Sécurité humaine, les fondements d’une nouvelle approche aux conflits

ACTUALITES - Alors que l’actualité reporte quotidiennement les violences incessantes ainsi que la complexité des conflits actuels, le Centre International pour la Paix et les Droits de l’Homme (CIPADH) a décidé de centrer son attention autour du concept de sécurité humaine. En mêlant des apports du développement aux prérogatives des politiques sécuritaires, cette notion se veut plus respectueuse des droits fondamentaux et garante d’une meilleure protection des civils, même en période de conflits armés.

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Peace - Source: Flickr

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les conflits contemporains ont connu un changement non seulement dans leur nature mais aussi en termes de moyens utilisés. En effet, le deuxième conflit mondial représente un moment charnière à partir duquel les civils sont devenues les premières cibles des disputes armées, représentant près de 90% des victimes totales [1]. Cet atroce constat mène donc la communauté internationale à développer de nouveaux mécanismes visant à mieux répondre aux besoins émanant de la nature changeante des conflits armés. 

 

La notion de sécurité humaine implique un changement des politiques sécuritaires et une approche nouvelle au développement. En basant ses fondements non seulement sur la sécurité de l’Etat mais surtout sur celle des individus et des communautés, ce concept prend en compte non seulement la sûreté physique mais aussi les libertés fondamentales des citoyens [2]. Enoncé pour la première fois en 1994 par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD),  la sécurité humaine se concentre sur sept composantes sécuritaires : alimentaire, sanitaire, environnementale, personnelle, communautaire, économique et politique [3]. Ces dimensions sont interconnectées et jouent aussi un rôle préventif. En effet, une menace posée à l’une des sécurités impacte considérablement d’autres composantes. Par exemple, la sécurité alimentaire a un impact indéniable sur les mesures sanitaires ou communautaires. Cette notion de sécurité humaine est par conséquent innovante dans la mesure où elle se concentre sur les individus et le contexte, en plus d’aborder les enjeux sécuritaires avec une approche multidimensionnelle [4].  Elle examine donc les rapports de violence ainsi que la souveraineté étatique et son devoir de protection envers ses citoyens.  En bref, ce concept peut être résumé à travers les paroles de l’économiste pakistanais Mahbub-ul-Haq qui déclarait à ce sujet : « En [dernier] recours, la sécurité humaine, c'est un enfant qui n'est pas mort, c'est une maladie qui ne se propage pas, c'est une tension ethnique qui n'explose pas, c'est un dissident qui n'est pas été réduit au silence, c'est un esprit humain qui n'est pas écrasé » [5].

 

Dans l’application, cette approche suit cinq principes angulaires. Tout d’abord, toute action entreprise au nom de la sécurité humain reconnaît la primauté des droits humains dits fondamentaux. De cette primauté découle le respect du droit à la vie, des droits politiques, sociaux, d’expression et d’association, même en temps de conflit. De ce fait, dans le cadre de la sécurité humaine, le « comment » (les moyens utilisés) est aussi important que le « pourquoi » dans la mesure où la finalité n’est pas la destruction ou le retrait des forces d’opposition, mais la sécurité de la population [6]. Par conséquent, cette priorité accordée à l’individu complique les interventions, qui doivent s’adapter au contexte en vigueur tout en veillant au respect des droits humain. Le second principe clé de la mise en place de la sécurité humaine est que les mesures établies ont été réfléchies spécifiquement pour le contexte en question. Les solutions proposées sont donc adaptatives selon la situation locale et nationale du pays. Cependant, ce concept ne se limite pas à l’échelle régionale mais prend aussi en compte la situation régionale. Le troisième principe implique en effet, une analyse du contexte régional et l’implication des pays limitrophes dans la résolution du conflit, afin d’éviter une marginalisation (rupture des flux commericaux etc.) potentiellement néfaste aux pays déjà affaiblis par la guerre [7]. Bien que la sécurité humaine prenne en compte les dimensions régionale et nationale, elle favorise surtout une approche « bottom-up » qui appelle à la reprise, par les politiques de sécurité des notions de « partenariat » empruntées aux politiques de développement [8]. En effet, les interventions  doivent être réalisées avec et pour les populations et non pas à leur détriment, non seulement pour des raisons morales, mais aussi dans une optique d’efficacité [9].Les politiques implémentées par et pour les civils locaux sont souvent plus effectives et durables que celles créées sans leur approbation. Enfin, le dernier point guidant la notion de sécurité humaine est la prise de mesures globales et multilatérales, réfléchies de sorte à éviter des chevauchements, des égarements et afin de favoriser un impact efficace et concret sur la vie des individus concernés [10].

