Réfugiés syriens au Liban : un oubli ?

ACTUALITE - Cet article commencera par énoncer et rappeler les faits généraux concernant les relations entre la Syrie et le Liban avant de mettre en avant les lourdes conséquences découlant de la présence de nombreux réfugiés syriens au Liban et les recommandations proposées pour améliorer cette situation. 

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Réfugiés syriens au Liban - source: Flickr

Relations entre la Syrie et le Liban

Les relations politiques, économiques, sociales et culturelles présentent entre ces deux pays remontent à la naissance du Liban et sont très lourdes en complications. La Syrie a été impliquée durant la guerre civile libanaise entre les années 1975 et 1990. Elle était présente sur le territoire et combattait aux côtés de différents groupes. Le Liban a été mis sous tutelle de la Syrie pendant plusieurs années, n’aidant pas l’amélioration de la situation nationale. Depuis le début de la guerre civile en Syrie il y a plus de 6 ans, les Syriens se réfugient au Liban, pays limitrophe et facile d’accès. Aujourd’hui, entre un habitant sur trois (1) et un habitant sur quatre (2) au Liban est un réfugié syrien. La situation se dégrade peu à peu entre les deux peuples et les solutions pour y remédier ne sont pas nombreuses.

Conséquences de l’arrivée massive de réfugiés syriens au Liban

Le Liban est un très petit pays (quatre fois plus petit que la Suisse) qui se trouve actuellement face à des défis de développement assez importants. Il comporte donc déjà de nombreux problèmes nationaux de grande ampleur et peine à les régler. L’importante présence de réfugiés syriens sur son territoire aggrave grandement cette situation. En effet, une pression importante est exercée sur la capacité à les accueillir et les Libanais ont développé une inquiétude face à l’aide insuffisante de la communauté internationale. De nombreux médias exposent la situation délicate des pays européens dans le processus d’accueil mais il est bon de rappeler que le Liban est le deuxième pays accueillant le plus de réfugiés syriens (près d’un tiers de la totalité des réfugiés) (3) et que les défis face à cette charge démographique sont importants pour un tel pays (4). Le Liban est un pays déjà trop petit et pauvre pour remédier seul à cette situation.  Ces éléments ont pour conséquence que les réfugiés dépendant pratiquement entièrement de l’aide de la communauté internationale, qui baisse avec l’augmentation du nombre de réfugiés (5).

Recommandations proposées

Plusieurs recommandations, provenant principalement d’un rapport complet rédigé par le Haut-Commissariat pour les Réfugiés(6), ont été proposées afin d’améliorer cette situation. Celui-ci stipule qu’il faudrait tout d’abord trouver davantage de moyens pour que les réfugiés deviennent peu à peu indépendant financièrement en leur offrant, par exemple, plus l’accès aux emplois tout en respectant et protégeant le marché du travail libanais. Afin d’optimiser cette recommandation, il est impératif d’adapter les propositions d’emplois en fonction des talents et de l’éducation de chacun. Un grand nombre de réfugiés ont de bonnes qualifications dans des domaines précis.

Ensuite, il faudrait se concentrer et rendre l’aide prioritaire envers les logements temporaires dont les conditions peuvent être qualifiée de dégradantes.  Ces logements ne respectent pas les conditions minimums de vie et d’hygiène que les êtres humains devraient recevoir et entrainent donc, entre autre, des problèmes de santé qu’il faudrait également régler.

L’éducation des enfants ainsi que leur protection devrait aussi faire partie des problèmes à surmonter rapidement, étant donné que cela pourrait être un facteur favorable à la résolution définitive du conflit à long terme. En effet, des enfants grandissant dans un environnement non adapté, pauvre et violent ne favoriseront aucunement le développement stable de la région conflictuelle. Ceci va de pair avec la nécessité d’aider les ménages concernant l’approvisionnement de nourriture et de besoins basiques, sinon les enfants se retrouvent à mendier dans les rues ou travailler illégalement dans des conditions déplorables. Plus de 84% des réfugiés syriens adolescents ne vont pas à l’école. Il est important  de développer l’éducation dans le pays pour les enfants réfugiés afin d’encourager et améliorer le bien-être général ainsi que de respecter les conventions internationales de la protection du droit des enfants.

