Résolution des conflits : du mécanisme onusien aux acteurs étatiques

ACTUALITE - La journée internationale pour la résolution des conflits, créée en 2005 par l’Association pour la Résolution des Conflits (ARC), offre au CIPADH l’occasion de se pencher sur les mécanismes de résolution des conflits au niveau international. A la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’Organisation des nations unies a été constituée afin de pacifier les relations internationales. Quelle est l’approche de l’ONU en matière de résolution des conflits ? Comment procède-t-elle pour proposer des solutions durables aux conflits ? D’autres acteurs peuvent-ils participer aux résolutions de conflit ? En effet, des Etats, tels que le Sultanat d’Oman, proposent des services de médiations visant à une pacification régionale. Comment ces méthodes s’exécutent-elles ?

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Drapeau blanc - source: Wikipédia

Le mécanisme onusien de résolution des conflits

En 1945, l’Organisation des Nations Unies a été créée afin de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » [1]. Afin de résoudre différents types de conflits et faire face aux menaces à la paix et la sécurité internationales, l’ONU a mis en œuvre des opérations de maintien de la paix. Ces opérations sont généralement déployées afin d’appuyer un cessez-le-feu ou un accord de paix plus global. Elles sont entreprises sur la base de mandats du Conseil de sécurité, en conformité avec la Charte des Nations Unies, et sont encadrées par le respect des droits de l’homme et du droit humanitaire international. La première mission de maintien de la paix a débuté en 1948, ayant comme objectif de préserver la trêve à la suite de la création d’Israël. Depuis, le nombre d’effectifs participant aux opérations a augmenté, ainsi que la complexité de ses opérations [2].


Le mécanisme onusien de résolution des conflits armés ne passe pas uniquement par des opérations de maintien de la paix, mais aussi par un éventail d’activités de paix et de sécurité. En 2008, les Nations Unies ont publié un document présentant les directives et les orientations des opérations de maintien de la paix, connu sous l’appellation de « doctrine Capstone » [3]. Ces activités sont considérées par l’ONU comme complémentaires et se renforçant mutuellement : le maintien de la paix consiste à préserver une paix, même très fragile, en soutenant surtout militairement l’observation d’un cessez-le-feu ; la prévention des conflits vise à empêcher que des différends intra ou interétatiques ne se transforment en conflits armés ; le rétablissement de la paix comprend les actions diplomatiques visant à encourager un accord négocié entre les partis d’un conflit en cours ; l’imposition de la paix relève de mesures coercitives, notamment militaires, autorisées par le Conseil de sécurité afin de maintenir ou rétablir la paix dans une situation où une menace pour la paix a été reconnue ; la consolidation de la paix renvoie aux mesures visant à créer les conditions structurelles à une paix durable [4].


Trois principes servent de « boussole » aux praticiens onusiens sur le terrain : « [a] le consentement des parties, [b] l’impartialité, [c] et le non recours à la force sauf en cas de légitime défense ou de défense du mandat » [5]. A ces principes de base, l’ONU ajoute l’importance de la légitimité et de la crédibilité des opérations, notamment par la population locale. L’établissement d’une paix durable nécessite également un redressement et un développement socioéconomique de la région touchée par le conflit. L’ONU ne disposant ni de l’expertise ni de fonds nécessaires pour ces programmes, elle s’appuie sur des partenaires du développement comme la Banque mondiale et le Fond monétaire international [6].


Alors que les opérations de maintien de la paix étaient traditionnellement militaires, consistant surtout à encadrer un cessez-le-feu ou à s’interposer dans une zone tampon, les transformations de l’environnement stratégique international ont favorisé l’émergence de nouvelles opérations dites « multidimensionnelles ». Jean-Marie Guéhenno, le Secrétaire-général adjoint aux opérations de maintien de la paix, explique qu’« au-delà de l’observation d’un cessez-le-feu, les opérations de maintien de la paix multidimensionnelles sont aujourd’hui appelées à faciliter un processus politique à travers la promotion du dialogue et la réconciliation nationale, à protéger la population civile, à appuyer le désarmement, la démobilisation et la réintégration des combattants, à fournir l’assistance électorale, à protéger et à promouvoir les droits de l’homme et, enfin, à aider au rétablissement de l’Etat de droit » [7].


Mais l’ONU n’est pas le seul acteur à participer aux mécanismes de résolution de conflits au niveau international. Certains acteurs étatiques jouent un rôle important de pacification des relations internationales. Situé au Sud de la péninsule d’Arabie, le Sultanat d’Oman propose des services de médiations particulièrement efficaces.

Les services de médiation du Sultanat d’Oman


Le 3 octobre, la collaboratrice du CICR Nourane Houas enlevée en décembre 2015 au Yemen a été libérée. Le CICR a « remercié tous ceux qui ont contribué à faciliter la libération de Mme Houas, en particulier Sa Majesté le sultan Qabous d’Oman » [8]. Depuis plusieurs décennies, le sultan Qabous d’Oman joue un rôle de médiateur discret mais efficace au Moyen-Orient. L’instabilité politique au Moyen-Orient est perçue depuis longtemps par les autorités d’Oman comme une menace pour sa stabilité interne [9]. Cette perception explique la volonté du Sultanat de promouvoir la négociation pacifique afin de résoudre les crises régionales. Mais cette position d’intermédiaire lui permet également de prévenir toute interférence extérieure dans sa politique intérieure [10].


Face à ses puissants voisins, le Sultanat d’Oman cherche à pacifier la région tout en préservant une politique étrangère indépendante. C’est notamment grâce à sa volonté de maintenir de bonnes relations avec tous les pays qu’il est parvenu à réunir une même table de négociation les Etats-Unis et l’Iran [11]. Cet exemple de diplomatie secrète a abouti à l’accord historique de novembre 2013 sur le nucléaire iranien [12].


