Le Sommier Régis : "Quand le photojournalisme rejoint le camp de la paix"

Le Sommier Régis : "Quand le photojournalisme rejoint le camp de la paix"

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Le photojournalisme est né avec la Seconde Guerre Mondiale. Cette photo réalisée par Robert Kapa de ce soldat au bord de l’eau qui lutte pour s’accrocher à la plage en est peut-être l’acte de naissance. Prise sur le vif, sous le feu de l’ennemi, elle dit une vérité que mille mots ne sauraient exprimer. Elle traduit toute l’horreur de la plage d’Omaha le 6 juin 1944 au matin.


La photo de guerre existait auparavant. Elle a largement illustré la « Grande guerre », mais le rôle du photographe était limité, tant pour des raisons techniques que de censure. Au cours de la guerre d’Espagne, Robert Kapa ou d’autres photographes comme Gerda Taro se sont illustrés avec des clichés qui font désormais partie de l’histoire. Mais ils servaient un camp, celui des républicains. Au cours des années 30, la photo peine à s’émanciper de sa fonction propagandiste. C’est toujours le cas en 1945. Evgueni Kahldei chez les soviétiques ou Joe Rosenthal chez les américains sont deux photographes dont les clichés symbolisent la victoire alliée. Mais ce sont des photos « montées ». A cette époque, le photojournalisme sert la guerre. Il fait même partie intégrante de sa promotion, chez les alliés, comme du côté allemand. On montre à l’opinion les combattants dans des postures héroïques, dans le but de stimuler l’élan patriotique.


Il faudra attendre la guerre du Vietnam pour que, par un mécanisme d’émotion négligé par l’armée, la photo se mette soudain au service de la paix. Nick Ut photographiant une gamine nue, Kim Phuc, brûlée au napalm sur une route, va faire plus pour mettre un terme à la guerre que n’importe quel discours, décision politique ou offensive militaire. La photo de Nick Ut appartient à un ensemble cependant. Elle n’a pas eu son importance par hasard. Les photos de Larry Burrows, de Catherine Leroy, d’Henry Huet ou de Don McCullin ont contribué, elles aussi, à conditionner l’opinion pour provoquer ce basculement. Les reportages télévisés de Dan Rather et les commentaires de Walter Cronkite sur CBS News vont aussi alimenter le mouvement pacifiste en lui offrant des arguments de premier plan. Grâce à tous ses acteurs médiatiques, l’opinion s’interroge : que fait-on au Vietnam ? Pourquoi nos boys souffrent-ils à ce point ? Combien de temps tout cela va durer ?


L’effet est désastreux pour les autorités politiques et militaires au point que, lors de la première guerre du golfe, l’armée américaine interdira aux photographes l’accès aux théâtres d’opérations, pour proposer aux médias de suivre la guerre sur écran, lors de conférences de presse. Par la suite, elle introduira le principe d’« embedment » qui est une sorte de compromis entre la nécessité de couvrir une guerre et le besoin d’une armée de contrôler une information qui, dans les conflits modernes, est devenu une arme essentielle dans la stratégie militaire.


Au cours de cette table ronde,  nos invités, Régis Le Sommier, directeur adjoint de Paris Match, ancien reporter et chef du bureau de New York, Marc Brincourt, rédacteur en chef photo de Paris Match, Valérie Gorin, docteure en communication et sciences des médias, spécialiste de l’action humanitaire dans les médias à l’Université Genève et Alvaro Canovas, photoreporter pour Paris Match, vont analyser ces images qui ont fait la paix et celles qui ont fait bouger l’opinion. Nous verrons aussi comment, dans un monde saturé d’images où le rythme de l’actualité se déploie vingt quatre heures sur vingt quatre, sept jours sur sept, un cliché surgit et parvient encore à faire bouger le monde. C’est le cas aujourd’hui avec la crise des réfugiés.

 
Régis Le Sommier, Directeur Adjoint de Paris Match

Contact information

Régis Le Sommier est directeur adjoint de Paris Match. Grand reporter, il est spécialisé dans les questions américaines et militaires. Il a notamment été chef du bureau du magazine aux Etats-Unis entre 2003 et 2009, et a partagé le quotidien d'unités de l'US Army et des Marines en Irak et en Afghanistan entre 2006 et 2010. Il a signé plusieurs enquêtes sur l'immigration vers les Etats-unis aux frontières nord et sud du Mexique, ainsi que des reportages sur les blessés de guerre. Il est également connu pour avoir approché des personnalités politiques américaines à des moments stratégiques de leur carrière.