Photographie de guerre : un témoignage pour la paix ?

Actualités.- Mercredi 16 septembre le CIPADH, en collaboration avec Paris Match et la Maison Européenne de la Photographie, ont organisé une table ronde sur le thème de la photographie de guerre et son rôle dans la promotion de la paix.

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Les intervenants durant la Conférence : Alvaro Canovas, Régis Le Sommier, Valérie Gorin et Marc Brincourt.

Modéré par Régis Le Sommier, directeur adjoint de Paris Match, le débat a réuni plusieurs intervenants, dont Marc Brincourt, directeur de la photographie chez Paris Match, Valérie Gorin, docteure en communication et sciences des médias à l'Université de Genève et Alvaro Canovas, photo-reporter pour Paris Match.

Lorsque l'on pose la question de savoir si une photo peut changer l'histoire, il faut se demander comment elle a été pensée par le photographe, d'un côté, et comment elle a été reçue par le public, de l'autre. C'est lors de la seconde guerre mondiale que l'on verra apparaître les premiers clichés de guerre, dont le plus célèbre est celui intitulé « The face in the surf », pris par l'illustre photojournaliste Robert Capa. Contrairement aux photos de guerre à but propagandiste qui servent à justifier la guerre, cette photo fut l'une des premières à être prise sur le vif, sans mise en scène, afin de sensibiliser l'opinion public à la dureté du combat. Une manière donc de faire réagir la population.

Mais c'est lors de la guerre du Vietnam que le photojournalisme atteindra son âge d'or. En effet, fort de leurs succès lors de la guerre de Corée et la Seconde guerre mondiale, les États-Unis vont laisser les photo-reporters suivre les troupes partout, sans restriction ni censure, ce qui leur permettra d'influencer l'opinion publique américaine. Ce sera donc un formidable laboratoire de découvertes pour les photographes sur place.
Or le Vietnam sera aussi un moment de rupture pour le photojournalisme. En effet, alors que les rédactions étaient de manière générale pro-guerre et rejettaient les clichés qui pourraient montrer que la guerre est perdue, leurs journalistes sur le terrain vont relater les horreurs dont ils sont témoins et l'on verra apparaître des photos avec des victimes civiles, dont la plus connue est celle de la petite fille brûlée au Napalm, prise par Nick Ut. Alors que l'opinion publique est habituée à voir des clichés de ses « boys » dans l'horreur de la guerre, c'est l'une des premières fois qu'elle sera confrontée à la souffrance de civils. Cette photo contribuera d'ailleurs au retrait des États-Unis de la guerre au Vietnam.

Les États-Unis l'ont bien compris, la photographie de guerre peut faire changer l'opinion publique. Les leçons du Vietnam ont été tirées, notamment concernant l'accès des photographes au combat. Les médias ont été pointés du doigt en étant accusés d'avoir contribué à la perte du combat. Ainsi, si l'on prend la Guerre du Golfe, par exemple, elle sera symbolisée par une politique de zéro photos. Un grand pas en arrière pour la liberté d'information.

Alors à la question de savoir si la photographie de guerre peut contribuer à la paix, il semble opportun de répondre par l'affirmative. Alors qu'elle a été et sera probablement toujours utilisée dans un but propagandiste par les États, nous avons pu voir qu'elle a été un moyen de faire changer l'opinion publique. Les effets du photojournalisme de guerre sont donc a double tranchant.  Or comme l'a très bien résumé Régis Le Sommier, « un conflit non-couvert est bien pire qu'un conflit couvert. »

 

Pour revoir la vidéo de la conférence, cliquez ici.

 

Alexandre Binz 

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