Ouverture de la 38ème session du Conseil des droits de l’homme (CDH)

La 38ème session du Conseil des droits de l’homme (CDH) s’est ouverte ce lundi 18 juin 2018 à Genève. Le Centre International pour la Paix et les Droits de l’Homme (CIPADH) revient sur les thèmes discutés lors des premières séances.

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Nikki Haley, ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, Conseil des droits de l’homme (Genève), juin 2017 – Source : Eric Bridiers

Le Retrait des États-Unis

Mardi, la session fut marquée le retrait des États-Unis de cet organe onusien par la voix de l’ambassadrice américaine auprès de l’ONU, Nikki Haley, qui a accusé le Conseil d’hypocrisie. En effet, selon elle, le conseil se focalise d’une manière outrancière sur Israël, tout en prenant soin de ne pas examiner les « régimes les plus inhumains » [1]. Ce retrait fait suite à une demande de réforme de cet organe qui fut créé en 2006. L’une des demandes des États-Unis était le droit d’exclure les États-membres commettant de graves violations des droits de l’homme à la majorité simple, et non à la majorité des deux tiers [2].

La plupart des États-membres et des ONG ont déploré l’attitude de l’administration américaine. En réponse au retrait américain, la délégation britannique, à travers la voix de Matthew Forman, a exprimé que le Royaume-Uni tout comme les États-Unis partageaient les mêmes idéaux, cependant les britanniques ont estimé que le meilleur moyen d’influencer l’action du CDH est de rester en son sein.

 

La liberté d’expression en ligne

Mercredi, le conseil s’est réuni pour discuter les questions en lien avec la liberté d’expression sur internet. Le rapporteur spécial de l’ONU pour la protection de la liberté d’opinion et d’expression, David Kaye, a expliqué pourquoi l’encadrement de la liberté d’expression en ligne constitue une question complexe.

Selon lui, certaines dispositions en faveur des utilisateurs sont nécessaires. Néanmoins, il met en garde les États à ne pas mettre en place une régulation trop poussée du contenu sur internet. En effet, étant donné que les plateformes permettant une diffusion du contenu en ligne sont de plus en plus populaires, il est nécessaire que la population utilisant de telles plateformes puisse s’exprimer le plus librement possible.

Monsieur Kaye met en garde les sociétés privées diffusant des contenus en ligne à ne pas censurer automatiquement les propos des utilisateurs. En effet, selon lui, les propos homophobes et racistes existent, mais les mots entourant de tels propos peuvent aussi être utilisés pour dénoncer les discours extrémistes. Ainsi, David Kaye affirme que le « contexte » doit être pris en compte par les sociétés privées.  Pour le dire d’une manière différente, une censure automatique amènerait une situation dans laquelle l’extrémiste serait mis sur un pied d’égalité avec l’activiste des droits humains.

 

La guerre contre la désinformation

Enfin, le rapporteur a émis des réserves sur la guerre contre la désinformation, et plus particulièrement sur la promotion de la « véritable » information par les sociétés privées.

Selon David Kaye, les cours de justice ne doivent pas « sous-traiter »  l’évaluation de la véracité d’un propos à des acteurs privés. En effet si de tels acteurs se mettaient à dire ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, le pouvoir judiciaire n’aurait plus rien à faire. En d’autres mots, les pouvoirs publics n’auraient plus rien à dire avec une législation donnant plus de droits aux sociétés privés.

Néanmoins, certaines ONG ont mis en lumière les risques qu’implique la désinformation. Par exemple, il a été soulevé que les acteurs privés et publics peuvent utiliser la désinformation et les « fake news » pour délégitimer des opposants politiques, des activistes et des journalistes. En effet, avec les progrès des logiciels de traitement d’image, il devient de plus en plus facile de diffuser des fausses images. Par exemple, la Fédération internationale des journalistes a mis en lumière que des femmes iraniennes travaillant en tant que journalistes dans cette organisation furent victimes d’une campagne de diffusion de fausses informations pour déligitimer leurs propos.

 

 Par Alvaro Candia Callejas

 

 

 

[1] BRUSSARD, Stéphane. (2018, 20 Juin) « Les Etats-Unis quittent le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Suisse « regrette » », Le Temps. Disponible : https://www.letemps.ch/monde/etatsunis-quittent-conseil-droits-lhomme-lonu-suisse-regrette.

 

[2] WROUGHTON, Lesley. NICHOLS, Michelle. (2018, 19 Juin) « U.S. quits U.N. human rights body, citing bias vs. Israel, alarming critics”, Reuters. Disponible: https://www.reuters.com/article/us-un-rights-usa/u-s-to-pull-out-of-u-n-human-rights-body-source-idUSKBN1JF24X.

 

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