Les droits humains à travers l’écriture : rencontre avec Nadia Boehlen

ACTUALITÉ – En cette période estivale, le CIPADH a rencontré Nadia Boehlen, porte-parole chez Amnesty International Suisse, afin de vous proposer une sélection de livres qui traite des droits humains avec pédagogie et simplicité. A travers cet échange, le CIPADH a souhaité mettre à l’honneur l’œuvre littéraire, la culture et l’art en général, qui sont des outils efficaces de communication permettant de dépasser les notions parfois abstraites des droits humains en utilisant un langage qui fait appel au cognitif. Entre conviction et partage, retour sur la discussion littéraire entre le CIPADH et Amnesty International.

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Les écrivains pour les droits humains - Amnesty International

Art, culture et écriture : la connaissance par l’identification

Cette année, plusieurs rapports et articles écrits par différentes ONG, telles qu’Amnesty International ou Human Rights Watch (HRW), ont rapporté et expliqué de quelles façons les droits humains sont menacés dans les sociétés occidentales, notamment en raison de la montée des populismes, comme l’a écrit Kenneth Roth, directeur exécutif de HRW. Beaucoup de personnes ne se sentent plus représentées par ces valeurs et le discours militant peut être mal perçu.

L’art et l’écriture en particulier permettent de refléter cette crise et de promouvoir les droits humains d’une façon différente. « Porter les droits humains à travers l’écriture peut parfois amener davantage à une identification que des recommandations, estime Nadia Boehlen (N. B.). L’écriture a cette vocation à l’universel et chacun peut se reconnaitre dans l’une ou l’autre des situations ». Elle ajoute qu’« une personne peut ainsi se sentir plus concernée et comprendre qu’elle est elle aussi confrontée à des violations des droits humains. Et ça ne se passe pas seulement en mer Méditerranée avec les réfugiés, ça ne se passe pas seulement en Turquie avec la liberté d’expression, ça se passe ici tous les jours et on doit tous lutter pour défendre ces droits ».

L’avantage de la sensibilisation aux droits humains par l’art est donc de faciliter le langage de communication mais également de toucher directement la personne. A travers l’exemple du témoignage, N. B. explique que l’on dépasse le discours militant ou politique et que l’on comprend mieux la souffrance parce que l’« on parle de l’humain et de son expérience » et que « ça suscite des émotions ».

 

La plume au service des droits humains : lorsque l’auteur devient pédagogue

Nous avons pu également interroger Nadia Boehlen sur le rôle des auteurs qui traitent de question liés aux droits humains. Selon elle, l’écriture permet de toucher les gens plus personnellement. Elle prend l’exemple de A l’est de Damas, au bout du monde. Témoignage d’un révolutionnaire syrien écrit par Majd Al-Dik, avec Nathalie Bontemps. Elle nous a expliqué que cette biographie romancée a suscité en elle différentes émotions, lui permettant de mieux suivre et comprendre les défis de ce jeune syrien. Nous ne pouvons pas toujours savoir quel était le but de l’auteur, de la personne qui écrit. En revanche, une œuvre provoque un éveil de sentiments en nous, ce qui peut être une base intéressante pour comprendre un problème plus global.

Dans Mes héroïnes : des femmes qui s’engagent de Manon Schick (M.S.), directrice générale d'Amnesty International Suisse, N.B. nous parle de l’investissement personnel de l’auteure et de son but : éveiller les consciences. Les destins de ces femmes, défenseuses des droits humains, ont inspiré M.S. par leur courage et leur ténacité. En retour, elle propose ces différents portraits leur rendant hommage et permettant d’éveiller les consciences sur la marge d’action de chacun : « Elles prennent des risques incroyables, dans des pays pas très démocratiques. Or pour nous, ce n’est pas très compliqué de défendre les droits humains pourtant on le fait peu. Alors faisons-le ! C’était la première démarche. Et il y avait aussi que ces différentes personnes ont pu changer des choses dans des contextes extrêmement difficiles ». Le but est double : promouvoir les droits humains tout en poussant à l’action. Selon Nadia Boehlen, les mots devraient servir et pousser à la réflexion, nous montrer à nous-même nos propres contradictions, et pousser à la discussion, le tout avec finesse.

 

Trois lectures pour cet été : entre révolution syrienne et combat pour l’égalité

N. B. nous a conseillé plusieurs lectures pour cet été. Entre révolution syrienne et sexuelle, la réflexion sera à la fois pédagogue et passionnante.  

Les culottées tomes 1 et 2 par Pénélope Bagieu. Une bande dessinée en deux tomes qui retrace la vie d’une trentaine de femmes qui se sont battues pour les droits humains mais que l’histoire a oublié.

A l’est de Damas, au bout du monde. Témoignage d’un révolutionnaire syrien par Majd Al-Dik, avec Nathalie Bontemps. Témoignage d’un membre de la société civile qui s’est battu contre le régime d’Assad. Il parle de sa ville, ses parents, ses origines, mais aussi de sa vie quotidienne dans le processus révolutionnaire et enfin de son investissement à travers la société civile afin d’aider les enfants à recevoir une éducation scolaire.

Faire le garçon par Jérôme Meizoz. Ce récit, qui alterne enquête et roman, pose la question de la masculinité dans le milieu rural valaisan. Jérôme Meizoz, écrivain et professeur à l’Université de Lausanne, parle d’un jeune homme qui se prostitue pour échapper à l’éprouvant travail d’usine auquel il est destiné.

 

Par Sonia Rodríguez - Chargée de projets au CIPADH

 

Nadia Boelhen. Nadia Boehlen est porte-parole chez Amnesty International depuis juin 2011. Si elle se définit elle-même comme une adolescente qui « n’était pas politisée », elle a néanmoins obtenu un doctorat en Histoire et politique internationale à l’IHEID avant de commencer sa carrière auprès de Greenpeace. 

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