LES DROITS DE L’HOMME DANS LE 7° ART

Actualité.- Relais indispensable de la défense des droits de la personne humaine, le cinéma a aussi ses festivals dédiés à ce thème. Notamment le FIFDH de Genève (Festival du film et Forum International sur les Droits Humains).

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L'affiche du film Dirty Paridise, lauréat du FIFDH (Genève) 2010

Depuis son émergence, le septième art a permis d’illustrer et de mettre en lumière divers faits survenant dans le monde. Déjà à l’époque de Chaplin, avec son film Le dictateur de 1940, le cinéma a permis de dénoncer des régimes autoritaires incompatibles avec le respect des droits humains. De nombreux films dénonçant les guerres et évoquant divers droits de l’homme ont suivis. Tel est notamment le cas de Le pianiste, de Roman Polanski (2002), qui illustre le premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme, selon lequel tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité en en droits. Bloody Sunday, de Paul Greengrass (1972), renvoie quant à lui à l’article 18 de cette déclaration, relatif à la liberté de pensée, de conscience et de religion [1].

Les festivals de films sur les droits de l’homme

Les films relatant des violations des droits de l’homme ou des combats pour la dignité humaine, créés dans de nombreuses régions du monde, sont régulièrement présentés dans des festivals de films sur les droits de l’homme. Ces nombreux festivals sont regroupés en réseau avec l’Human Rights Film Network, qui rassemble plus 38 festivals indépendants dans le monde. Ce réseau vise à encourager la coopération entre les festivals, dont les représentants se réunissent au moins une fois par an. Il permet l’échange des idées sur la mise en avant des films relatifs aux droits humains, l’information sur les films de qualité et  le partage des expériences relatives à l’organisation des débats et projections [2].

Ces festivals ont lieu dans de nombreux pays d’Europe, mais également en Afrique (Algérie, Burkina Faso, Ethiopie, Afrique du Sud), en Asie (Jordanie, Inde, Malaisie, Corée du Sud, Japon, Papouasie Nouvelle Guinée), en Australie, aux Etats-Unis et en Amérique du Sud (Uruguay, Argentine, Bolivie, Guatemala) [3]. Durant le mois de décembre 2014, des festivals de films sur les droits humains ont ainsi lieu à Vienne (This Human World), Varsovie (international Film Festival WATCH DOCS Human Rights in Film) et Amman (Karama Human Rights Film Festival) [4].

Le FIFDH de Genève

Du 25 février au 8 mars 2015 aura lieu, à Genève, le Festival du film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH), qui se déroule chaque année depuis 2003 à Genève. Basé sur le principe un film, un sujet, un débat, ce festival donne la voix à la société civile face au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Tribune des défenseurs des droits humains, il « informe et entend mobiliser pour dénoncer les violations des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels » [5].

Via la projection de films et l’organisation de débats rassemblant cinéastes, défenseurs des droits de l’homme et spécialistes des sujets traités, le festival est une fenêtre pour la mise en avant des violations des droits de l’homme. Il récompense les films en compétition via divers prix, tels que le grand prix du FIFDH, le prix de l’OMCT (organisation Mondiale contre la Torture) ou le prix de la section Fiction et droits humains [5].

Lors du festival de 2014, qui s’est déroulé du 7 au 16 mars, des sujets aussi divers que la traite des femmes, les viols et les crimes de guerre, les dictatures dans des pays d’Europe de l’est, l’homophobie ou la précarité ont été traités. Les films diffusés sont à la fois des films de fiction et des documentaires de création. Ces derniers prennent la forme « de témoignages personnels et de transmission de mémoire […], d’enquête cinématographique […], de portraits d’activistes et de récits révolutionnaires […], de la dénonciation des pires atrocités […], ou de combat individuel pour le respect de sa dignité » [6].

Le grand prix du FIFDH a été décerné en 2014 au film Return to Homs de Tala Derki. Ce film parle du « citoyen syrien qui a défié tout et tout le monde pour exiger la liberté. C’est un film sur la guerre et la pression d’être dans un champ de bataille » [7]. Il relate la vie d’Abdul Basset al-Saroot, « un homme courageux de 19 ans, plein de caractère et de charisme » [7], et son combat pour la liberté, qui a commencé par des protestations pacifiques mais a vite évolué vers des combats et de la violence.

