#MeToo : Que dit la presse un an après ?

Il y a un an, l’affaire Harvey Weinstein a bouleversé l’industrie du cinéma américain. Dénonçant les agressions et harcèlement sexuels commis par ce dernier, les victimes sont finalement sorties de leur silence. De là, a émergé le mouvement de libération de la parole des femmes, #MeToo, permettant à nombreuses d’entre elles de témoigner les injustices dont elles ont été victimes. Devenu très rapidement un phénomène mondial, #MeToo réunira avec succès les femmes de milieux divers et variés.  Un an après son émergence, la presse revient sur l’avancée de ce mouvement devenu désormais culte. 

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#MeToo - Source : Pixabay

L'émergence du mouvement #MeToo

Le Figaro mentionne que tout a commencé le 5 octobre 2017, lorsque le célèbre quotidien américain, The New York Times, publie une enquête accusant le producteur le plus primé d’Hollywood, Harvey Weinstein, de multiples allégations de harcèlement sexuel. Celui-ci aurait en effet acheté le silence de huit femmes pour éviter que sa carrière ne soit ruinée. Or, les jours suivants, les témoignages des victimes n’ont cessé de s’accumuler provoquant le licenciement de son entreprise ainsi que son exclusion à l’Académie des Oscars. Finalement, le 15 octobre 2017 naîtra le mouvement d’émancipation féminine, #MeToo, lancée par l’actrice Alyssa Milano via son compte Twitter. Repris de Tarana Burke, qui fut la première à inaugurer ce mouvement en 2007, Alyssa Milano invite les victimes de harcèlement sexuel à sortir de leur silence en témoignant avec l'hashtag MeToo [1]. Depuis, comme l’indique The Washington Postce mouvement est devenu un phénomène planétaire à travers sa reprise dans les différents pays : #BalanceTonPorc en France, #QuellaVoltaChe en Italie, #YoTambien en Espagne ou encore #AnaKaman dans les pays arabes [2]. Le magazine The New Yorker précise, quant à lui, que le monde médiatique et tout particulièrement journalistique a contribué fortement à la propagation de ce mouvement [3]

 

Des années de silence finalement brisées

Pourquoi a-t-il fallu autant d’années pour que les victimes témoignent ouvertement ? Le quotidien suisse, Le Temps, est revenu sur cette question en relayant les propos de personnalités travaillant dans l’industrie du cinéma américain. L’explication majeure qui ressort du témoignage de la productrice et écrivaine, Linda Kruse, est l’évolution de l’industrie du cinéma. En effet, elle explique que dans les années 80-90, on y comptait que très peu de figures puissantes au sein d’Hollywood [4]. Ainsi, les femmes victimes d’agressions sexuelles par un homme aussi puissant que Harvey Weinstein manquait de courage à témoigner par crainte d’être « blacklisté ». Or, ce n’est dorénavant plus le cas car l’avènement de nouvelles boîtes de productions offrent davantage d’opportunités pour ces dernières dans le monde cinématographique américain [5]. Petit à petit les dénonciations des victimes ont commencé à voir le jour. Ainsi avec l'effet boule de neige, une certaine solidarité féminine va apparaître permettant à celles-ci de sortir de leur silence. 

 

Que condamne le mouvement #MeToo ?

The New Yorker considère ce mouvement comme « une campagne décentralisée contre la violence et les abus liés au genre ». Ainsi, selon lui, #MeToo s’est répandu pour dénoncer les abus sexuels dont les auteurs sont des hommes de pouvoirs issus des médias, de la politique, des directions d’entreprises ainsi que de nombreux autres domaines [6]Il est donc à noter que ce mouvement va bien au-delà de la lutte contre le harcèlement sexuel. Comme le souligne aussi bien Le Temps que Libération#MeToo est avant tout un mouvement dénonciateur des inégalités de sexes et des inégalités salariales [7][8]. En effet, tant que les inégalités salariales persistent, les rapports de force dans les milieux professionnels demeureront toujours un problème. En outre#MeToo milite pour l’égalité salariale entre les hommes et femmes dans le but de mettre un terme à des années de domination masculine [9]

 

