Table ronde "Les Nations-Unies, quel avenir pour demain?" au Lycée Saint-Paul à Vannes

La Table ronde du jeudi 10 décembre, organisée par le Lycée Saint-Paul à Vannes, était l’aboutissement d’une journée d’ateliers sur l’ONU et les droits de l’homme. Ces ateliers ont été dispensés par l’équipe du CIPADH, des professeurs et d’autres intervenants à plusieurs classes de 1ère et de Terminales et ils s’inscrivaient plus largement dans une semaine de réflexion et d’activités consacrée aux droits de l’homme.

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Les invités à la table ronde du Lycée Saint-Paul à Vannes

Cette conférence du soir – ouverte à tous les élèves et leurs parents – a été l’occasion de plus approfondir et réfléchir sur les enjeux relatifs au maintien de la paix et la sécurité placés sous l’égide des Nations-Unies. Il a été question de sa capacité à se réformer au niveau du Conseil de Sécurité et de son efficacité contestée dans la gestion des crises et conflits, tout particulièrement en ce qui concerne le conflit syrien, dans lequel le monde est en train de s’enliser.

Divers points de vue sur les Nations-Unies


Cette table ronde a été rythmée par les interventions d’invités prestigieux tels que Sandra SZUREK, vice-présidente l’Association Française des Nations-Unies (AFNU) et également Professeur émérite de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense ; Hasni ABIDI, Directeur du CERMAM (Centre d’ études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen) ; le Colonel Francis CHANSON (Commandant en Second et Directeur Général de la Formation Militaire des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan) ; et Jean-Baptiste GOULARD, Maître de Conférence à Sciences Po Paris. Le débat a été facilité par Gildas COCHENEC, Professeur d’histoire au Lycée Saint-Paul. Cet événement a permis d’articuler, d’une manière cohérente et accessible, des problématiques complexes comme « le droit d’ingérence », « le droit de veto », les composantes des opérations de maintien de la paix… Sandra Szurek a alors précisé que malgré l’engouement des juristes pour le concept de droit ou « devoir d’ingérence », ce terme n’avait aucune reconnaissance ou base légale dans le droit international. Même si cette notion a été précisée sous le terme de « Responsibility to Protect – R2P » lors de la Déclaration du Millénaire en 2005, le contenu reste flou et ne propose aucun cadre légal aux Etats pour agir en cas de violation grave des droits de l’homme. Ceci a été le cas par exemple lors de l’intervention de la coalition internationale en Libye appuyée par deux résolutions du Conseil de Sécurité, en réponse aux crimes et atrocités perpétrés à l’encontre de la population libyenne. En effet, les rivalités politiques inextricables et le manque de plans ou de stratégies définies par la communauté internationale ont engendré un véritable échec pour la reconstruction du pays et ont amené une remise en cause durable des interventions sous mandat de l’ONU.

Dilemme pour les interventions des Nations-Unies


Ce constat amer n’a pas empêché le Colonel Chanson de saluer les diverses opérations de maintien de la paix. Il a souligné l’aspect multidimensionnel de ces opérations qui intègrent les composantes de la gouvernance, le développement et de la sécurité, ce qui les rend pérennes et cohérentes. De plus, il a insisté sur la légitimité de ces interventions – puisque soutenues par 193 Etats – ce qui assure la motivation des casques bleus et contribue à « temporiser la situation de conflit ». Toutefois, il a regretté la longueur du processus décisionnel puisque les décisions et actions du terrain restent conditionnées par l’approbation des dirigeants onusiens. Outre le risque de partialité et les dérapages des soldats, l’audience a soulevé le fait que les Nations-Unies pouvaient contribuer à geler les conflits au lieu de les résoudre. Pour revenir à l’intervention en Libye, fallait-il se résoudre à ne pas intervenir à cause du manque de stratégies politiques a posteriori ou choisir entre deux enjeux : sauver des vies ou garantir la paix et la stabilité dans la région ?

Des politiques nationales parfois dissonantes


Les interventions des experts ont également permis de mettre en lumière des tensions restreignant le champ d’action des Nations-Unies. Ont été citées la primauté de la souveraineté nationale sur les droits de l’homme ou sur la coopération internationale, ainsi que les politiques contradictoires des Etats déstabilisant de fait la cohérence des Nations Unies.  Selon M. Abidi, ce « montage des politiques étrangères contradictoires » rassemblées sous la coupe de l’ONU explique la non-résolution de crises telles que le conflit israélo-palestinien depuis plus de 50 ans. Malgré des tentatives ambitieuses menées par des acteurs comme Yitzhak Rabin ou le Président Obama, le droit international reste impuissant face au non-respect de plus de 30 résolutions du Conseil de Sécurité portant sur le retrait des forces armées et des colonies juives des territoires palestiniens. Cette réalité politique corrobore tristement l’adage affirmant que « le droit est l’arme du plus faible ».

Et les droits de l'homme dans tout ça?


Enfin, un point essentiel soulevé par M. Abidi est que la « recherche de dignité humaine » est perçue comme un vecteur de changement social et politique dans le Moyen-Orient. Précisions donc que le manque de respect ou d’exercice des droits de l’homme par les populations de cette région est une des causes principales expliquant l’émergence des Printemps Arabes mais aussi les turbulences qui secouent la région depuis 4 ans. Ceci prouve bien selon l’expert que la « démocratie n’est pas qu' occidentale » mais que les jeunes générations ont la capacité de réclamer leurs droits et de faire changer les choses. Pour « agir sur l’avenir » il importerait donc d’ « agir sur l’enseignement » et de sensibiliser les jeunes à ces thématiques de paix et de droits de l’homme, ce que les ateliers du CIPADH se sont attelés à promouvoir.