Le FIFDH de Paris

Peu après le FIFDH de Genève se déroulera le Festival International du Film des Droits de l’Homme de Paris. Organisé également depuis 2003, il présente « chaque année, pendant une semaine, un panorama de la production cinématographique sur le thème des droits humains » [8]. La projection de chaque film « est suivie d’une rencontre avec le réalisateur et d’un débat avec le public, en présence d’intervenants présents sur le terrain »8.

Ce festival se poursuit durant l’année entière, via l’organisation, chaque troisième jeudi du mois à  Paris, d’une projection suivie d’un débat. Le festival a également lieu dans diverses régions de France ainsi qu’à l’étranger, grâce à la présence d’équipes locales.

L’impact des films sur les droits humains

Les films traitant des diverses thématiques de droits de l’homme donnent la parole à la société civile et aux défenseurs de droits de l’homme, leur permettant de s’exprimer et de porter leur message via des documentaires ou des fictions. Leur visionnement permet au public d’être informé et sensibilisé sur ces thématiques. Dans le cas de films de fiction, les images d’un film agissent souvent comme un substitut de la réalité. Le public les retient et les associe à cette réalité – ainsi la guerre du Vietnam est associée aux images du film Apocalypse Now, la fin de l’apartheid à celle d’Invictus.

En illustrant cette réalité, les films peuvent également servir de moyen de contextualisation ou de preuve. Eric Sottas [9], secrétaire général de l’OMCT (organisation mondiale contre la torture), soulève ainsi l’utilisation du cinéma devant les tribunaux. Il permet de faire comprendre au public la douleur des personnes et la gravité de la situation, tout en essayant d’éviter le voyeurisme.

L’impact de ces films sur l’amélioration des droits humains reste toutefois difficile à évaluer. Tel est l’avis du réalisateur du film Dirty Paradise, Grand Prix du FIFDH de Genève en 2010, pour lequel « le cinéma est un moyen de défendre les droits humains, de regarder, d’aller voir là où souvent on ne regarde pas, là où on détourne le regard » [10]. Son film, qui révèle le problème de l’empoisonnement au mercure des indiens Wayana, en Amazonie, dans le sud de la Guyane française, a permis de raconter la situation de ces indiens, a suscité de nombreux débats et a attiré l’attention de la presse sur la problématique. Pour le réalisateur, cette attention ne fut cependant que momentanée, et l’empoisonnement des indiens a été oublié à l’heure actuelle [10].

 

Notes

[1]- « Défense des droits de l’homme : quel rôle pour le septième art ? », Emission du 06 mars 2011, RTS [en ligne], http://www.rts.ch/emissions/geopolitis/2918428-defense-des-droits-de-l-h... (consulté le 19 novembre 2014).

[2]- « About », Human Rights Film Network [en ligne], http://humanrightsfilmnetwork.org/about (consulté le 19 novembre 2014).

[3]- « Members of the Human Rights Film Network », Human Rights Film Network [en ligne], http://humanrightsfilmnetwork.org/festivals (consulté le 19 novembre 2014).

[4]- « Calendar », Human Rights Film Network [en ligne], http://humanrightsfilmnetwork.org/calendar (consulté le 19 novembre 2014).

[5]- « Le festival », FIFDH [en ligne], http://www.fifdh.org/2014/index.php?rubID=9&lan=fr (consulté le 19 novembre 2014).

[6]- « Documentaires de création », FIFDH [en ligne], http://www.fifdh.org/2014/index.php?rubID=89&lan=fr  (consulté le 19 novembre 2014).

[7]- « The Film in the words of Director Talal Derki », Returns to Homs [en ligne], http://www.returntohoms.com/#!film/c10fk (consulté le 19 novembre 2014).

[8]-  « Le Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH) de Paris », Festival des droits de l’homme [en ligne], http://www.festival-droitsdelhomme.org/paris/index.php?option=com_conten... (consulté le 19 novembre 2014).

[9]- « Eric Sottas : ‘Le cinéma peut être utilisé devant les tribunaux’ », http://www.rts.ch/emissions/dossiers/2011/fifdh-le-cinema-au-service-des... (consulté le 19 novembre 2014).

[10]- « Daniel Schweizer revient sur son film Dirty Paradise primé en 2010 », RTS [en ligne], http://www.rts.ch/emissions/dossiers/2011/fifdh-le-cinema-au-service-des... (consulté le 19 novembre 2014).

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