est important de bien comprendre comment ceux-ci sont établis.

Premièrement, les taux d’intérêt du microcrédit sont plus élevés que les taux bancaires ordinaires car il est clairement plus coûteux de prêter et de collecter un montant réparti en plusieurs milliers de micro-prêts plutôt que de prêter et collecter ce même montant réparti en quelques prêts importants: En effet, prêter 100'000 dollars sous la forme de 1000 prêts d’un montant de 100 dollars exige nettement plus de ressources humaines qu’un prêt unique de 100'000 dollars. Il faut ajouter que les dépenses de recouvrement sont considérables lorsqu’il y a un grand nombre de clients. Les frais généraux plus élevés doivent donc être couverts par des taux d’intérêt plus importants. A noter que le coût des ressources est souvent plus élevé  car les institutions de microcrédit sont rarement dépositaires d’épargne et doivent en générale se refinancer auprès de banques régionales voire internationales ou auprès de fonds d’investissement.

A cela, il faut ajouter qu’il est difficile de comparer des taux d’intérêt dans l’absolu car ils dépendent fortement du contexte économique du pays en question. En effet, l’élément moteur qui permet de fixer les taux d’intérêt est la base des taux interbancaires du pays concerné. Rappelons que les taux interbancaires correspondent aux taux des prêts à court terme entre les banques et qu’ils influencent tous les taux d'intérêts directeurs de la zone concernée.

Selon l’analyse de Rosenberg, Gonzalez et Narain (2009) effectuée sur 34 rapports venant de 21 pays, les taux du microcrédit sont en générale très inférieurs aux taux des prêts informels. Cette étude propose également une comparaison entre le taux de microcrédit et les taux de prêts à la consommation : Sur 36 pays, 19 pays ont des taux microcrédit largement inférieur ; ils sont équivalents dans 10 cas et supérieurs dans 7 cas.

Conclusion

Pour conclure, il faut comprendre avant tout que la microfinance est un outil hybride qui allie l’aspect humain et l’aspect économique. La microfinance permet l’accès aux services financiers pour une part de la société qui en longtemps en a été exclue.

Les institutions financières ont une responsabilité centrale sur le thème de l’inclusion financière, domaine où elles doivent agir de telle sorte que leur action n’ait pas par ailleurs pour effet secondaire, en dotant les uns, de détériorer les conditions de vie et de survie des autres – par exemple en favorisant des situations de surendettement. Cependant, si les institutions financières ont une responsabilité en matière d’inclusion financière, elles n’ont pas de responsabilité plus forte que les autres institutions de la société en matière de lutte contre les exclusions en général et contre la pauvreté en particulier. Rappelons également que la microfinance peut et doit être financièrement pérenne si elle veut atteindre un nombre croissant de personnes à long terme.

Le microcrédit de son côté est mobilisateur de la créativité et des forces endogènes des communautés les plus pauvres. En cela, il est un excellent vecteur de développement. Toutefois, tout le monde n’a pas une vocation d’entrepreneur et le microcrédit n’est pas la solution miracles comme certains le présentent. D’autre part, il est nécessaire de mettre des gardes fous au développement du microcrédit afin qu’il ne se transforme pas en crédit à la consommation. C’est un outil à utiliser avec prudence et sérieux et les risques doivent être sagement contrôlés.

Finalement, pour revenir au « business social» de Yunus, la pratique montre que cette conception idéaliste manque quelques peu de pragmatisme. Dans la mesure où Yunus n'accepte pas que le capital soit rétribué, son approche ne paraît pas durable économiquement. De ce fait, l'évolution du microcrédit tend à s'assurer que toutes les partie au processus obtiennent une rémunération si modeste soit-elle - ceci permettant d'avoir une assise économique durable. Il faut en effet que le microcrédit – et la microfinance- s’inscrivent dans une situation « win-win », c’est-à-dire que toutes les parties –investisseurs, fonds d’investissements dans le microcrédit, agences de microcrédit locales, micro-entrepreneurs- doit y avoir un intérêt pour que cela devienne un cercle vertueux qui fonctionne sur le long terme.

Zélie Kössler

 

Sources

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