Selon le politologue Marc Valeri, la politique indépendante de médiation du Sultanat à un coût : sa dépendance politique et militaire à l’égard de Londres et, dans une moindre mesure, de Washington [13]. Encore aujourd’hui, la Grande-Bretagne est le premier investisseur étranger à Oman et l’un de ses partenaires commerciaux principaux [14]. Si l’interprétation de Valeri est discutable, l’influence et la figure du Sultan ont néanmoins permis des négociations à plusieurs reprises entre des Etats arabes et occidentaux. Cet exemple particulier met en exergue l’influence que peuvent avoir certains Etats dans la négociation pour la résolution de conflits.


En conclusion, nous avons mis en évidence le mécanisme onusien de résolution des conflits ainsi que son approfondissement à travers des opérations de maintien de la paix dite « multidimensionnelles ». Cependant, d’autres acteurs participent également aux processus de résolution des conflits, à l’image du Sultanat d’Oman, qui propose des services de médiations visant une pacification des conflits régionaux et internationaux.


FL – Assistant de recherche au CIPADH



[1] NATIONS UNIES (1945, 26 juin). « La Charte des Nations Unies » [en ligne], URL: http://www.un.org/fr/charter-united-nations/index.html
[2] THE ECONOMIST (2016, 1er juin). « Daily chart. Who fights, and who pays for UN peacekeeping missions » [en ligne], URL: http://www.economist.com/blogs/graphicdetail/2016/06/daily-chart
[3] NATIONS UNIES (2008). « Opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Principes et Orientations. » [en ligne], URL: http://www.un.org/fr/peacekeeping/documents/capstone_doctrine_fr.pdf
[4] idem.
[5] idem.
[6] idem.
[7] idem.
[8] CICR (2016, 3 octobre). “Yémen: liberation d’une collaboratrice du CICR” [en ligne], URL : https://www.icrc.org/fr/document/yemen-liberation-dune-collaboratrice-du...
[9] VALERI Marc (2011, mars). « Oman’s mediatory efforts in regional crises », Norwegian Peacebuilding Resource Center [en ligne], URL: http://noref.no/var/ezflow_site/storage/original/application/c3f2474284d...
[10] idem.
[11] GRESH Alain (2016, 21 avril). « La diplomatie tranquille d’Oman dans un Golfe en ébullition », Orient XXI [en ligne], URL : http://orientxxi.info/magazine/la-diplomatie-tranquille-d-oman-dans-un-g...
[12] BARTHELE Benjamin (2013, 22 décembre). « Le rôle d’intermédiaire discret joué par Oman », Le Temps [en ligne], URL : https://www.letemps.ch/monde/2013/12/22/role-intermediaire-discret-joue-...
[12] idem.
[13] VALERI Marc (2011, mars). Op. cit. [ma traduction]
[14] OMAN OBSERVER (2016, 25 juillet). « Oman looking to woo UK investors » [en ligne], URL: http://omanobserver.om/oman-looking-to-woo-uk-investors/


Webographie

AFP (2015, 8 juillet). “Le role clé du sultanat d’Oman dans la libération de l’otage », Le figaro [en ligne], URL : http://www.lefigaro.fr/international/2015/08/07/01003-20150807ARTFIG0027...
ASSOCIATION FOR CONFLICT RESOLUTION (2015). « Conflict Resolution Day » [en ligne], URL: http://www.acrnet.org/
BARTHELE Benjamin (2013, 22 décembre). « Le rôle d’intermédiaire discret joué par Oman », Le Temps [en ligne], URL : https://www.letemps.ch/monde/2013/12/22/role-intermediaire-discret-joue-...
CICR (2016, 3 octobre). “Yémen: liberation d’une collaboratrice du CICR” [en ligne], URL : https://www.icrc.org/fr/document/yemen-liberation-dune-collaboratrice-du...
GRESH Alain (2016, 21 avril). « La diplomatie tranquille d’Oman dans un Golfe en ébullition », Orient XXI [en ligne], URL : http://orientxxi.info/magazine/la-diplomatie-tranquille-d-oman-dans-un-g...
NATIONS UNIES (1945, 26 juin). « La Charte des Nations Unies » [en ligne], URL: http://www.un.org/fr/charter-united-nations/index.html
NATIONS UNIES (2008). « Opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Principes et Orientations. » [en ligne], URL: http://www.un.org/fr/peacekeeping/documents/capstone_doctrine_fr.pdf
NATIONS UNIES. « Paix et sécurité » [en ligne], URL : http://www.un.org/fr/peacekeeping/operations/peace.shtml
OMAN OBSERVER (2016, 25 juillet). « Oman looking to woo UK investors » [en ligne], URL: http://omanobserver.om/oman-looking-to-woo-uk-investors/
RODRIGUEZ Sonia et ABIDI Hasni (2016, 4 octobre). « Oman : une autre géopolitique ans le monde arabe », Iris [en ligne], URL : http://www.iris-france.org/80834-oman-une-autre-geopolitique-dans-le-mon...
SHAW Martin (2009). « Conceptual and Theoretical Frameworks of Organised Violence » [en ligne], International Journal of Conflit and Violence, Vol. 3 (1), p. 100. URL: http://www.ijcv.org/index.php/ijcv/article/view/50
THE ECONOMIST (2016, 1er juin). « Daily chart. Who fights, and who pays for UN peacekeeping missions » [en ligne], URL: http://www.economist.com/blogs/graphicdetail/2016/06/daily-chart
VALERI Marc (2011, mars). « Oman’s mediatory efforts in regional crises », Norwegian Peacebuilding Resource Center [en ligne], URL: http://noref.no/var/ezflow_site/storage/original/application/c3f2474284d...

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