Lutte contre la radicalisation : marginalisation des musulmans

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La lutte contre la radicalisation, ou comment les méthodes anti-terroristes marginalisent les communautés musulmanes

Résumé de l’étude. Le 11 septembre 2001 a marqué le début d’une nouvelle ère dans la façon d’appréhender le terrorisme. En plus des mesures militaires entreprises, des lois d’exception ont été introduites progressivement dans les Etats occidentaux, restreignant les libertés fondamentales dans un souci de sécurité et de contrôle. Pointant du doigt les islamistes responsables d’une série importante d’attentats sous l’égide d’Al Qaeda puis d’ISIS, le but n’a rapidement plus été d’appréhender un suspect impliqué dans une activité terroriste mais également de comprendre comment et pourquoi il glisserait de la foi à la criminalité. Et c’est ici que l’on rencontre un point important de l’étude : la radicalisation. Cette notion est devenue centrale dans la façon de gérer le terrorisme en 2016. Les nombreuses violences dont ont été victimes les habitants des pays de l’Union européenne ou des Etats-Unis ont conduit à durcir les lois d’exception, étouffant à chaque fois plus les libertés fondamentales de chacun, plus particulièrement des musulmans.

Beaucoup de rapports des débuts ont tenté d’effectuer une sociologie et un profil-type des islamistes en devenir pour tenter de les intercepter avant qu’ils ne commettent des actes terroristes. Le point commun à tous les profils étaient d’être de culture musulmane, de souche ou convertie. C’est donc ici que les problèmes commencent et que les risques d’user de discrimination peuvent intervenir. Comment se radicalise-t-on ? Quel est le processus ? Des lieux sont-ils propices à cette tendance ? Comment les contrer ? Ces questions sont celles que se sont posées les autorités étatiques afin d'en faire le socle de politiques antiterroristes parfois controversées.

Analysant plusieurs documents qui parlent de la radicalisation en prison, dans les mosquées ou par l’intermédiaire d’Internet, Chloé Guille démontre que ces lieux n’expliquent que partiellement ce phénomène et qu’il est en réalité difficile d’observer la radicalisation parce qu’elle appartient principalement à une sphère individuelle et personnelle, le processus ne pouvant etre identique pour chacun. Par conséquent, les politiques actuelles qui tendent à vouloir construire une hyper-sécurité se basent sur une réflexion homogénéisante du processus de radicalisation et se font au détriment des droits fondamentaux, pouvant alors engendrer une marginalisation de certains individus qui, par un effet de cercle vicieux, pourraient tendre et s’intéresser à ce que les gouvernements veulent combattre.

 

Cette étude fait partie d'un ensemble de recherches menées par des chercheurs du CIPADH et sera bientôt disponible en version imprimée dans une revue intitulée "Les Perspectives du CIPADH."

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