Terrorisme et radicalisation

Le XXIème siècle marque l’avènement d’une nouvelle forme de terrorisme. La radicalisation est également passée à un niveau supérieur notamment dû à l’innovation technologique et l’explosion des nouveaux moyens de communication. La démocratisation d’Internet et particulièrement des réseaux sociaux a permis à quiconque de s’immiscer dans la sphère privée d’autrui. Le terrorisme et la radicalisation sont des problématiques qui touchent tous les États, autant ceux en voie de développement que ceux développés. Le 26 avril 2018, Monsieur Akram Belkaïd, journaliste du Monde Diplomatique et essayiste, accompagné du CIPADH étaient les invités d’une classe de dernière année du Collège Candolle pour discuter des enjeux liés au terrorisme et à la radicalisation.

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Anti-Terrorism Raju Memorial Sculpture- Source: Wikipédia

Dès sa prise de parole M. Belkaïd a d’embler souligné l’importance de définir ces concepts qui sont omniprésents au sein de notre société. Ce sont en effet des termes connus de tous, mais qu’uniquement une minorité de personnes peuvent les définir. La définition d’un concept est la clé pour la compréhension de celui-ci. Elle lui fournit un cadre et exclut par la même occasion ce que le concept n’est pas. En d’autres termes, la définition d’un concept permet de mieux comprendre et de délimiter celui-ci. Par la suite, M.Belkaïd a souligné la distinction importante qu’il réside entre l’action de comprendre et de cautionner. Effectivement, ces deux actions ne sont pas inhérentes. La compréhension d’une pratique particulière n’est effectivement pas synonyme de l’approbation de celle-ci.

L’intervenant s’est ensuite penché au concept très controversé du terrorisme. D’un point de vue étymologique le terme terrorisme est issu du latin du mot terrere qui signifie terrifier. Il n’existe néanmoins pas de consensus sur le concept de terrorisme au niveau international. De plus, il existe une certaine ambivalence au sein même de l’action. Ainsi, certains individus peuvent l’interpréter comme un acte terroriste tandis que d’autres comme un acte de résistance. Il reste néanmoins important de souligner que le concept de terrorisme est, à l’heure actuelle, un terme péjoratif contrairement à celui de résistance. Même s’il existe une ambivalence dans l’interprétation de l’acte, il y avait toujours des motivations et des objectifs distincts. Le terrorisme/la résistance à son origine était toujours appliquée à des fins politiques, contre le système politique en place, comme l’Armée républicaine irlandaise provisoire (IRA) en Irlande du Nord, ou l’Umkhonto we Size en Afrique du Sud durant l’Apartheid ou encore le Front populaire de libération de la Palestine. Néanmoins, ces dernières années avec l’avènement du terrorisme radical, comme l’Organisation de l’État islamique, les motivations politiques sont estompées en rendant leurs objectifs plus ambigus. En effet, leur objectif premier, la mise en place d’un Califat à l’échelle mondiale, est peu probable. M. Belkaïd a également souligné l’ambigüité de certains cas, comme celui du Mexique. En effet, ce pays connait un nombre important d’homicides, pourtant ces groupes criminels ne sont pas considérés comme des terroristes malgré l’omniprésence de la terreur. Même s’il existe une certaine concordance entre la criminalité et le terrorisme certains puristes s’accorderont pour affirmer qu’il s’agit deux choses bien distinctes. Il existe tout de même une analogie entre les deux, la manière dont ils seront jugés. C’est en effet le droit pénal qui fait foi dans les deux cas.

Puis, M.Belkaïd s’est intéressé au concept de radicalisation. Il s’agit d’un terme apparu bien avant les faits de ces dernières années. Les libéraux anglais ou les républicains français étaient considérés comme des radicaux dans leur lutte contre les systèmes monarchiques de l’époque. La radicalisation était à cette époque une tendance politique. De nos jours, ce concept a pris une connotation plus religieuse, même si les autres types de radicalisation existent toujours, comme celle d’extrême droite (Aube Dorée en Grèce) et d’extrême gauche (Les Brigades rouges en Italie) ainsi que celle séparatiste (IRA en Irlande du Nord).

Une des explications de la radicalisation religieuse est, comme en France, due à une marginalisation et un isolement des individus le plus fragile de la société, comme le cas de certains jeunes. La plupart d’entre eux sont en effet à la marge de la société et ils ne trouvent pas leur place au sein de celle-ci. Ils se tournent vers la délinquance comme échappatoire à la misère. Ils se font ensuite emprisonner et, lors de leur passage en milieu carcéral, se font enrôler à rejoindre certains groupes extrémistes. La promesse d’un futur plus radieux est un argument suffisant pour les recruter.

Par ailleurs, il n’est pas anodin de rencontrer des individus qui n’ont aucune sensibilité avec la religion se convertir sous l’influence d’un gourou, d’un membre de la famille, ou à partir de leurs lectures sur Internet. Leur condition sociale joue également un rôle sur la radicalisation. Ces individus vivent dans des milieux défavorisés propices au groupe extrémiste qui leur promettent monts et merveilles pour les sortir de la misère. Ainsi pour lutter efficacement contre la radicalisation, il est important de saisir les fondements du problème et mettre en place une société plus inclusive afin d’éradiquer et de prévenir tous comportements déviants. Il est intéressant de noter que dans certaines sociétés plus inclusives ; le taux de radicalisation est plus bas, comme en Suisse par exemple. Il est évident qu’il ne s’agit pas de l’unique raison, mais elle contribue tout de même à un déclin de ce phénomène. Par ailleurs, dans un monde de plus en plus connecté et où l’information est de plus accessible que jamais, il est important d’être conscient de phénomènes afin de ne pas tomber au sein de ces groupes extrémistes.

Les enjeux entre liberté et sécurité ont aussi été relevés par M.Belkaïd. Les mesures prises lors de l’état d’urgence sont certainement l’exemple le plus probant. En effet, certains droits fondamentaux sont mis entre parenthèses pour la préservation de la sécurité de l’État. Le risque est que ces mesures extraordinaires perdurent et deviennent des normes ordinaires, comme ce fut le cas avec le camp détention de Guantánamo ouvert depuis 2001.

Enfin, M.Belkaïd a énoncé l’importance des médias. La multiplication des médias a diversifié l’offre de l’information. Il est par conséquent important d’être attentif aux sources de celle-ci et développer un esprit critique envers les médias. Il est important de bien comprendre le monde dans lequel nous vivons afin de ne pas tomber dans des comportements déviants ou dans des amalgames affligeants.

 

 

 Par Milinda Wannakula Aratchilage

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