Des moyens de communications plus performants entre réfugiés et organisations leur fournissant de l’aide doivent être développés afin de pouvoir améliorer plus rapidement et efficacement leur situation en fonction de leurs besoins.

Si l’ensemble des recommandations impliquent un investissement financier conséquent, ainsi qu’une volonté politique parfois questionnable, il faut souligner que certaines idées demandent un effort plus minime et que des conséquences positives pourraient en découler. Après plus de 6 ans de conflit, il est temps que la communauté internationale continue les efforts entamés et consacre une attention particulière aux pays avoisinants le conflit, qui croulent sous l’intensité de l’arrivée des réfugiés et qui n’ont pas les moyens financiers, organisationnels et adaptés d’offrir un accueil pouvant au moins attendre le seuil du minimum vital. Les conséquences de ce manque de moyens sont également critiques car les tensions entre les deux communautés augmentent de manière alarmante et met en danger une grande partie de la population(7), surtout depuis le meurtre récent d’une jeune femme libanaise de 26 ans par son concierge syrien qui a entrainé des réactions violentes et des débats autour du renvoi des réfugiés (8).

 

Taline Bodart - Assitante de recherche pour le CIPADH

 

(1) Tribune de Genève, Le Liban demande de l’aide pour supporter le poids des réfugiés syriens. [en ligne]. (mis à jour le 05 avril 2017). Disponible sur < https://www.tdg.ch/monde/liban-demande-aide-supporter-poids-refugies-syr...> (consulté le 05/10/2017)

(2) Le Figaro, Réfugiés syriens : le Liban présente la facture à Bruxelles. [en ligne]. (mis à jour le 4 avril 2017). Disponible sur <http://www.lefigaro.fr/international/2017/04/04/01003-20170404ARTFIG0022...> (consulté le 05/10/2017)

(3) rfi. Liban : l’avenir sans espoir des refugiés syriens. [en ligne]. (mis à jour le 31 mars 2017). Disponible sur <http://www.rfi.fr/moyen-orient/20170330-liban-avenir-espoir-refugies-syr...> (consulté le 04/10/2017)

(4) Tribune de Genève, Le Liban demande de l’aide pour supporter le poids des réfugiés syriens. [en ligne]. (mis à jour le 05 avril 2017). Disponible sur < https://www.tdg.ch/monde/liban-demande-aide-supporter-poids-refugies-syr...> (consulté le 05/10/2017)

(5) Le Figaro, Réfugiés syriens : le Liban présente la facture à Bruxelles. [en ligne]. (mis à jour le 4 avril 2017). Disponible sur <http://www.lefigaro.fr/international/2017/04/04/01003-20170404ARTFIG0022...> (consulté le 05/10/2017)

(6) SLEIMAN Sara, SALTMARSH Matthew, Vulnerability assessment of Syrian refugees in Lebanon, [en ligne].  2016, 118p. Disponible sur: <http://data.unhcr.org/syrianrefugees/admin/download.php?id=12482> (consulté le 04/10/2017)

(7) L’Orient Le Jour, Réfugiés syriens : l’ONU appelle à plus de soutien pour le Liban et les pays d’accueil. [en ligne]. (mis à jour le 3 avril 2017). Disponible sur <https://www.lorientlejour.com/article/1044558/refugies-syriens-lonu-appe...> (consulté le 05/10/2017)

(8) L’Orient Le Jour, Sit-in à Zghorta pour réclamer le départ des réfugiés syriens. [en ligne]. (mis à jour le 5 octobre 2017). Disponible sur : <https://www.lorientlejour.com/article/1076404/sit-in-a-zghorta-pour-recl...> (consulté le 05/10/2017)

 

 

 

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