Les discriminations et la xénophobie à la table de discussion de la 38ème session du Conseil des Droits de l’Homme

Dans le cadre de son observation de la 38ème session du Conseil des droits de l’homme, le CIPADH présente le dialogue du 2 juillet 2018 sur le suivie de l’implémentation de la déclaration et du programme d’action de Durban qui vise à élimer toutes les formes de discriminations.  Madame E. Tendayi Achiume, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée, a présenté les principaux points de ses deux rapports. Le premier porte sur les discriminations raciales et le deuxième vise à fournir des outils pour combattre la glorification des idéologies néo-nazies.

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Le mouvement de résistance nordique, groupe néo-nazi en réunion à Stockholm, juin 2007, source: Peter Isotalo / Wikimedia Commons

Les discriminations sont souvent institutionnalisées

E. Tendayi Achiume souligne le fait que les discriminations sont souvent la conséquence de lois ou de procédures administratives restreignant les droits de certains groupes d’individus. Ainsi, les discriminations dont sont victimes certaines minorités, sont souvent le fruit de structures institutionnelles fonctionnant sur un mode d’exclusion. Selon elle, pour réformer de telles structures, il faut réformer les constitutions nationales ou les lois régissant la citoyenneté, de manière à inclure les anciens groupes discriminés.

La rapporteuse affirme également que les lois entourant les politiques d’immigration peuvent discriminer de manière systématique des groupes d’individus. En effet, le manque d’accès à la citoyenneté ou à la nationalité, peut laisser une partie de la population dans l’apatridie. Madame Tendayi Achiume insiste sur le fait que les politiques d’immigration ou de citoyenneté discriminant disproportionnellement certains groupes sur la base d’une origine, une nationalité ou une ethnie, se font en violation du droit international des droits de l’homme (DIDH) [1].

 

Il est nécessaire d’avoir une approche intersectionnelle

Dans le domaine de la lutte contre les discriminations, E. Tendayi Achiume soutient qu’il est nécessaire d’avoir une approche intersectionnelle. C’est-à-dire une approche qui tient compte de la conjonction de plusieurs aspects dont le genre, l’orientation sexuelle, ou encore le statut d’invalidité (le handicape). Selon la rapporteuse, il serait désirable d’inclure des femmes, des militants des droits des minorités sexuelles, et des personnes subissant une conjonction de discriminations dans les panels gouvernementaux s’occupant des politiques de combat contre les discriminations.  Appuyant également une approche intersectionnelle, ONU-Femmes, par la voix de Christine Low, affirme que dans plusieurs pays, les lois régissant la nationalité et la citoyenneté discriminent davantage les femmes et les enfants.

 

Les discours populistes alimentent les discriminations

La rapporteuse identifie deux types de discours alimentant les discriminations. Premièrement, les discours ayant pour but d’exercer une peur liée aux incertitudes économiques. En d’autres mots, elle pointe du doigt les discours appelant au rejet des migrants dans le but de maintenir la prospérité économique d’un pays. En effet, selon elle, certaines rhétoriques peuvent amplifier une anxiété liée au manque d’opportunités économiques et diriger celle-ci contre les résidents étrangers, les minorités et les migrants. Deuxièmement, les discours prônant une incompatibilité entre l’immigration et la notion de « sécurité nationale » peuvent également alimenter une discrimination à l’encontre des groupes mentionnés ci-dessus

E. Tendayi Achiume observe aussi que la réthorique de la droite populiste permet aux groupes néo-nazis de cibler et recruter les personnes sensibles à tels discours populistes et xénophobes. C’est ce qui pourrait expliquer l’augmentation des membres des mouvements affiliés aux suprématistes blancs [2].

 

Des exemples de politiques allant dans le bon sens

La rapporteuse explique qu’une manière de combattre les discriminations institutionnalisées et les discours xénophobes est d’inclure les minorités dans les narrations nationales. C’est-à-dire enseigner aux enfants que les groupes faisant l’objet de discrimination font partie de l’histoire de la nation.

En résonnance avec l’explication de E. Tendayi Achiume, plusieurs pays latino-américains ont affirmé avoir entreprit des politiques en faveurs des afro-descendants et des peuples autochtones. La Colombie, par exemple, a entreprit une politique permettant une réparation aux minorités ayant subi des discriminations systématiques. De plus, épousant l’envie d’inclure les afro-descendants dans l’histoire nationale, elle a institué une journée nationale des Afro colombiens. Dans un autre registre, la délégation de la France affirme entreprendre des réformes pour réduire le nombre d’apatrides sur le sol français.

 

 

 

Par Alvaro Candia Callejas

 

 

 

[1] Pour creuser la notion de Droit international des droits de l’homme (DIDH), voir : OHCHR, « Le droit international relatif aux droits de l’homme », Disponible en ligne : https://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/InternationalLaw.aspx. (Consulté le 03.07.2018).

 

[2] GAFFENRIED, Valérie. (20.04.2018). « Aux États-Unis, les suprématistes blancs visent les campus », Le Temps, Disponible en ligne : https://www.letemps.ch/monde/aux-etatsunis-supremacistes-blancs-visent-campus. (Consulté le 3.07.2018).

 

 

 

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