Mutilation génitale féminine : où en sommes-nous ?

ACTUALITÉ – Le 6 février est marqué par la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF). En cette année 2017, le thème de l’ONU est: « Bâtir un pont solide et interactif entre l'Afrique et le monde afin d'accélérer l'abandon des mutilations génitales féminines ».[1] En effet, cette pratique est courante dans certains pays africains où plus de 50% des jeunes filles sont mutilées,[2] allant jusqu’à 98% dans des pays comme la Somalie.[3] Qu’entend-on par mutilation génitale féminine ? Pourquoi l’ONU et bon nombre d’ONG font-ils campagne pour que cette coutume ne cesse ? Où en sommes-nous actuellement ? Eclairage !

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Photo publicitaire pour de la fin de la mutilation génitale féminine - source : ONU

La mutilation génitale féminine, c’est quoi ?

L’ONU définit très clairement la MGF comme « l’ensemble des interventions qui consistent à altérer ou à léser les organes génitaux de la femme pour des raisons non médicales ».[4] Leur page Internet dédié à ce phénomène explique également que c’est une discrimination envers les femmes ainsi qu’envers les enfants, étant donné que l’excision est majoritairement pratiquée sur des jeunes filles avant l’âge de 15 ans.[5]

Il y a plusieurs types de mutilations différentes. Il est important de souligner que ces interventions ne sont pas élaborées à des fins médicales mais sont au contraire préjudiciables pour la vie des patientes [6] :

Parmi les risques encourus, les jeunes filles peuvent subir des douleurs importantes, des infections urinaires à répétition, des difficultés lors de l’accouchement ou la mort, notamment lorsque la pratique n’est pas exécutée par un professionnel de la santé.

 

Quels pays ? Quelles raisons ?

La MGF est majoritairement pratiquée dans certains pays africains. Près de 92 millions de jeunes filles au moins âgées de dix ans ont subi une intervention de la sorte en Afrique, alors qu’il y en aurait 200 millions dans le monde.[7] D’autres pays en Asie et au Moyen-Orient perpétuent cette tradition, comme en avait informé le CIPADH en août 2016, à propos du Daghestan, cette république russe. Néanmoins, l’ONU rappelle que les pays européens et les Etats-Unis ne sont pas épargnés en raison de « certaines communautés d'immigrants ».[8] Cette information rappelle que ce combat est international et se doit d’être mené dans le monde en raison de la discrimination qu’elle induit et du danger pour les jeunes filles. 

Veuillez prendre connaissance du tableau ci-dessous pour le taux de pratique des MGF dans le monde.

Source : http://www.womanstats.org/substatics/femalegenitalcutting_2015_2corrects...

Si aucunes raisons médicales ne sont invoquées, pourquoi cette pratique ?

Les raisons sont diverses et changent en fonction des pays. Il y a l’argument social, religieux ou culturel. En effet, une des raisons invoquées est qu’il faut préparer les jeunes filles à devenir des femmes respectables. Une autre idée est que l’ablation de ces organes génitaux permettrait de protéger les jeunes filles de la pratique d’actes sexuels « inappropriés ».[9] The Indian Express a également fait part de certaines raisons et a expliqué que les MGF sont perçues comme un rite de passage ou une amélioration de l’hygiène.[10] Basée sur la documentation de plusieurs ONGs, le journal rappelle que cette pratique est avant tout un moyen de « contrôler les pratiques sexuelles des femmes ».[11] 

Comme le souligne l’UNICEF dans un rapport à ce sujet :

 

Considérations finales : quelles actions possibles ?

L’UNFPA, le fonds des Nations unies pour la population, et l’UNICEF travaillent en collaboration depuis 2008 afin d’éradiquer cette pratique. Ils mènent une action conjointe et travaillent avec des chefs de communauté afin de convaincre quant à l’abandon de cette pratique. Ils ont également poussé les Nations unies à s’intéresser à ce sujet et à se pencher dessus pour qu’il devienne une priorité.[12] Certains de ces objectifs sont atteints mais les efforts doivent être maintenus. En effet, nous sommes actuellement loin de la tolérance zéro. Les efforts de la société civile et des organisations internationales doivent se maintenir. L’intervention des gouvernements, notamment ceux qui voient de telles pratiques dans leur pays, est également essentielle. Au Burkina Faso par exemple, la sensibilisation semble fonctionner puisque le taux de MGF sur des enfants de moins de 14 ans a diminué et le nombre de dénonciation a augmenté.[13] Il y a encore de nombreux défis liés à cette question mais des étapes importantes ont déjà été entamées. Et ce n’est pas fini !

Dans le cadre des objectifs de développement durable, l’objectif n°5 a pour but d’assurer l’égalité des sexes, notamment en mettant fin à cette pratique. Alors que 200 millions de femmes sont concernées par ces ablations, il est important, à l’occasion de cette journée, d’en parler, de sensibiliser et de dénoncer ces pratiques afin de les voir se réduire, puis disparraitre, partout dans le monde.

 

Notes de bas de page

[1] ONU (2017), « Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, 6 février ». Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/femalegenitalmutilationday/ 

[2] IBID

[3] IBID

[4] IBID 

[5] IBID

[6] ONU (2017), « Mutilations génitales féminines ». Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/femalegenitalmutilationday/background.shtml 

[7] IBID

[8] IBID

[9] IBID

[10] Reuters (30 janvier 2017), The Indian Express, « In parts of Asia and Middle East, female genital mutilation a hidden ritual ». Disponible sur : http://indianexpress.com/article/world/in-parts-of-asia-and-middle-east-...

[11] IBID

[12] UNFPA (2017), « Le Programme conjoint sur les mutilations génitales féminines/l’excision ». Disponible sur : http://www.unfpa.org/fr/le-programme-conjoint-sur-les-mutilations-g%C3%A...

[13] Madame la Ministre de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la Famille (3 février 2017), lefaso.net, « Journée internationale « tolérance zéro aux mutilations génitales féminines » ». Disponible sur : http://lefaso.net/spip.php?article75600 

 

Par Sonia Rodríguez - Coordinatrice de projets au CIPADH

Les deux tableaux ci-dessus ont été réalisés par Sonia Rodríguez d'après les données du site de l'ONU

 

Webographie

Madame la Ministre de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la Famille (3 février 2017), lefaso.net, « Journée internationale « tolérance zéro aux mutilations génitales féminines » ». Disponible sur : http://lefaso.net/spip.php?article75600

ONU (2017), « Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, 6 février ». Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/femalegenitalmutilationday/

ONU (2017), « Mutilations génitales féminines ». Disponible sur : http://www.un.org/fr/events/femalegenitalmutilationday/background.shtml

Reuters (30 janvier 2017), The Indian Express, « In parts of Asia and Middle East, female genital mutilation a hidden ritual ». Disponible sur : http://indianexpress.com/article/world/in-parts-of-asia-and-middle-east-...

UNFPA (2017), « Le Programme conjoint sur les mutilations génitales féminines/l’excision ». Disponible sur : http://www.unfpa.org/fr/le-programme-conjoint-sur-les-mutilations-g%C3%A...

 

 

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