Prix Martin Ennals 2015

ACTUALITES.- Mercredi 6 octobre 2015, s’est tenue à Genève la cérémonie de remise du Prix Martin Ennals qui récompense chaque année un défenseur ou une défenseuse des droits humains. Cette distinction vise à rendre publique les actions des personnes qui se battent pour les droits humains, en sensibilisant l’opinion publique aux nombreuses violations de ces derniers. Cette année, le prix fut décerné à l'Emirati Ahmed Mansoor. La Guinéenne, Asmaou Diallo et le Birman Robert Saan Aung ont été les deux autres finalistes récompensés. Soutenu par la ville de Genève, le Prix Martin Ennals existe depuis 1993. 

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C’est Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, partenaire du Prix Martin Ennals, qui a débuté la cérémonie, rappelant que Genève est depuis longtemps, une ville d’organisations internationales, une ville qui se doit donc de propager des valeurs de paix et de démocratie, et de défendre activement les droits humains. Cela dit, même si des progrès ont été faits depuis le début du siècle, lorsque les pires atrocités se déroulaient sur sol européen, il reste encore beaucoup d’efforts à faire de la part de la communauté internationale. Comme l’a rappelé Micheline Calmy-Rey, présidente de la fondation Martin Ennals, « Même si des normes existent déjà pour sanctionner les violations des droits humains, l'existence de traités internationaux ne veut pas dire qu'ils soient respectés ».

Seuls deux finalistes sur trois étaient présents à la cérémonie. En effet, le lauréat Ahmed Mansoor n’a pu s’y rendre car il est actuellement interdit de voyage par son Etat, les Emirats Arabes Unis, en conséquence de ses activités de défense des droits humains. A ce sujet Flavia Pansieri, ancienne Haut-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme, a appelé les Emirats Arabes Unis à rendre son passeport à monsieur Mansoor afin qu’il puisse continuer son combat en faveur des droits humains. Encore trop de pays pratiquent le harcèlement vis-à-vis de ces défenseurs des droits fondamentaux, les emprisonnant, les torturant, ou même dans les pires cas, les éliminant. Elle regretta que l’énergie déployée par les Etats pour penser et adopter des lois répressives ne soit pas utilisée pour défendre les droits humains. Enfin, elle a lancé un appel à la solidarité en affirmant que « les défenseurs des droits humains sont parmi les plus braves d’entre nous » et que de ce fait « notre devoir est d’être solidaires, de les soutenir en tant que communauté internationale ».

Durant la cérémonie, les témoignages des nominés ont été projetés devant le public, un moment riche en émotions. On retiendra notamment le récit d'Asmaou Diallo, dont le fils a été tué lors du massacre du 28 septembre dans le stade de Conakry, en Guinée, lors duquel, les soldats de l’ex-junte du capitaine Moussa Dadis Camara ont ouvert le feu sur une foule qui manifestait de manière pacifique. Depuis, Diallo défend les victimes du massacre, et à travers son ONG AVIPA, elle a réussi à faire condamner plusieurs responsables du carnage, donnant un nouvel élan à la lutte contre l’impunité dans son pays.

Robert Saan Aung, quant à lui, a été maintes fois emprisonné pour son activisme en faveur des droits de l’homme. Il a perdu le contact avec la plupart de sa famille à cause de la peur des représailles de l’Etat et lorsqu’on lui demande quelle est la situation des défenseurs des droits de l’homme au Myanmar, il nous répond : « Lorsque l’on se lance dans la défense des droits de l’homme, on doit renoncer à tout le reste ». Lors de son discours, il a affirmé que le fait d’avoir été nominé parmi les trois finalistes constituerait un soutien important pour lui permettre de mener ses missions à bien, dans la sécurité.

Enfin, à travers une vidéoconférence, nous avons pu entendre le témoignage du lauréat Ahmed Mansoor, qui depuis sa résidence nous a fait part de son incompréhension face à la politique répressive des Emirats Arabes Unis envers les défenseurs des droits humains. Encore trop de personnes disparaissent, sont torturées pour avouer de force des actes qu’ils n’ont pas commis. Les défenseurs des droits humains deviennent des parias dans la communauté car ils sont dépeints par les médias pro-gouvernementaux comme antipatriotiques. Pour conclure il a émis l’espoir que la distinction qu’il a reçue permettrait de montrer au monde qu’il subsiste d’importants problèmes concernant les droits de l’homme dans son pays et qu’à terme, les abus seront investigués et punis.

Chaque année le jury du Prix Martin Ennals promeut les trois nominés à l'international pour faire connaître et protéger leur œuvre. Pour conclure la cérémonie, Sandrine Salerno, conseillère administrative de la ville de Genève, a réaffirmé la volonté de Genève de continuer de soutenir de manière forte le Prix Martin Ennals et a appelé à continuer de se mobiliser, à apporter un soutien aux personnes qui défendent les droits de l’homme dans le monde.

 

Alexandre Binz

Assistant de recehreche au CIPADH

 

 

 

 

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