#MeToo : un phénomène planétaire

À travers plusieurs exemples, The Washington Post mentionne l’impact provoqué par le mouvement #MeToo au niveau planétaire. Le journal américain revient notamment sur les répercussions qu’a connues Londres, la Corée du Sud ou encore Israël dans le milieu politique. En effet, suite à l’accroissement des accusations de viols et agressions sexuelles par les victimes, de nombreuses personnalités politiques ont été retirées de leur fonction [10]. Mais encore, afin d’amener un changement, des initiatives ont également vu le jour dans certains pays.  Par exemple, en France, grâce à l’ampleur qu’a prise #MeTooune nouvelle loi a été introduite par la Ministre de l’égalité de genre interdisant l’intimidation des femmes dans l’espace public à travers la verbalisation du harcèlement de rue [11]. Néanmoins, le mouvement n’a pas été efficace partout dans le monde. En effet, en raison de la place des femmes dans certaines sociétés, de réelles avancées demeurent insignifiantes dans les pays tels que la Chine, la Russie ou l’Afrique sub-saharienne [12]. Mais encore, comme le mentionne la RFI, le mouvement qui se faisait timide dans certains pays commence tout juste à prendre de l’ampleur. Tel est le cas en Inde. À ce propos, la RFI ajoute que de nombreux rassemblements de femmes ont eu lieu tout récemment pour dénoncer les agressions sexuelles commis par des journalistes ainsi que des personnalités dans l’industrie du Bollywood et au sein du corps politique [13].

 

Un an après, quels sont les changements apportés par #MeToo  ?

À travers plusieurs témoignages, le journal français, le Monde a tenté de mettre en lumière ce que #MeToo à changer dans la vie de certains. Pour de nombreuses femmes ce mouvement est perçu comme une expérience personnelle devenue une expérience collective. En effet, grâce à celui-ci, ces dernières osent courageusement dénoncer les harcèlements dont elles ont été victimes. Une des témoins prétend même se sentir davantage légitime pour réagir [14]. Le quotidien français, Libération, partage également les mêmes arguments en précisant qu’il s’agit d’une révolution qui a permis aux femmes de s’exprimer aussi bien à titre personnel qu’au nom d’une collectivité [15]. En revanche, ce discours n’est pas tenu à l’unanimité. En effet, selon le Monde, certaines femmes estiment que #MeToo n’a rien changé étant donné que les agressions, le harcèlement sexuel ainsi que le sentiment d’insécurité qui s’y rattache, persistent toujours dans les espaces publics [16].

The Independent revient également sur l’inefficacité du mouvement dans le cadre de la poursuite des agresseurs. En effet, ce dernier évoque que « l'absence de poursuites résulte d'un conflit entre les valeurs de Me Too, qui encourage les victimes à se manifester des années, voire des décennies, après avoir été victimes d'abus et de harcèlement, et d'un système juridique exigeant des dénonciations rapides et des preuves tangibles » [17]. Cependant, le quotidien britannique, ajoute que malgré cette inefficacité, les victimes perçoivent leur prise de parole comme un effet thérapeutique [18].

Et enfin, le Journal de Montréal a évoqué l’impuissance du #MeToo face à la récente élection de Brett Kavanaugh à la Cour suprême alors même qu’il était accusé d’agressions sexuelles par plusieurs femmes. Dans ce cas précis, selon le quotidien québécois, l’espérance à de potentiels changements aux États-Unis ne sera donnée qu’aux prochaines élections qui se dérouleront le 6 novembre [19].

Ainsi, comme le mentionne le quotidien français, Libérationil est beaucoup trop tôt pour dire que le mouvement #MeToo ait apporté de réels changements notamment en ce qui concerne l’inégalité entre les sexes [20]. 

 

Par Kosala Karunakaran

 

Références :

[1] TRICHOT, Ludivine. (04.10.2018). « Affaire Harvey Weinstein : un an après, retour sur les grandes dates du scandale »,Le Figaro, Disponible en ligne : http://www.lefigaro.fr/cinema/2018/10/04/03002-20181004ARTFIG00014-affaire-harvey-weinstein-un-an-apres-retour-sur-les-grandes-dates-du-scandale.php(Consulté le 11.10.2018).

[2] ADAM, Karla et BOOTH, William. (05.10.2018). “A year after it began, has #MeToo become a global movement ?”, The Washington Post, Disponible en ligne: https://www.washingtonpost.com/world/a-year-after-it-began-has-metoo-become-a-global-movement/2018/10/05/1fc0929e-c71a-11e8-9c0f-2ffaf6d422aa_story.html?noredirect=on&utm_term=.a4e5507446fa. (Consulté le 11.10.2018).