 

Pour conclure, l’évolution récente de la nature des conflits armées, qui ont aujourd’hui tendance à s’enliser et à toucher particulièrement les civils, a mené la communauté internationale à repenser les politiques de sécurité traditionnelles. En empruntant des principes clés aux politiques de développement et en re-centralisant sa réflexion autour des individus, la sécurité humaine se veut à présent plus concrète, plus morale, plus humaine et surtout plus efficace dans la protection des civils.

 

Par Line Barabant – Assistante de recherche au CIPADH 

NOTES DE BAS DE PAGE

[1] JEANOTTE, Marc. Sécurité humaine. Réseau de recherche sur les opérations de paix [en ligne.] Disponible sur : http://www.operationspaix.net/105-resources/details-lexique/securite-humaine.html  (Consulté le 5/01/2017).

[2] KALDOR, Mary. La sécurité humaine : un concept pertinent ?. Politique étrangère, 2006, vol. hiver, no. 4.

[3] Ibid., p. 903.

[4] United Nations. An Overview of the Human Security Concept and the United Nations Trust Fund for Human Security. United Nations Trust for Human Security. 2009, p. 6. 

[5] Nations Unies. L'ONU débat du concept de sécurité humaine dans les relations internationales. Centre régional d’information des Nations Unies pour l’Europe occidentale. [en ligne.] (modifié le 15 avril 2011) Disponible sur : http://www.unric.org/fr/actualite/621-lonu-debat-du-concept-de-securite-humaine-dans-les-relations-internationales  (Consulté le 5/01/2017).

[6] KALDOR, Mary. La sécurité humaine : un concept pertinent ?. Op. cit.[2].

[7] Ibid

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] Nations Unies. Concept de la sécurité humaine. [en ligne.] Disponible sur : http://www.un.org/humansecurity/fr/content/concept-de-la-sécurité-humaine  (Consutlé le 5/01/2017).

 

BIBLIOGRAPHIE

JEANOTTE, Marc. Sécurité humaine. Réseau de recherche sur les opérations de paix [en ligne.] Disponible sur : http://www.operationspaix.net/105-resources/details-lexique/securite-humaine.html  (Consulté le 5/01/2017).

KALDOR, Mary. La sécurité humaine : un concept pertinent ?. Politique étrangère, 2006, vol. hiver, no. 4, pp. 901-914. [en ligne.] Disponible sur: https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2006-4-page-901.htm (Consulté le 5/01/2017).

Nations Unies. L'ONU débat du concept de sécurité humaine dans les relations internationales. Centre régional d’information des Nations Unies pour l’Europe occidentale[en ligne.] (modifié le 15 avril 2011) Disponible sur : http://www.unric.org/fr/actualite/621-lonu-debat-du-concept-de-securite-humaine-dans-les-relations-internationales  (Consulté le 5/01/2017).

Nations Unies. Concept de la sécurité humaine. [en ligne.] Disponible sur : http://www.un.org/humansecurity/fr/content/concept-de-la-sécurité-humaine  (Consutlé le 5/01/2017).

United Nations. An Overview of the Human Security Concept and the United Nations Trust Fund for Human Security. United Nations Trust for Human Security. 2009, pp. 1-44. [en ligne.] Disponible sur : http://www.un.org/humansecurity/sites/www.un.org.humansecurity/files/human_security_in_theory_and_practice_english.pdf  (Consulté le 5/01/2017).

 

 

 

 

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