Retour de conférence : « Y a-t-il des valeurs universelles ? »

ACTUALITÉS – Lors du Festival Histoire et Cité sur le thème « Croire, faire croire », organisé par la Maison de l’histoire de l’Université de Genève, le CIPADH a eu l’occasion d’assister à une conférence intitulée « Y-a-t-il des valeurs universelles ? », avec pour intervenants :

-Olivier GRENOUILLEAU, historien, spécialiste de l’esclavage,

-Harald WYDRA, docteur en sciences sociales et politiques, spécialiste de la théorie démocratique et des politiques comparées,

-Valentine ZUBER, spécialiste de l’histoire des droits de l’homme,

et - Irène HERMANN, professeure associée à l’université de Genève, modératrice de la conférence.

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La conférence a commencé par l’intervention d’Irène Hermann et une définition des valeurs comme un concept auquel on attache une connotation morale, une subjectivité. Elle explique que lorsqu'on s'interroge sur l'universalité de ces valeurs, deux types se dégagent : temporelle et géographique. La question est donc de savoir si l’on peut observer une universalité de certaines valeurs et de savoir à quel degré ces valeurs sont universelles. Les historiens tendent principalement à dire que les valeurs ne sont pas universelles dans leur temporalité, c’est-à-dire que l’on ne retrouve pas une même valeur qui a traversé l’histoire. Cependant, aujourd’hui, avec l’avènement d’organisations internationales telles que l’Organisation des Nations Unies, on a une universalisation des valeurs au niveau mondial.

Le premier intervenant à prendre la parole, Olivier Grenouilleau, affirme qu’une valeur est toujours prise dans un contexte normatif. Il s’exprime sur la question de la naturalité, c’est-à-dire de l’émergence du droit naturel comme valeur universelle avec l’exemple des mouvements abolitionnistes. Les mouvements abolitionnistes prenaient comme point de départ de leur réflexion le droit naturel de l’homme, qu’ils considéraient comme devant s’appliquer à tous. Avant ces mouvements, on séparait le droit naturel, le droit divin ou encore les droits des hommes en société. Il y a un renversement de ce schéma de pensé avec les abolitionnistes. Le droit des gens se doit de découler du droit naturel. On décloisonne les différents types de droits pour les lier entre eux. Avec les mouvements abolitionnistes, on observe deux sources possibles du droit : le droit naturel et le droit divin. Deux morales sont à la base des mouvements anti-esclavage : une morale religieuse et une morale profane. Il y a donc ici deux sources d’universalités des valeurs abolitionnistes. L’universalité est donc relative.

Dans la logique des droits de l’homme, Valentine Zuber explique que ceux-ci se développent comme ayant à leur origine les droits naturels de l’homme, cependant selon les zones géographiques ou les périodes ces droits naturels peuvent être différents. De plus les sources des droits naturels sont différentes : dieu ou les hommes. Il y a donc différentes sources qui rendent l’universalité difficile. Cependant l’universalité des droits de l’homme n’est pas impossible : ces deux sources peuvent valoriser une même valeur, un même droit, comme pour le cas de l’abolition de l’esclavage puisque l’esclavage n’était ni conforme à la religion, ni conforme à la morale profane.

Harald Wydra nous explique qu’il y a eu longtemps concurrence entre plusieurs définitions de la démocratie. La valeur démocratie était donc universelle mais son contenu ne l’était pas : d’un côté, la démocratie devait être fondée sur l’auto-détermination des peuples, d’un autre côté, du côté de la Russie, on a une révolution considéré comme démocratique car anti-élites. Cependant, la fin de la guerre froide va consacrer la démocratie libérale comme valeur universelle. Mais cette consécration de la démocratie libérale n’a été possible que par ce conflit entre deux définitions de la démocratie. La démocratie est une valeur universelle dans laquelle l’occident a joué un rôle important.

L’intentionnalité dans l’universalisation des valeurs est un point crucial. Pour le cas des droits de l’homme, Valentine Zuber développe qu’il y a eu une volonté de la France mais aussi du monde anglo-saxon et surtout des États-Unis d’Amérique naissant, de diffuser les droits de l’homme comme valeur universelle. Mais jusqu’au milieu du 20ème siècle, cette universalité est relative : les enfants ou encore les femmes en étaient exclus. Il faut attendre la Déclaration Universelle des droits de l’homme pour voir une réel universalisation des droits de l’homme. La DUDH s’est auto-proclamée universelle mais c’est seulement une déclaration et un texte non contraignant, c’est une utopie politique. Cependant cette déclaration a été rédigée par un ensemble d’acteurs, sous l’égide des Nations Unies, et, par des acteurs de la planète entière et non uniquement par le monde occidental. Valentine Zuber rejette donc les critiques qui pointent la DUDH comme un texte de valeurs occidentales.

La démocratie est si l’on reprend les termes de rousseau, "le régime le moins naturel pour l’homme", cependant on a tenté de faire de la démocratie ce régime universel selon Harald Wydra. C’est donc la volonté de faire de la démocratie un modèle partagé par tous qui est important dans sa diffusion. Pour Olivier Grenouilleau qui étudie les mouvements abolitionnistes, c’est l’émergence de "l’individu acteur", qui fait naître ces mouvements. L’homme devient un acteur et agis selon des valeurs en lesquelles ils croient pour impacter le monde. C’est en occident qu’apparait la volonté de liberté avec ces "individus acteurs". Et il y a la volonté d’imposer cette liberté au monde, il y a donc une volonté d’universaliser cette valeur.

Pour conclure ce débat, Irène Hermann synthétise les idées des trois intervenants pour affirmer que l’on peut considérer qu’il y a des valeurs universelles, cependant celles-ci ne sont pas universelles de fait et elles doivent travailler cet universalisme et se battre pour celui-ci. Il y a donc des acteurs qui se sont battus pour diffuser des valeurs aujourd’hui considérées comme universelles.

 

EF - Assistante de Recherche au CIPADH

 

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