[3] REMNICK, David. (10.10.2018). « One year on from #MeToo, sexual misconduct prosecutations are still rare in Hollywood », The New Yorker, Disponible en ligne: https://www.newyorker.com/news/news-desk/one-year-of-metoo(Consulté le 12.10.2018).

[4] GOBBO, Stéphane. (05.10.2018). « Un an après Weinstein: #MeToo suffira-t-il à changer Hollywood ? », Le Temps, Disponible en ligne : https://www.letemps.ch/culture/un-an-apres-weinstein-metoo-suffiratil-changer-hollywood(Consulté le 11.10.2018).

[5] Ibid.

[6] REMNICK, David. (10.10.2018). « One year on from #MeToo, sexual misconduct prosecutations are still rare in Hollywood », The New Yorker, Disponible en ligne: https://www.newyorker.com/news/news-desk/one-year-of-metoo(Consulté le 12.10.2018).

[7] PERROT, Michelle. (10.10.2018). « Michelle Perrot : l’histoire de #MeToo ne fait que commencer », Libération, Disponible en ligne : https://www.liberation.fr/debats/2018/10/10/metoo-l-histoire-ne-fait-que-commencer_1684551. (Consulté le 11.10.2018).

[8] GOBBO, Stéphane. (05.10.2018). « Un an après Weinstein: #MeToo suffira-t-il à changer Hollywood ? », Le Temps, Disponible en ligne : https://www.letemps.ch/culture/un-an-apres-weinstein-metoo-suffiratil-changer-hollywood. (Consulté le 11.10.2018).

[9] Ibid.

[10]ADAM, Karla et BOOTH, William. (05.10.2018). “A year after it began, has #MeToo become a global movement ?”, The Washington Post, Disponible en ligne: https://www.washingtonpost.com/world/a-year-after-it-began-has-metoo-become-a-global-movement/2018/10/05/1fc0929e-c71a-11e8-9c0f-2ffaf6d422aa_story.html?noredirect=on&utm_term=.65d1d19aae45(Consulté le 11.10.2018).

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] RFI. (09.10.2018). « Harcèlement sexuel: le mouvement #MeToo commence à émerger en Inde », RFI, Disponible en ligne : http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20181009-inde-harcelement-sexuel-metoo-femmes(Consulté le 12.10.2018).

[14] BOUANCHAUD, Cécile. (05.10.2018). « "Je me sens plus légitime à réagir à des regards appuyés": des témoignages de l’an I de #metoo », Le Monde, Disponible en ligne : https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/10/05/violences-sexuelles-un-an-apres-l-affaire-weinstein-le-chemin-est-encore-long_5364924_3224.html. (Consulté le 11.10.2018).

[15] PERROT, Michelle. (10.10.2018). « Michelle Perrot : l’histoire de #MeToo ne fait que commencer », Libération, Disponible en ligne : https://www.liberation.fr/debats/2018/10/10/michelle-perrot-l-histoire-de-metoo-ne-fait-que-commencer_1684551(Consulté le 11.10.2018).

[16] BOUANCHAUD, Cécile. (05.10.2018). « "Je me sens plus légitime à réagir à des regards appuyés": des témoignages de l’an I de #metoo », Le Monde, Disponible en ligne : https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/10/05/violences-sexuelles-un-an-apres-l-affaire-weinstein-le-chemin-est-encore-long_5364924_3224.html(Consulté le 11.10.2018).

[17] DALTON, Andrew. (08.10.2018). « One year on from #MeToo, sexual misconduct prosecutations are still rare in Hollywood », The Independent, Disponible en ligne: https://www.independent.co.uk/news/world/americas/me-too-hollywood-sexual-misconduct-prosecutions-weinstein-cosby-spacey-a8572066.html. (Consulté le 12.10.2018).

[18] Ibid.

[19] LÉGER, Philippe. (09.10.2018). « Un après #MeToo : Brett Kavanaugh »,le Journal de Montréal, Disponible en ligne : https://www.journaldemontreal.com/2018/10/09/un-an-apres-metoo-brett-kavanaugh.(Consulté le 12.10.2018).

[20] PERROT, Michelle. (10.10.2018). « Michelle Perrot : l’histoire de #MeToo ne fait que commencer », Libération, Disponible en ligne : https://www.liberation.fr/debats/2018/10/10/michelle-perrot-l-histoire-de-metoo-ne-fait-que-commencer_1684551(Consulté le 11.10.2018).

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